Nicola, Stéphane, Dominik, Dimitri : 7000 Danses au Zénith

Ils partagent avec autant d'appétit, pâtisseries et faveur populaire.

Depuis deux mois, six petites Suédoises et un papy rougeaud poursuivent le quatuor Indochine.

À l'assaut ! Deux semi-remorques pour le matériel, deux bus pour l'équipe technique et deux Renault Espace pour les musiciens, trois tonnes de personnes, "Indochine Tour 88" bat la campagne : Grenoble, Saint-Étienne, Dijon, Limoges, Reims, Liévin et Bruxelles.

Paris est à prendre et le groupe y tiendra quartier au Zénith. Voilà tout juste deux ans, le public portait en triomphe les jumeaux Nicola et Stéphane, Dominik et Dimitri, consacrant Indochine favori des petits Français. En 88, c'est "un, et trois et quatre" concerts, les 23, 24, 25 et 26 février que le quatuor donnera, avec déjà en prévision une soirée supplémentaire le 27, et d'autres rendez-vous pour le mois de mai, à son retour du Pérou.

"Groupe pour petites filles", "pâle copie des Britanniques "Cure", "pur produit de la technologie" entre autres "gentillesses", les détracteurs peuvent ravaler leurs langues de vipères.

Les "Indochinois", aujourd'hui, ont débarbouillé leur rouge à lèvres, portent les cheveux courts et s'habillent de manière plus seyante : redingote noire et chemise blanche pour Stéphane, Nicola arbore une allure cavalière avec ses bottes, un pantalon ajusté et une veste de cuir.

Dimitri, lui, a opté pour le blazer et la casquette surmontée d'une étoile rouge. Quant à Dominik, fidèle à lui-même, il joue la sobriété et le noir. Mais c'est essentiellement dans la musique que les progrès sont sensibles.

Poursuivant la tendance amorcée avec le quatrième album "7000 danses" sorti en octobre dernier, exit les bandes pré-enregistrées, Indochine s'est offert le concours de deux musiciens, un batteur d'origine vietnamienne, Jean-Michel Truong, et un bassiste aux racines brésiliennes, Diego Burgar. Et surtout Nicola, dont la voix n'était pas toujours très sûre, a suivi assidûment des cours de chant. Résultat : son registre vocal s'est agrandi et a gagné en profondeur.

Chaque soir, après avoir investi leur loge (toujours pourvue de douceurs dans les assiettes), il économise sa voix, l'emmitouffle dans une écharpe, arrête les cigarettes deux heures avant de monter sur scène et ne distille ses phrases qu'avec parcimonie.

"En général, une infirmière vient me faire une piqûre pour muscler mes cordes vocales, et j'aspire un aérosol d'extraits de cortisone pour les détendre. Le goût est épouvantable et ressemble à celui d'un oeuf pourri", dit-il grimaçant.

Bien peu appétissant, surtout avant d'aller engloutir le dîner mijoté par les Flying Saucers. Contrairement aux idées reçues, les Anglais auraient un certain talent culinaire, en dépit du vert peu engageant des petits-pois...

Un stock de mouchoirs fait main

Une heure avant le début du concert, Stéphane, Nicola, Dimitri et Dominik se font beaux entre les mains de Martine, l'habilleuse maquilleuse. Nicola révise une dernière fois les paroles de ses chansons sur son petit carnet noir qu'il emporte avec lui (au cas où...) et, à 21 heures précises, les quatre garçons se jettent au devant de leur public hystérique.

Qui ne cesse de l'être jusqu'à la dernière note. Le concert terminé, les Indo ne se livrent pas aux folies nocturnes, mais remontent sagement dans leurs chambres.

Dominik y a installé un petit étau, afin se constituer un stock de mouches artificielles en prévision de l'ouverture de la pêche. Nicola, lui, se blottit au fond de son lit pour assurer ses 8 à 9 heures de sommeil, si les coups de téléphone intempestifs de ses admiratrices ne l'en empêchent pas. "On va dresser un barrage, dit-il, car à la longue cela devient agaçant. Mais toutes ne sont pas ainsi.

Nous avons une demi-douzaine de petites Scandinaves qui suivent la tournée, descendent dans les mêmes hôtels que nous et font preuve d'une grande discrétion. D'ailleurs, nous leur avons donné des "pass" permanents pour aller aux concerts".

Un vieux papy rougeaud, la bedaine en avant sur la tête, suit lui aussi en chemin de fer et se rend utile en aidant les techniciens. Finalement, l'objectif de la grande campagne d'Indochine, c'est peut-être de séduire les adultes.