Indochine : l'album de famille
Stéphane,
Nicola, Dominik : plus sereins mais toujours provocateurs.
En 1991, une compilation fêtant leurs dix ans de carrière les remettait en selle. Aujourd'hui revoilà Indochine avec un album, "Un jour dans notre vie".
Réduit à un trio, Indochine a gagné désormais une sorte de sérénité. Nicola, leader du groupe, chante en direct chez Nagui et porte un jugement sans complaisance sur l'époque.
Entre "Le baiser" (1990) et "Un jour dans notre vie", qu'est-ce qui a changé?
Nicola : Pour cet album, nous avons radicalement transformé notre manière de travailler. Avant, nous utilisions beaucoup de "machines". Aujourd'hui, les riffs de guitare sont en avant. Il y a moins de technique de studio.
Pourquoi un aussi long délai entre ces deux disques?
N. : En fait, nous ne suivons pas une stratégie normale pour un groupe qui marche. Nous refusons les pressions. Nous avons arrêté le cycle infernal.
Ce "break" vous a profité, comme en témoigne le succès du "Birthday album"...
N. : Le succès de la compil' nous a étonnés. Nous l'avions sortie au moment où le groupe traversait une période creuse. La maison de disques n'y croyait pas. Il n'y a pas eu de battage médiatique. Et, en quelques semaines, il a fallu faire de nouveaux tirages. Aujourd'hui nous en avons vendu plus de 400 000!
Avec "Savoure le rouge", un des morceaux de votre dernier album, vous avez voulu provoquer?
N. : Non. C'est une chanson très chaude, mais dans la lignée de Trois nuits par semaine ou du Troisième sexe. Au départ, ce qui m'a inspiré c'est une exposition d'Ego Schiele. J'ai écrit un texte pour aller aussi loin que possible dans la description d'un rapport sexuel, sans tomber ni dans la vulgarité, ni dans le voyeurisme. On me dit aujourd'hui que le texte a plutôt des connotations féminines.
Que signifie cette chanson sur le Vietnam. Une manière de vous expliquer sur le nom de votre groupe?
N. : Vietnam Glam a été inspiré par le film Indochine. Il y a dix ans, les maisons de disques nous avaient déconseillé de prendre ce nom lié à des souvenirs douloureux pour la France. Mais aujourd'hui, il y a une exploitation de ce thème que nous dénonçons dans la chanson.
C'est un comble : Le Vietnam est devenu à la mode non pas pour ce qu'il est aujourd'hui mais parce qu'il représente une sorte de splendeur coloniale passée. Le film, d'ailleurs, passe hélas à côté de cette vérité. C'est comme si, dans dix ans, nous parlions de l'ex-Yougoslavie comme d'Euro-Disney.
Suite à "Troisième sexe", il y eut une génération Indochine. Comment vous situez-vous par rapport à celle qui aujourd'hui écoute du rap?
N. : Nous avons des choses en commun avec eux. Nous aussi, nous venions de banlieue, nous n'étions pas de gosses de riches et nous avons beaucoup travaillé pour acheter des instruments de musique. Ce qu'ils ont vécu avec le rap américain, nous l'avons connu avec le mouvement punk. Ce fut notre déclic.
Qu'est devenue la "génération morale" que vous représentiez à l'époque des concerts de SOS racisme?
N. : Avec Rita Mitsuko, Étienne Daho, Jean-Jacques Goldman et Indochine, ce fut l'arrivée d'une génération qui jouait sans tricher ses chansons et partageait les mêmes préoccupations mondialistes.
Et maintenant?
N. : Bruel s'en charge bien. Il passe à 7/7, il a de la "tchatche". Médiatiquement, il a pris notre place en récoltant le fruit de ce que nous avons laissé.
Vous seriez prêt à vous battre pour quoi?
N. : Le mouvement écologique est devenu un panier de crabes. Brice Lalonde est un opportuniste. Mais, il y a quelques semaines, suite à notre participation à l'album Urgence contre le sida, nous avons rencontré des chercheurs. Et là, on a envie d'y croire car ce sont des gens qui travaillent.
Indochine : Un jour dans notre vie (BMG) En tournée à partir de mars 94.