Indochine "Le Péril Jaune"
(Moyen) Orient
(Clémence
Melody - Ariola)
On commence par le moins bon (en évitant le pire comme ils ont su le faire) et on passe au meilleur - progression logique et calquée sur celle d'Indochine - ici à un tournant plus qu'attendu et pas seulement par les milliers d'acheteurs de "L'Aventurier".
Le moins bon donc : un album qui n'est qu'à moitié réussi. Un album déséquilibré dont certains titres semblent techniquement inachevés, comme si le temps avait manqué.
Indochine a pourtant les moyens de prendre son temps et ceci n'explique pas l'évidente division entre les morceaux mixés (?) genre fouillis - "La sécheresse du Mékong" (un "Lillywhite" qu'aurait perdu l'contrôle de ses échos), "Razzia", "Miss Paramount" (pourtant choisi comme simple) - et les morceaux mixés genre propre et efficace - "Pavillon Rouge", "Okinawa", "Tonkin", "Kao Bang" et les deux "Péril Jaune".
On aimerait trouver une explication à cette dichotomie des intentions - pourquoi faire approximatif quand on prouve qu'on peut faire très précis? À Nicolas Sirkis (chant, textes et... mèche...) on reprochera une dicton parfois exagérément sophistiquée "Okinawa", un phrasé mal articulé "Pavillon rouge" et - plus grave - une justesse pour le moins relative dans "À l'Est de Java". Pour en finir avec les "talons d'Achille" on reprochera au "batteur" un manque d'âme regrettable, surtout dans ces paysages asiatiques.
On arrête là et on se réjouit plutôt de constater qu'avec "Le Péril Jaune" et malgré ses erreurs, Indochine s'ouvre des perspectives que ses membres sauront - espérons le - exploiter pour le meilleur.
Perspectives musicales avec de bonnes surprises - "Le péril jaune", instrumental plutôt planant (aie aie aie!) qui devrait ouvrir les concerts et qui ouvre et ferme l'album - "Pavillon rouge" et sa construction surprenante - "Okinawa", une des grandes réussites du disque où le groupe à l'humour (ou le culot?) de déjà se citer - "Tonkin", un autre instrumental extrêmement dépouillé qui démontre à quel point la guitare de Dominique Nicolas est importante pour le groupe - "Kao Bang" enfin à la superbe intro et qui, dans une version plus courte ferait un troisième simple (après "Okinawa"?).
Perspectives de progrès aussi dont les graines sont semées (arroseurs à vos postes!) et dessinent les contours d'une réelle personnalité de groupe qui ne demande qu'à émerger au fur et à mesure à l'aventure.
En résumé (Herr Professeur!), avec "Le Péril Jaune", le voyage prend corps - le potentiel existe - aux gens d'Indochine de ne plus se laisser entraîner dans l'à peu près en revendiquant haut et fort leur statut d'artiste face à une industrie qui a vite fait de battre le fer tant qu'il est chaud. Comme dit en souriant le patriarche zen "Ce n'est pas ce qui est à portée de la main qui est forcément le plus près!"