Indochine : dix bougies!
"Je
pense qu'Indochine vit ses cinq dernières années. On se voit
mal poursuivre le groupe quand on aura passé quarante ans!"
Après avoir ravi le public exigeant de l'Ancienne Belgique, fin juin à Bruxelles, Indochine revient en Belgique pour un concert unique, à Stavelot le 9 août. À cette occasion, Indo fait le point avec 7 Extra...
- 7 Extra : Quand il y a dix ans vous avez lancé Indochine, la musique, c'était un moyen de vous distinguer ou une véritable nécessité?
- Nicolas : "C'était l'envie de créer. Les études ne nous intéressaient pas vraiment, et on ne se voyait pas en faire après le bac. La musique est venue plus tard, sur le tas, en l'apprenant."
- Dominique : "Mais comme tous les gosses, la musique nous intéressait beaucoup. Plutôt que de faire du sport, on faisait des groupes, on en changeait sans arrêt, c'était plutôt un loisir.
Notre désir de nous y impliquer davantage s'est déclenché à l'époque du mouvement punk, il y avait tous ces groupes qui arrivaient, et c'était l'âge où l'on commençait à sortir dans les clubs. On voyait beaucoup de gens monter sur scène très facilement, et c'est ce qui nous a donné envie de nous lancer."
- Durant les années 80, vous avez évolué presque parallèlement à Depeche Mode, dont vous partagiez le public...
- Nicolas : "Ce que j'aime bien dans ce groupe, c'est que chaque fois qu'ils sortaient un album, la presse prétendait que ce serait leur dernier, qu'ils étaient trop liés à la mode, alors que Depeche Mode est l'un des seuls groupes de cette époque qui n'a pas réellement changé de style, et qui, à chaque album, va toujours plus loin..."
- Dominique : "On a commencé à avoir du succès en même temps qu'eux, et ont a été assimilé à Depeche Mode par rapport à la manière d'utiliser les synthés. Mais c'est vrai qu'à chaque album, ils nous surprennent, même après dix ans."
- Que pensiez-vous de la presse qui critiquait votre public, soi-disant trop jeune et sans références musicales?
- Nicolas : "Il n'est pas nécessaire d'avoir des références pour aimer quoi que ce soit! Je trouve pas mal le fait de payer 600Fb pour aller voir un groupe sur scène, alors que ce public pourrait rester devant sa télé. Ça cache un amour de la musique!
En plus, le public qui nous a jusqu'ici supporté est le meilleur qu'un artiste puisse avoir parce que c'est le plus dynamique! Je le répète, il n'est pas indispensable d'avoir une "culture rock" pour apprécier un groupe. D'ailleurs, il n'y a pas de "culture rock", du moins dans le sens élitiste du terme. Pour avoir de la "culture rock", il suffit d'ouvrir RTT-Rock This Town, c'est ça la vraie "culture rock"..."
- Que diriez-vous de la tournée que vous poursuivez?
- Nicolas : "Il y avait quatre ans qu'on avait plus fait de scène, et ça commençait à vraiment nous manquer. La formule obligatoire un album = une tournée risquait de devenir un poids. Mais maintenant, on a vraiment envie de la scène.
L'esprit des concerts est très différent de ce que l'on a fait précédemment. Comme ce sont de petites salles, on est vraiment avec le public. Ce sont en fait des concerts "anniversaires", comme les Américains en font parfois. Et puis, on ne voulait pas rentrer en studio tout de suite, sans être passé par la scène."
- Le prochain album?
- Nicolas : "On ne sait pas exactement quand on le commencera, mais on va essayer de faire pour février 93. Ce qui serait bien, c'est que, toutes proportions gardées, on fasse durant les années 90 ce que Genesis a fait jusqu'à présent : un album tous les deux ou trois ans, mais à chaque fois quelque chose de particulier, de surprenant. Même si, parallèlement, les membres du groupe font d'autres choses..."
- Vous vous imaginez dans dix ans?
- Nicolas : "Je pense qu'Indochine vit ses cinq, six dernières années. On se voit mal poursuivre le groupe quand on aura passé quarante ans."
- Dominique : "Et si dans cinq ans Indochine n'existe plus, je ne vois pas pourquoi Stéphane ne ferait pas un disque sur un petit label en Belgique, moi autre chose, des carrières solos, en fait..."