Indochine en tournée...

Indochine est loin d'être un coup, (il y a longtemps que l'on vous avait prévenu), même si les grincheux ne voient toujours en eux, qu'un groupe gentil et joli déversant du tube à qui en veut, sans autre souci que celui de divertir.

Leur dernier album est disque d'or. Leur première grande tournée (qui vient de s'achever) : un succès total. Numéros 1 est allé se rendre compte - sur place - (à Reims plus exactement quels effets produisaient "La fièvre jaune" sur le public.

16 heures. Un crachin champenois brouille la vue. Arrêt au Hall des Expositions à la Patte d'Oie, en centre ville. Un Hall sans grande envergure qui ne doit pas se priver d'accueillir les foires en tous genres... À Reims aussi, l'on attend les mini-Zéniths commandés par les pouvoirs publics... où l'on pourra parler Rock dans un cadre adéquat.

À notre arrivée, nos quatre lascars se restaurent dans un salon de thé pas très loin du Hall des Expositions. Hervé (le photographe de Numéros 1) et moi-même décidons illico de les imiter, et comme... on ne défroque pas sa "tunique de Lutece" en quittant Paris, on s'est empressé de s'engouffrer dans le premier fast-food venu, histoire de ne pas être trop dépaysés.

Une demi heure plus tard, nous accueillons Charlie Baum, tour-manager dans une forme éblouissante apparamment. La tournée - pourtant - touche à sa fin. Nicolas est déjà sur scène, lunettes bien ajustées, réglant sa voix avec les techniciens. Devant les trétaux, des barrières métalliques.

Je feins de jouer à la "groupie de service" (pas tant que ça quand même) pour me faire remarquer de Nicolas. Ça marche!... On me file un badge. Je peux dès à présent circuler sans être stoppé tous les 20 centimètres.

J'en profite pour converver avec les organisateurs du spectacle : de jeunes fous qui ont mis toutes "leurs billes" sur cette soirée et qui tremblent que les "Cavaliers bleus" (le groupe de la première partie) ne se fassent jeter.

Peu après, je retrouve Dimitri, Stéphane et Dominique (le plus crevé physiquement). Après les répétitions obligatoires, réglage du son et des lumières, le groupe assiste à la mise au point de la première partie.

Dimitri écoute, accoudé à la rembarde. Dominique se ballade, l'air énigmatique. Stéphane assis sur un bas-flanc, disque avec un Fan (?) affublé d'un appareil photo. Nicolas est à la "poursuite" (projecteur suiveur). Il en profite (entre deux chansons) pour me régler un éclairage star sur fond blafard... je ne vous raconte pas...

Dimitri et Nicolas me présentent toute l'équipe de la tournée. Pour une fois il n'y en a pas un qui soit antipathique. Le contraire plutôt. Accueillis à bras ouverts, d'une disponibilité rare, et dans l'ensemble, pas du tout le genre macho, crado, un peu beauf sur les bords...

19h30, ouverture des portes du Hall des expositions. Pour faire patienter, la sono déverse quelques classiques de Rock-en-tubes.

Public varié, jeune et pas vraiment ciblé. Minets (ettes), B.C.B.G. en mocassins proprets, branchés chics, branchés Zone quelques punks post-atomique, et pour lier le tout des mamans, des instits, un blouson noir (oui, je n'en ai vu qu'un...) mais pas encore de concierges!...

Quand "Les cavaliers bleus" sont annoncés... ce n'est pas l'hystérie mais la salle réagit bien. Ils font dans le genre new-wave un peu noir sur le tranchant. La chanteuse, pas un jeu de scène éblouissant, mais la musique - derrière - suit. À noter le batteur qui, du haut de ses 14 ans, réalise de véritables prouesses avec une batterie qui n'en mérite pas tant.

Les textes, ne plongent pas la salle dans l'angoisse, pourtant... il y aurait de quoi. Leur prestation est applaudie bien davantage que certaines premières parties prestigieuses.

Derrière la scène, Indochine maquillés, habiilés comme il se doit, est presque prêt. Même l'équipe technique se pare avec une préférence toutefois pour le look de Dimitri (uniforme chinois noir avec brassard à l'effigie du groupe).

L'instrumental "Le péril Jaune" démarre cette seconde partie. Zoom sur le logo de la geisha. Cris dans la salle. Ils entrent en scène.

AU GÉNÉRIQUE DE LA TOURNÉE

Charlie Baum : Tour manager
Robin : Échos, chauffeur.
Max Haas : Conception lumière.

Doudou : Effets spéciaux.
Frisé : Ingénieur du son.
Papy : Retour du son.

Bruno dit Le Chinois : Road de scène.
Richard : Road, chauffeur.

À partir de cet instant, le délire s'empare du public. La plupart des Kids dansent mais leur façon de bouger provoque quelques énervements côté des plus calmes. Indiscutable : des fans atteints de plein fouet par "Le péril jaune" s'ingénient à mimer une danse qui s'apparente davantage aux rituels des Arts Martiaux qu'aux déhanchements traditionnels du branché de service.

Aussi... leur faut-il de la place, et... du répondant. Il faut avouer (malgré les coups de sattes) que l'ensemble est fort esthétique et sûrement très défoulant. En tout cas, la musique d'Indochine colle parfaitement à cette rythmique.

Et ainsi d'enchaîner "Razzia" (leur meilleure composition), "La sécheresse du Mékong", "Okinawa" (très applaudie), la reprise de "L'opportuniste" (bien supérieure sur scène que sur disque). On re-découvre également, le sublime "Françoise" (leur premier 45 tours).

Quand Nicolas entonne "Miss Paramount", le public chante à l'unisson. Pour "L'aventurier" c'est carrément l'hystérie (comme qui, et une fois de plus, les tubes sont importants).

L'ensemble est bien mené. Nicolas ne manque pas de pêche (il pourrait être un peu plus bavard...). Éclairages superbes parce qu'originaux et formant un des éléments d'un décor astucieux. Au fond de la scène, une sorte de parachute tendu à la verticale avec - au sommet - le logo du groupe.

Sur les côtés : deux panneaux en tissus blanc portant eux aussi le logo Indochine. Sur le devant de scène, des rampes d'éclairages intégrés à deux palmiers...

Le concert n'est pas terminé que le public s'égosille déjà en rappels. Nicolas remercie avant d'enchaîner une nouvelle fois avec "Miss Paramount" et "L'aventurier".

Devant un tel succès, on comprend aisément qu'Indochine a devant lui de biens beaux jours en perspectives et que la scène deviendra très vite un de leur objectif favori.

Pas d'inquiétudes donc pour la suite de leur carrière : les quelques tentatives de plagiat sont déjà vaines d'autant que le groupe se mesure déjà à d'autres cultures (arabe, espagnole et même affricaine) pour développer un son nouveau et créer de nouvelles images sans renier pour autant leur concept de départ.

Après le concert, je retrouve tout ce petit monde en coulisse. Des fans attendent pour les traditionnelles dédicaces. Je reconnais au passage des lecteurs de Numéros 1 "Bravo pour le magazine qui a été le premier à mettre Indochine en couverture"...

Didier Guinochet (leur producteur exécutif) arrive alors pour remettre un compact-disque au meilleur représentant des ventes de disques du groupe. Photos de "famille". Champagne (du terroir évidemment)...

Reims était leur ultime étape française... Il se fait tard. La pluie n'a pas cessé. Les discussions se poursuivent. Les techniciens sont satisfaits. Hervé et moi, allons rejoindre Paris, précédent Indochine de peu.

Sur l'autoroute, personne. Sur la bande d'asphalte, une vision, celle de l'ère des mutants s'ouvrant tout à coup devant nous avec comme preuve de notre réalité tangible : "Le péril jaune", la chanson du groupe au nom évocateur qui vient de susciter une dernière fois l'enthousiasme et le bonheur des masses, avant... l'Apocalypse!...

Nicola entre deux "balances"

Cette tournée s'achève. Peux-tu en faire un bilan?

On est très content. Tous s'est très bien passé, partout. Nos seuls ennuis : le report de 3 ou 4 Galas, pendant la grève des Transporteurs-Routiers. Cette tournée nous a permis de jouer dans de très grandes villes (où l'on n'avait jamais été) et dans de toutes petites, là où il n'y a jamais eu de concerts Rock.

Partout, toujours, beaucoup de monde. On a calculé qu'en moyenne on accueillait 1.500 personnes par soir, ce qui fait un total d'environ 35.000, venues nous applaudir pendant cette tournée. On trouve cela génial d'autant que nous n'étions pas connus comme "groupe de scène".

Une tournée qui vous a coûté cher?

Elle s'est soldée par une perte de 3 à 4 "bâtons". Peu en somme. Ce n'est pas une tournée-bénéfice malgré deux mois de concerts ininterrompus. Cela dit ce n'était pas notre objectif. On avait décidé d'investir un max sur le matériel (il coûte très cher).

On a voulu aussi transporter l'infrastructure que l'on avait à l'Olympia (décor - éclairage - son). L'essentiel pour nous? Que tout ce soit bien passé, avec des rappels et une équipe satisfaite. À St-Étienne par exemple, il a même fallu prolonger d'un concert : le premier était "sold-out" (guichet fermé).

Quelles appréciations sur votre public?

Un public très jeune. Moyenne d'âge 14/15 ans. Un public qui connaît le dernier album et qui délire complètement sur "Miss Paramount" et "Kao-Bang". Il y eut aussi une autre partie du public, ceux venus pour voir ce que l'on valait. Ce qui fut formidable : ils n'attendaient pas que l'on chante "L'aventurier". Dans l'ensemble, un public conquis d'avance.

À propos des "premières parties". Comment cela s'est-il passé?

Les groupes locaux ou régionaux nous adressaient leurs cassettes : on ne tenait pas à être... surpris. À Nancy l'organisateur s'est fait avoir. Il avait prévu un groupe de New-wave et il s'est retrouvé avec un groupe Hard-Rock Hollandais qui n'avait rien à voir avec nous.

Il s'est fait siffler du début à la fin. La plupart de ceux qui assumaient ces premières parties n'ont pas encore fait de disque, mis à part "Bleus nuits" qui a joué à St-Étienne.

Vos projets après cette tournée? Vous reposer? Laisser "Miss Paramount" sur la lancée?

Depuis le début de la tournée, le simple de "Miss Paramount" a bien décollé. Avant cela, on n'enregistrait de superventes qu'au niveau de l'album (qui est d'ailleurs disque d'or). Après un tube comme "L'aventurier" on ne misait pas forcément les Hits-Parades.

Ce qui comptait : l'album avant tout. Aujourd'hui, on mise sur les Hits des Clubs avec "Kao-Bang", chose que nous n'avions jamais fait jusqu'à présent.

À part cela... quelques dates prévues en Allemagne et en Hollande... Une tournée en Scandinavie et peut-être deux ou trois en Angleterre. Fin avril on a terminé le tournage d'une vidéo du maxi "Kao-Bang" (remixé), et l'on a recommencé une campagne de promotion.

On voudrait s'arrêter en juillet pour pouvoir commencer à travailler sur un nouvel album. On fera peut-être quelques concerts exceptionnels cet été. C'est tout.

Le public de Reims face à Indochine

Réactions à chaud

Nathalie (18 ans) : "J'ai tous les disques d'Indochine. C'est super, surtout "L'aventurier"...

Joëlle (17 ans) : "Je n'aime pas le Rock. C'est la première fois que j'ai eu envie d'aller à un concert. Indochine est... différent des autres..."

Sylvie (15 ans) : "Je ne connais pas trop ce qu'ils font, à part les tubes. Je viens à leur concert pour me faire une idée..."

Magalie (13 ans) : "L'aventurier" est ma chanson préférée et j'aime surtout le chanteur, Nicolas. Je collectionne tout sur eux..."

Une dame de 50 ans accompagnant sa fille : "J'aime bien Indochine mais je n'y connais rien. Demandez plutôt aux jeunes, c'est leur truc..."

Marc (16 ans) : "Tout le monde aime Indochine. Ils étaient bien plus supers avant "L'aventurier", au moment de "Dizzidence Politik" ou de "L'Opportuniste". Je viens quand même parce qu'on n'a pas beaucoup de Rock à Reims.

Aline (16 ans) : "Je viens surtout pour la première partie, Indochine, c'est du rock commercial moins nul que le reste..."

Phillipe (20 ans) : "Je viens voir ce qu'ils sont capables de donner, vu que c'est surtout un groupe de disques que l'on entend à la radio. Leur son est super chiadé, mais sur scène... On verra bien..."

Catherine et Corinne (16 et 17 ans) : "On aime bien ce qu'ils font. On vient là pour se défoncer mais aussi parce que l'on trouve qu'il n'y a pas de groupes Rock valables en France. "Moi j'aime bien Téléphone mais Indochine c'est mieux parce que l'on peut danser sur leur musique..."