Indochine de 1981 à 1988 : toute leur histoire

La défection de Téléphone aidant, Indochine est donc devenu, sur le plan des ventes, le premier groupe rock français! Il faut dire que 1986 aura été pour eux une années particulièrement fastueuse...

Avec 7000 000 albums et près d'un million cinq cent mille 45 tours vendus, des salles de concert archi-combles et des scores étonnants à l'étranger, Indochine tient incontestablement dans sa catégorie, le haut du pavé...

À l'écoute de "7 000 Danses", leur nouvel album, il semble bien que cette vague Indochinoise n'ait d'ailleurs pas fini de rouler... En tout cas, le groupe peut déjà se vanter de nous avoir donné une des plus belles et surprenantes galettes de l'année... Voici la saga de ce groupe relatée sur quelques 32 pages...

29 septembre 1981 : Date officielle de la naissance d'Indochine

29 septembre 1981 : Date officielle de la naissance d'Indochine. En fait, le groupe existe déjà depuis quelques mois, mais c'est la première fois qu'il joue sous ce nom, à Paris et qui est dans une vraie salle de concert, à l'occurence le Rose Bonbon... Ex-taverne de l'Olympia, ex-Nashville, ex-Lazer, le Rose Bonbon est ouvert depuis 1978.

Avant Indochine, cette salle mythique a déjà vu naître beaucoup d'autres groupes marquants (créativement s'entend...) de la fin des années soixante dix et du début de l'actuelle décennie... Les Sinky Toys (le groupe formé par Jacno et Elli Medeiros), suivi de Roméo ou encore Taxi Girl...

À cette époque, et pour quelques mois encore, Indochine n'est qu'un trio composé de Nicola Sirkis, (chant, textes, synthé). Dominique Nicolas (compositions, guitare, basse, synthé) et Dimitri Bodianski (saxophone alto).

Nicola est né le 22 juin 1959, à Antony (dans les Hauts de Seine), mais il passe la majeure partie de son enfance à Bruxelles. Après avoir raté quatre fois son Bac, il deviendra un moment pigiste et photographe pour diverses publications de rock. Ses préférences en matière musicale vont vers David Bowie, les Rolling Stones ou Patti Smith.

Mais Nicola est surtout emballé par la vague punk : les Clash, les Cure, les Stranglers... les quelques mois qui précèdent la naissance d'Indochine, Nicola les passera au sein d'un petit groupe amateur : les Espions, il y fera ses débuts comme chanteur...

Dominik, lui, est un peu plus vieux, puisqu'il est né le 5 juin 1958. Après avoir grandi tranquillement dans la banlieue parisienne, il se destine à faire "carrière" dans l'électronique, puis se ravise et choisit finalement de prendre des cours de prise de son, dans une école privée.

Car Dominik est un fou de musique. Il en écoute de Chic à Chuck Berry, en passant par Police! Toutes ses économies passent dans l'achat de matériel de musique : guitares, ampli, boîte à rythme avec lequel il compose ses premières chansons. Dominik rencontrera Nicola en répondant à une annonce que ce dernier fait paraître dans la revue "Rock 'n Folk" "groupe recherche bassiste".

Ils découvrirent Dimitri, un peu plus tard grâce à une amie commune. Né en 1964, d'un père Russe et d'une mère Juive-Marocaine, il est (contrairement aux apparences...) le plus jeune du groupe. Dimitri a grandi dans un petit village à une quarantaine de kilomètres de Paris. Adolescent, il se nourrit essentiellement de musique des Doors, de Neil Young ou de David Bowie.

Lorsqu'il rejoint Nicola et Dominik, qui hésitaient encore quant au nom de la formation : "F.T.P.", "Les Résistants", "Indochine", ou "Saïgon", il n'a qu'une expérience limitée en matière de saxophone, et n'en a pas encore fini avec les études... Il ne les abandonna d'ailleurs que contraint en 1983! Après avoir obtenu un Bac A, puis commencé une école de publicé et de marketing, ainsi que des cours d'histoire de l'art en Fac.

Début 1981, les trois sbires commencent à répéter dans un local de banlieue sud. Dominik et Nicola s'accouple musicalement à merveille. Dominik compose, et Nicola écrit et chante, ils arrivent à constituer rapidement leur propre répertoire : "Shanghaï", "Françoise", "Dizzidence Politik", "La dernière fille avant la guerre", qu'ils émaillent également avec quelques reprises : "L'opportuniste" de Jacques Dutronc, et "La fumée dans les yeux" d'Antoine.

Leurs tergiversations les amena finalement à opter, pour désigner leur groupe, par Indochine. Un nom tantinet provoquant mais qui va leur aller, on va le voir, comme un gant.

"Au départ, cela a posé quelques problèmes, mais pour une minorité de gens.

 Ce nom vient d'ailleurs d'influences diverses. En fait, on aime la musique extrême-orientale. On voulait que le nom ait une résonnance française, tout en exprimant nos attirances. Indochine regroupait bien ces deux notions.

Vrai aussi, que ce nom a une connotation politique guerrière. Mais, dès le premier album, nous avons mis les choses au point avec des chansons telles que "L'opportuniste" de Dutronc.

Cela signifiait qu'en aucun cas, nous ne voulions être un groupe politique à message spécifique. On flashait plutôt sur une musique d'épopée, d'aventure baignant dans l'exotisme. Finalement, Indohcine, pour nous, c'était cela. Nous n'avons jamais reçu des lettres d'insultes. Il y a dix ans, nous n'aurions pas pu choisir un tel nom. Aujourd'hui c'est différent".

La légende veut aussi que ce soir-là, il y ait un producteur dans la salle et qu'en plus est un producteur intéressé! Et cette chance que certains groupes attendent parfois en vain, pendant des années, Indochine va l'avoir immédiatement.

Car à l'issu du concert, Didier Guinochet, un jeune producteur de Clémence Mélodie, un label créé par Gérard Lenorman et distribué en France par Ariola va leur proposer un contrat! À l'époque, ce label connait un formidable succès, grâce à un groupe "signé" quelques mois auparavants Les imaginations.

Dès lors, les choses ne vont pas traîner, puisque les chansons étant déjà créées, le groupe n'a plus qu'à enregistrer... Leurs premiers 45 tours "Dizzidence Politik" et "Françoise" paraîssent donc en Février 1982. Ce n'est pas un tube, tout juste un succès d'estime, mais avec ce disque, Indochine séduira au néanmoins le microcosme des branchés parisiens, ainsi que certains hommes des médias...

"Nous avons enregistré "Dizzidence Politik" en quelques heures", explique Dominik. "On avait branché la boîte à rythmes, j'ai fait les guitares et Nicola chantait. Tout cela était spontané, pour nous, c'était une belle carte de visite". Indochine continue également ponctuellement à faire son apprentissage de la scène. Ils firent ainsi l'ouverture de plusieurs groupes tels que Taxi-Girl, Orchestral Manoeuvre in the Dark, les Comateens ou même Depeche Mode au Palace en mars 1982...

En septembre, Indochine reprend le chemin des studios. Pour la circonstance, Stéphane, le frère jumeau de Nicola, lui aussi féru du rock, est venu les rejoindre. Il prend en charge la manipulation des synthés et boîte à rythmes.

Le quatuor part pour Londres afin de retrouver Simoen Shofield (un moment producteur de Culture Club et Spandau Ballet) sous la houlette duquel ils vont enregistrer six titres : "Leïla", "Docteur Love", une nouvelle version de "Dizzidence Politik" (destinée à séduire les Disc-Jockeys), "L'opportuniste", "Indochine" et surtout "L'aventurier" qui va donner son nom à ce premier mini-album et être présenté parallèlement en 45 tours.

Indochine fêtera la sortie de ce mini-album par un concert au Palace le 14 décembre (82). On y comptabilisera pas moins de 400 entrées payantes et même ils n'ont pas encore atteint une dextérité musicale infaillible, ils feront preuve en revanche de goût et d'audace en matière de visuel. Pour la circonstance, Indochine a même levé un décor à l'Opéra de Pékin! Envoyé aux radios et livré chez les disquaires en décembre.

"L'aventurier" (dans lequel, Indochine ressuscite Bob Mauranne, le héros oublié d'Henri Vernes) va d'abord connaître un hommage laborieux. Et c'est bien grâce aux FM si ce titre n'est pas passé aux oubliettes. Cependant, après un délai de réflexion, les périphériques vont se mettre également à programmer le titre. Et "L'Aventurier" apparaîtra par exemple à la 48e place du Hit-Parade de R.T.L., le 27 mars 1983.

Le 21 août, Indochine est numéro 1 et vendra finalement plus de 600 000 exemplaires de ce dernier 45 tours. Alors que le mini-album dépassera pour sa part les 150 000 exemplaires. Un succès dû autant, au fort potentiel commercial de la chanson qu'à la forte personnalité du groupe. Indochine ne débarque en effet cet été-là, avec un son qui lui est propre, et une allure vestimentaire qui à l'époque, est totalement inédite, au moins chez un groupe français. Le succès de "L'Aventurier" aidant, Indochine passera la majeure partie du printemps à silonner les nationales de France.

En avril (83 toujours), ils reçoivent le "Bus" d'Acier", une récompense que la critique rock attribue à ce qu'elle considère être le meilleur espoir rock de l'année. Un prix qu'Alain Bashung et Charlélie Couture s'étaient vu remettre les années précédentes. Un trophée qu'Indochine recevra d'ailleurs avec surprise.

"On ne savait pas ce que c'était, quand on nous a appris que nous avions le Bus d'Acier! Moi, ce que j'avais retenu, c'est que tous ceux qui l'avaient toujours obtenu auparavant avaient été un disque d'or dans l'année et avec "L'Aventurier", Indochine ne trahira pas cet état de fait!

Ce succès, le groupe ne cherche pas à l'analyser. "On peut juste constater qu'on est arrivé au bon moment avec la bonne musique. On est tombé sur le bon public. Ce n'est pas un calcul, mais un hasard". Mais il reconnaît néamoins que le travail a ses vertus et que le leur n'est peut-être pas étranger à ce succès aussi immédiat que conséquent.

À ce sujet, Dominik déclarera un jour : "Je connais des groupes dont je ne citerai pas les noms qui se sont achetés de la poudre avec l'argent avancé par les maisons de disques à la signature de contrat. Nous nous avons acheté des synthés, du matériel et nous avons bossé tout le temps". Indochine travaille et va prouver en éditant en novembre 1983 (soit moins d'un après le précédent) un deuxième et cette fois véritable album, baptisé "Le Péril Jaune".

Pour l'enregistrer, Indochine a fait de nouveau appel à Simoen Shofield qu'ils vont retrouver à Londres au Jacob's Studio. Mais le résultat ne sera pas à la hauteur de leurs espérances, car pressé par leur entourage professionnel qui souhaitait que cet album soit prêt pour les fêtes de Noël et le premier Olympia, Indochine va "Speeder" et enregistrer ses chansons trop rapidement. Le mixage notamment laissera à désirer.

"On était entré dans le show-business et comme le premier disque a marché, on nous a poussé à en faire un second. À l'époque, on ne savait pas trop comment réagir. On aurait dû freiner et prendre notre temps. On n'a pas assez bossé les compositions. Et même pour le son, je préfère celui du premier album".

Ces lacunes ne ruberont cependant pas les fans, trop contents de retrouver sur une grande échelle des titres dont la filiation avec "L'Aventurier" est (trop ?) évidente.

Car Indochine avec "Péril jaune" a incontestablement joué la carte de la sécurité, et ce disque comme son prédécesseur distille la même musique dansante moderne, colorée, que le groupe a de surcroît, savamment habillé d'arrangements et de textes "exotiques".

Grâce au succès de "Miss Paramount", le premier single mais surtout le second "Kao Bang", que le groupe pour la circonstance a remixé au studio du Palais des Congrès, cet album sera diffusé lui aussi à environ 150 000 exemplaires. Indochine se voit donc remettre son troisième disque d'or et conforte ainsi un peu plus son assise.

Après l'Olympia archi-bourré de décembre, où le public déchaîné (et particulièrement jeune), leur fit un véritable triomphe, Indochine entreprendra une seconde tournée, de 24 dates, au cours de laquelle, ils feront étape en Suisse et en Belgique.

Conscients qu'une bonne partie de leur public a moins de quinze ans, ils feront en sorte que les concerts débutent à vingt heures précises.

L'engouement persistant du public et l'avantage non négligeable d'être plutôt mignon fait qu'Indochine devient rapidement le groupe le plus chéri de la presse pour jeunes, qui lui consacre régulièrement article et couverture. Alors que la presse rock fait preuve à égard d'une mansuétude étonnante. Curieusement, la plupart des articles qui leurs sont consacrés tendent à les comparer ou les opposer au grand frère Téléphone, le groupe rock français numéro 1.

Indochine paraît alors condamné à rester en quelque sorte le Poulidor du rock. Enfin 1984, va voir naître le début de la carrière européenne d'Indochine, puisque Ariola sera bien inspiré de divulguer leurs disques en Allemagne, en Espagne et en Suède, d'où ne tarderont pas à venir, à surprise! des réactions possitives.

En suède, les réactions ne sont même plus que positives puisque le groupe investit le haut des charts et vend plus de 100 000 exemplaires des singles "Miss Paramount" et "Kao Bang" et pas moins de 40 000 exemplaires de "Péril Jaune". Des scores tout à fait étonnants dans un pays de huit millions d'habitants seulement!

Du coup, au printemps 85, Indochine ira y donner cinq concerts. L'ouverture est assurée par des groupes locaux. Ces concerts seront tous joués à guichets fermés! Indochine aura même affaire là-bas à des groupies complètement hystériques, qui durant toute la durée de leurs séjours, les suivent partout. Elles iront même jusqu'à assiéger leur hôtel!

Début 1985, Indochine disparaît volontairement des ondes françaises. Le groupe ressent le besoin de digérer ce succès soudain, et tient surtout à prendre le temps de faire un troisième album. "Enregistrer un album tous les dix-huit mois, nous semble être un rythme de sortie convenable. Notre deuxième album "Le Péril Jaune" était sorti très rapidement après "L'Aventurier". Nous avons pensé qu'il était raisonnable de ralentir cette cadence.

Nous avions aussi besoin de prendre un peu de recul". Après avoir "planché" activement à la création de chansons nouvelles, Indochine part à Hilversum en Hollande afin d'enregistrer avec un maximum de tranquilité. "Nous avons enregistré là-bas d'une part parce que le studio Hilversum a la réputation d'être un très bon studio, et d'autre part pour la tranquilité. Pour pouvoir nous isoler et éviter que les gens viennent nous voir pendant les séances d'enregistrement.

De plus, en allant dans une ville comme celle-ci où il n'y avait pas de vie nocturne, nous n'avons jamais eu la tentation de sortir, et c'est finalement un avantage non négligeable (...) On garde un très bon souvenir d'Hilversum". Pour ne pas réitérer les erreurs du passé et conscients que le troisième album est une étape capitale dans leur carrière, Indochine fait appel pour la production et surtout les mixages à Chaka Khan.

"Nous voulions que ce troisième album soit produit par quelqu'un d'autre. Nous avons contacté plusieurs producteurs, mais aucun d'entre eux n'étant disponibles avant plusieurs mois, les délais d'attente allaient de six mois à un an. Finalement, nous avons eu un coup de chance, puisque Joe Glassman, qui avait écouté les albums, avait une session annulée.

C'est donc avec lui que nous avons travaillé et cela s'est très bien passé. Joe Glassmann, n'est pas du tout intervenu pendant l'enregistrement, il a fait le mix (...) Il a fait un excellent travail, un travail que nous n'aurions pas pu faire nous-même. Nous avons obtenu sur ce disque un son que l'on n'avait pas sur les précédents. Ce disque sonne vraiment bien".

Avec cet album, simplement intitulé "3", Indochine effectue une évolution salutaire, notamment très nette au niveau des textes qui deviennent plus... "charnels" comme ceux de "Troisième Sexe", "Canary Bay" ou "Trois nuits par semaine", par exemple. Une évolution également perceptible au niveau du chant de Nicola, bien plus assuré et aussi évidemment évidemment du son caractéristique de la Fender Mustang de Dominik, qui reste la marque de fabrique du groupe.

"Musicalement, nous avons énormément évolué. S'il est vrai qu'à l'écoute du disque on reconnaît immédiatement Indochine, je pense que l'on s'aperçoit aussi très vite des changements. Par rapport aux premiers albums, les morceaux ont changé dans leurs constructions, ils ont été traités différemment, il y a de nouveau instruments, des percussions, des guitares accoustiques différentes.

Nous avons pris le temps de fignoler des chansons(...). Par rapport à "L'Aventurier", je pense qu'il y a beaucoup plus d'émotion, aussi bien dans les notes que dans les mots. En fait, nous avons muri..."

L'ensemble des médias et notamment la presse rock seront parfaitement d'accord avec cette analyse et l'album présenté en mai 85 sera souvent désigné comme l'album de la maturité. Côté public le son de cloche sera identique. L'album est certifié disque d'or en novembre et le premier 45 tours qui en est extrait : "Canary Bay", obtient également un assez joli succès (plus de 200 000 ventes).

Ce succès prendra des proportions spectaculaires avec la commercialisation en novembre d'un autre single "Troisième Sexe" (remixé pour l'occasion par Joe Glassmann au studio du Palis des Congrès).

Un "troisième Sexe" qui va trouver plus de 700 000 amateurs et va relancer de façon spectaculaire les ventes de l'album qui après une discrète apparition dans le Top 20 en septembre 1985 va y revenir de façon spectaculaire en février 86.

Il y restera finalement en février 86. Il y restera finalement près d'un an, sera certifié disque de platine en mars, et terminera sa course à près de 700 000 copies vendues. Il accouchera en outre d'un troisième single (juin 86) : "Tes yeux Noirs". Cette chanson également remixée (une manie chez Indochine!), superbement emballée dans une pochette de Pierre et Gilles, sera de surcroît accompagnée d'un vidéo-clip signé Serge Gainsbourg.

Cet énorme succès discographique sera doublé d'un succès scénique étonnant. Après avoir été satisfaire une seconde fois (novembre 85), les fans Suédoises déchaînées, Indochine va se lancer au tout début de l'année 86, dans une nouvelle tournée française qui s'achèvera en apothéose, à la fin du mois de mars, par quatre concerts sold-out au Zénith (il n'y en avait qu'un prévu à l'origine!).

Un peu plus tard, le 3 mai, Indochine donnera également un étonnant concert destiné exclusivement aux détenteurs de la carte jeune, (dans le cadre du partenariat qui lie Indochine et la S.N.C.F.), ainsi qu'à un million d'invités. Un concert qui eu lieu en plein air, sur un site ferrovière de l'ouest parisien.

Les quatre mille chanceux qui purent assister à ce concert furent acheminés sur place, dans le plus grand mystère, par des trains affrétés spécialement par la S.N.C.F au départ de la Gare St-Lazare! Enfin le 15 juin, Indochine participe de nouveau au spectacle organisé par l'association "S.O.S. Racisme".

À l'automne Ariola préconnisera ces nombreuses heures passées sur scène, grâce à un Live...

Nous n'avons pas eu de nouvelles d'Indochine durant le premier semestre 87. Le groupe voyage. Pas pour faire du tourisme, non, mais pour créer, enregistrer et mixer leur quatrième album. Le groupe séjournera un moment à Montserrat (Caraïbe), Miraval et enfin Londres où sera achevé le mixage. Au total, quatre mois et demi de studio!

Nous avons eu un avant-goût cet été avec "Les Tzars", un morceau particulièrement musclé, très rock, dans lequel Indochine traite de la désinformation, d'abus de pouvoir, et enfin ce nouvel album "7 000 Danses" arrivé il y a quelques semaines, dont vous pourrez découvrir le détail (à moins que vous ne l'ayez déjà!), dans les pages qui suivent.

A L B U M S  C O P I E

INDOCHINE

Un peu plus de deux ans séparent "7 000 Danses, le quatrième album du groupe, de son prédécesseur baptisé "3", c'est le temps que le groupe jugea nécessaire pour se "ressourcer" et de travailler sérieusement... Si "3" esquisait bien ça et là quelques nouvelles orientations musicales, il se plaçait néanmoins encore nettement dans la continuité des deux albums précédents "L'Aventurier" en 82 et "Le Péril Jaune" en 1983.

Avec "7 000 danses, le groupe révèle par contre une maturité nouvelle qui se traduit par un élargissement spectaculaire dans son univers musical. Pour "7 000 Danses", Indochine a rappelé l'ingénieur de son, rencontré sur l'album "3" : Joe Glassmann. Ils ont également fait appel à quelques musiciens de marque "empruntés" à Terence Trent d'Arby, Big Country ou Ultravox et le résultat est à l'image de la pochette, c'est-à-dire superbe... Voici le détait de "7 000 Danses".

LA BÛDDHA AFFAIRE

"La bûddha Affaire", un instrumental ouvre superbement le quatrième tome des aventures discographiques indochinoises... Et annonce d'emblée, le net élargissement de l'univers musical du groupe...

Ce morceau installe en effet, l'auditeur dans un décor sonore qu'Indochine n'avait jamais osé planté jusqu'ici. Mais les garçons ont visiblement beaucoup progressé et ils semblent avoir aujourd'hui les moyens de toutes leurs ambitions... Composée par Dominik Nicola "La bûddha Affaire" est une superbe ballade, magnifié par la subtilité et la richesse des arrangements.

LES CITADELLES

Avec "Les Citadelles" (qui succède sans transition à "La bûddha affaire"), on ne doute pas une seconde par contre que l'on affaire à du Indochine, ne serait-ce que parce que l'on retrouve les sons de guitares si caractéristiques de Stéphane et Dominik.

Les comparaisons pourtant devraient s'arrêter là, car il s'agit toujours de la même musique. Indochine a insufflé dans ce titre une dose de nouveauté non négligeable qui font que le baillement est impossible... "Les Citadelles" est une chanson nerveuse et dense habillée d'un texte écrit et chanté par Nicola, dont le thème est en tout cas inédit dans le répertoire d'Indochine...

LA CHEVAUCHÉE DES CHAMPS DE BLÉ

Le rythme se calme un peu... "La chevauchée des champs de blé", le troisième titre de cette première face, a été composé, comme toutes les chansons de cet album d'ailleurs, par Dominik. C'est la seule chanson de "7 000 Danses" qui aurait pû figurer sans détonner dans "3" l'album précédent.

La mélodie, très belle, a été ciselée par Dominik (mais je l'ai déjà dit...) et le chant de Nicola va d'ailleurs nous réserver quelques surprises... Cette balade amoureuse, est une des rares chansons, guillerette de l'album...

IL Y A UN RISQUE (Le Mépris)

À mon avis, un des morceaux le moins fort de cet album. "Il y a un risque" n'en reste pas moins un beau titre, enrobé avec brio d'instruments électroniques sophistiqués.

Joe Glassmann a donc fait incontestablement du bon boulot et cette chanson comme toutes celles qui habitent ce disque n'a rien à envier (sauf rare exception) quant à leur réalisation, à celles collectionnées par les groupes Anglo-Saxons...

LES TZARS

Présentée au début de l'été sous forme d'un 45 Tours, cette chanson obtient un honnête succès sans plus... mais si l'on se réfère à la carrière de "Canary Bay", le premier simple extrait de "3", on constate que celui-ci n'avait pas fait lui non plus, beaucoup d'étincelles, en se contentant d'être simplement la 29e meilleure vente de 45 tours en France (couvrant 85)...

Quant à l'album, il n'a vraiment commencé à bien se vendre qu'après la sortie du simple de "Troisième sexe", il n'ly a donc pas lieu de s'inquiéter...

Ce titre musclé, brut et assez surprenant (je fais partie de ceux que le texte a désarçonné...) tranche assez nettement avec leurs précédents titres, et se démarque même aussi pas mal au sein de cet album, il clôt énergiquement cette première face...

LA MACHINE À RATTRAPER LE TEMPS

"La machine à rattraper le temps" ouvre en beauté la seconde face de cet album. Ce morceau bien construit et superbement arrangé témoigne lui aussi d'un indéniable gain de sûreté et de maturité musicale acquis en deux ans par le groupe.

Là encore, Indochine a donc réalisé un très beau travail... En outre, cette chanson est celle dont le texte est le plus immédiatement "assimilable", c'est aussi une des plus efficaces commercialement...

UN GRAND CARNAVAL

"Un Grand Carnaval" a la particularité de ne pas avoir été composée par Dominik Nicolas, puisqu'elle est à mettre au compte de Stéphane Sirkis. Sans être d'une originalité bouleversante, cette chanson au rythme enlevé s'avère néanmoins tout à fait convaincante. Elle l'est d'autant plus qu'elle a été, elle aussi, superbement arrangé.

Arrivé à ce stade de la découverte de ce nouvel album, on peut d'ores et déjà féliciter Indochine et Joe Glassmann pour le travail effectué. Le groupe et le producteur ont réussi à diversifier au maximum les compositions et les emballages sonores sans que "7 000 Danses" souffre du moindre manque de cohésion. Une belle réussite.

7 000 DANSES

C'est bientôt la fin de l'album... "7 000 Danses" qui succède en douceur à "Un Grand Carnaval" surprend... Après une intro de toute splendeur, Nicola arrive avec un phrasé et un timbré à un tel point transformé, qu'on en arrive un moment à douter qu'il chante bien le morceau!!!

Long de six minutes, ce morceau (qui a donné son titre à l'album), est à mon avis un des meilleurs aussi... Nicola et Dominik ont été une fois encore particulièrement bien inspirés et peuvent être vraiment fiers de ce morceau, qui a en outre la particularité non négligeable d'être bubesque...

UNE MAISON PERDUE

L'album s'achève en douceur et en beauté... Cette seconde face paraîssait d'ailleurs globalement plus forte que la première. À l'instar de "7 000 Danses", on peut apprécier dans "Une maison perdue..." le travail réalisé par le quatuor, pour chercher des sons nouveaux sur le matériel électronique perfectionné (Emulater Fairlight, et bien sûr synthétiseur...) qu'ils ont eu à leur disposition, dans les studios de séquences Miraval, Montserrat et Red Bus.

Comme la majeure partie des chansons composant cet album, il est difficile de résumer en deux mois le texte de cette chanson, Nicola a fait en sorte que plusieurs interprétations y soient possibles.

Cet album commercialisé simultanément dans plus de 30 pays sera suivi d'une tournée en Amérique Latine en janvier, où le groupe fait un tabac (le Livre est triple disque d'or au Pérou!). Indochine reviendra ensuite en France, afin de faire pour quelques jours la scène du Palais des Sports et l'on attend également un nouveau 45 tour extrait de l'album.

En 1988, il faudra donc compter avec Indochine, le groupe devrait même être incontournable... il confirmera ainsi et de façon éclatante qu'il est bien des plus grands groupes français des années 80.