Indochine peut-il survivre avec ses jumeaux?

Paris, 1981. Nicola Sirkis (chanteur) et Dominique Nicolas (guitariste-compositeur) fondent le groupe Indochine. Quelques mois plus tard, rejointe par Dimitri (saxophone) et Stéphane Sirkis (claviers), la formation donne son premier concert dans un club branché de la capitale.

Durant l'été 1983, "L'aventurier" cartonne en tête des hit-parades. La machine est lancée. Les années 80 seront rythmées par les tubes d'Indochine, au même titre que ceux de Cure (à qui on les a trop souvent comparés à cause de leur look), Simple Minds, U2 ou Depeche Mode. En 1985, le groupe vend 800,000 exemplaires de son troisième album, "3", sur lequel figurent les titres "3e sexe", "Canary Bay", "3 nuits par semaine" et "Salômbo".

Bruxelles, 1996. Indochine a perdu deux de ses membres. Mais pas l'enthousiasme ni l'envie de faire du rock. Seuls restent les deux frères (jumeaux), qui continuent l'aventure. Le résultat : "Wax", un nouveau CD tout juste apparu dans les bacs des disquaires. Ils le présentent à Muriel Monton.

- Cette année, cela fait quinze ans qu'Indochine existe. N'est-ce pas un record pour un groupe français?

- Effectivement. Et nous en sommes les premiers surpris. Ce qui nous est arrivé est extraordinaire.

- Aujourd'hui, vous n'êtes plus que deux. Peut-on encore parler de groupe?

- Un groupe existe dès qu'il y a plus d'une personne. Au départ, nous étions quatre, Dimitri a été le premier à partir, pour diverses raisons. Dominique, qui était le principal compositeur de la formation, nous a quittés lui aussi. Nous considérons les quinze premières années d'Indochine comme l'acte I. Maintenant, nous entamons l'acte II.

Il ne reste plus que Nicola et moi. Nous sommes très proches l'un de l'autre, puisque nous sommes frères jumeaux. Nous partons sur d'autres bases, sans doute plus spontanées et plus fun. Nous retrouvons le même enthousiasme qu'aux débuts d'Indochine. Ces derniers temps, avec Dominique, on se posait un peu trop de questions. Même s'il y a un dominant et un dominé chez les jumeaux, nous parvenons à nous entendre. Nicola s'occupe des textes, et moi, de la musique.

- Que sont devenus les deux autres?

- Nous voyons encore Dimitri, il nous a rejoints lors de nos dernières tournées et joue du sax sur un morceau de l'album. Il a monté une boîte de CD-ROM et compose de la musique pour PC. Dominique, par contre, nous laisse sans nouvelles. La rupture est évidemment plus récente. Il avait besoin de liberté et, surtout s'éloigner du showbiz.

- Avec "Wax", vous abordez des thèmes plus graves : l'avenir du monde, l'enfance violée, etc. Une volonté?

- C'est pourtant l'album le plus optimiste d'Indochine. "Mire-live" n'est pas vraiment une chanson sur l'enfance martyrisée. Elle est inspirée d'une situation que j'ai vécue pendant un quart d'heure, à Bruxelles, un soir du mois de mai où je regardais la télévision.

Tout à coup, on est passé du sujet des enfants disparus (on commençait déjà à parler de frémissements de l'affaire Dutroux) à celui de l'excision des petites filles en Ouganda, et des commandos anti-avortement... à la météo!

C'est le problème de toutes les télés qui nous déversent des tonnes d'infos sans transition ni beaucoup de tact. Sur "Révolution", ce qui m'intéressait, c'était de parler de la déstructuration de la cellule familiale. Une situation que vit une personne sur deux.

- On vous a longtemps collé l'étiquette d'un groupe pour adolescentes. Une époque révolue?

- C'était complètement péjoratif et ridicule. De toute façon, le rock est une histoire d'adolescents. À partir de 25-30 ans, les gens écoutent autre chose. Les Stones, par exemple, regroupent plusieurs générations. Nous, on voit trois générations dans notre public : des gens de 30, 20 et 15 ans.

- Une tournée est prévue?

- Deux concerts sont prévus dans les deux capitales, Paris et Bruxelles, avant la fin du mois de décembre. Une tournée devrait suivre entre mars et décembre 97.