Copenhague 30 juin "Indomania"
Absolument
partout : À Wembley Rock & foules et Philadelphie, bien sûr,
mais aussi chez les Belges et les Bretons, les Vikings et les
Grecs. Autour du monde en un été.
Égarés dans la vallée infernale... du show-biz, les quatre petits Indochinois se taillent une place au soleil, non plus à la machette, mais au Caterpillar! Ils sont numéro UN au Bestop, c'est-à-dire votre choix.
Déjà plus de 75 000 albums vendus en à peine deux mois, le disque d'or sera atteint plus vite encore que pour "Le Péril Jaune" ou "L'Aventurier". Les radios adoptent "Canary Bay", et je vous fiche mon billet que l'île aux petites filles qui s'aiment ne sera pas le seul hit de "3".
Ça, c'est pour la France, O.K., on les a, on les garde, mais ailleurs? Ailleurs aussi ça cartonne, et plus précisément dans le grand nord, en Scandinavie. Au printemps dernier, Indochine a effectué une mini-tournée de cinq dates en Suède, du délire, Phil Manoeuvre, envoyé spécial de Libération déclarait : - "J'ai vu la Beatlemania"!
Hôtels envahis par les petites filles, escortes de police, sold-outeries totales aux concerts, merchandising pirate, etc, etc... Là-bas, au pays des Fjords et des top models, Nicola, Stéphane, Dominique et Dimitri sont des stars montantes, Duran Bis n'a qu'à bien se tenir.
Il fallait voir ça. Se rendre compte, un peu, de cette aberration : un groupe français qui marche vraiment à l'étranger, en chantant dans la langue de Molière et de Serge Lama.
Indochine était programmé au grand festival annuel de Roskida, près de Copenhague, au Danemark. Deux jours de paix, de musique et de biture sauvage, le plan habituel, quoi. J'y ai accompagné ces jeunes gens, et j'ai vu.
Dans une moindre mesure, évidemment, parce que le Danemark est moins au fait que la Suède. C'était leur premier concert au pays de la Petite Sirène, et les disques y arrivent tout juste, (alors que les Suèdois ont déjà acheté dix mille unités de "3" en quinze jours). Mais l'accueil était là : les fans ultimes avaient pris le bateau pour venir assister à l'événement, et le noyau local était fidèle au poste.
Ça veut dire des gamines à l'aéroport, à l'hôtel, où elles avaient pris des chambres, au concert, backstage, partout. Mais comment font-elles pour savoir avec tant de précision les horaires et les déplacements du groupe? Ça veut dire des séances d'autographes et de pocket Kodak interminables. Et ça veut dire surtout un public fervent qui sait soutenir ses héros dans l'épreuve.
GOSSES
L'épreuve, c'était de débarquer sur une scène à treize heures devant cinq ou six milles pékins(!) qui se remettent à peine d'une soirée chargée et d'une nuit aléatoire. Ils ont attaqué bille en tête, comme de vaillants petits soldats du rythme ébouriffé.
Ce foutu groupe n'arrête pas de faire des progrès, les trois gus poussent derrière, pas un temps mort, le son s'est encore enrichi de guitares (Stéphane) et de percussions (Dimitri), et devant, virevoltant comme un lutin possédé, Nicola mène la revue en grand professionnel du maniement de foules.
À ses pieds, des vagues déferlantes de frais minois blonds tendent leurs mains et chantent de tout le coeur qui bat sous leur poitrine naissante. Planqué derrière un ampli, j'ai vu avec stupeur des dizaines de gosses incapables de PARLER un mot de français, CHANTER par coeur toutes les paroles de toutes les chansons. Il y en a même une qui est venue à l'hôtel expliquer (en anglais) que Nicola s'était gourré à tel endroit dans tel refrain, et c'était vrai!
Doucement mais sûrement, Indochine prépare le terrain, à coups de mini-tournées, ils ont une présence effective en Scandinavie, comme le prouvent les nombreux articles, couvertures et posters que leur consacre la presse teen-age locale.
Et l'intérieur va croissant, la conférence de presse donnée par le groupe à l'issue du concert dépassa largement le temps imparti. Même le grand quotidien national danois annonçait le lendemain que des stars étaient nées.
L'estocade sera portée en septembre/octobre, dans la foulée de la grande tournée française. Auparavant, s'ils en trouvent le temps, les Zindos iront se frotter au public des antipodes : ils sont assaillis de propositions pour aller tourner en Australie.
Bientôt également, le Japon où ils devraient faire un malheur. Et qui sait, la Chine populaire? À l'heure où j'écris ces lignes, Nicola se ballade entre Shanghaï et Canton, avec sous son bras des disques, et des rendez-vous avec les autorités culturelles.
Indo en Chine, et dans le monde, ça a l'air d'un rêve, mais c'est juste le résultat d'un groupe qui, en plus de son talent, se bat pour s'imposer et se donne les moyens de le faire. L'exception de rock d'Ici?