Indochine à trois voix

Avec "Le Baiser", Indochine franchit une nouvelle étape, aujourd'hui trio, après le départ de Dimitri, gagne en cohérence et en maturité. "Le Baiser" est à savourer sans modération et dans son intégralité.

D'Indochine, on garde un flot d'images : la première télé avec Maneval pour L'Aventurier, plus tard Nicola et les autres maquillés et androgynes pour un Troisième sexe tubesque. Les silhouettes évanescentes de La chevauchée des champs de blés et la tournée marathon en Amérique du sud.

Aujourd'hui, l'heure est au Baiser, cinquième album du groupe, Dominique et les jumeaux Sirkis, Nicola et Stéphane, se sont retrouvés dans un palace parisien pour répondre à nos questions. Jeans troués et tenues adhoc, ils détonnent un peu sous les ors de l'hôtel.

Apparemment rien n'est changé : Nicola a toujours son air buté, cette morgue quasi-adolescente. Stéphane, lui, bronzé par le ski, a des allures de rocker en escale. Dominique, impassible, observe et n'en pense pas moins. Seul, manque à l'appel Dimitri, le quatrième larron. Prétexte excellent pour poser la première question.

Le Mag : Dimitri ne fait plus partie d'Indochine. Pourquoi cette séparation?

Nicola : "C'est très simple. Il n'arrivait plus à concilier sa vie de famille et celle du groupe. Il a préféré voir grandir son fils... En ce moment, il écrit un bouquin, il fait de la musique... On est toujours en rapport avec lui. Il n'y a aucun problème.

Dominique : Un groupe, c'est vivre ensemble 24 h sur 24. Depuis cinq ans, on enchaînait albums sur tournées sans s'arrêter. On ne vivait plus. On a donc décidé de faire un break. Au moment où tout a recommencé, Dimitri n'était plus disponible. Il a fallu choisir et le choix s'est imposé des deux côtés. Mais il n'est pas exclu qu'il nous rejoigne peut-être sur la tournée.

La présence de Dimitri vous manque-t-elle?

Dominique : Quand on fait nos premières séances de photos, c'était bizarre... Au départ, on était quand même quatre copains de lycée qui avaient fondé un groupe. Après, on s'attache aux gens. Chacun avait ses qualités et ses défauts mais humainement, il y avait des rapports assez forts. Personnellement, ça m'a ennuyé... Il y avait quatre personnes dans Indochine. Maintenant, il n'y en a plus que trois. Mais c'est la vie. Chacun de nous a évolué...

L'évolution, c'est ce cinquième album. A-t-il été plus facile à écrire que 7000 danses qui arrivait juste après un succès énorme?

Stéphane : C'est toujours très difficile de faire un disque après un très gros succès. On t'attend toujours au tournant. Après 7000 danses (400 000 exemplaires vendus), on a préféré prendre du recul. Se retrouver, oublier un peu le Fairlight, les machines en général et renouer avec des origines acoustiques.

Dominique : On a composé l'album en un mois et enregistré le disque en trois mois. On a changé certaines choses. On s'est surtout ouvert à des musiques différentes, d'autres musiciens. On a jeté un peu toutes les machines que l'on avait sur 7000 danses.

Nicola et Stéphane Sirkis sont nés le 22 juin 1959 à Anthony. Après une enfance passée à Bruxelles et notamment en pension, ils regagnent Paris, font la connaissance de Dominique et de Dimitri avec lesquels ils fondent leur groupe au début 1980.

Leur premier vrai succès date de 1983 avec L'Aventurier. Suivront : Kao Bang, Canary Bay, Tes yeux noirs, autant de titres qui leur vaudront quatre Disques d'Or. Dimitri a aujourd'hui quitté le groupe mais Indochine continue. Preuve : ils sont aujourd'hui 38eme au Hit.

N°38

Le Baiser est très différent des anciens singles...

Nicola : C'est un choix du groupe. Pour nous, c'est la chanson la plus représentative de l'évolution d'Indochine. On a écrit Le Baiser après toutes les autres, en studio. Il ne faut pas gâcher la magie que l'on peut avoir en écrivant un morceau comme celui-là. Il ne représente peut-être pas tout l'album mais il montre surtout vers où nous voulons aller.

Dominique : Le titre est très minimaliste. C'est parti comme ça : la voix, la guitare et un petit bout de synthé. On n'a pas voulu tomber dans le piège de l'orchestration.

Les paroles de Nicola restent toujours aussi subversives, provocantes parfois... Est-ce un choix délibéré?

Stéphane : Le rock a l'origine a toujours été provocateur. À la fois source et signe de révolte. En tant que groupe de rock, on est révolté par certaines choses et on veut provoquer par certaines autres. Mais Indochine n'est pas là pour faire de la politique. Le rock a toujours été à l'origine des "messages".

Nicola : Dans un pays comme le Pérou, certains textes ont suscité des réactions très négatives. Quand on écrit, on ne se rend pas compte de cela. Pour Le baiser, certains disent que c'est un des plus beaux hommages au phénomène social qu'est un baiser.

D'autres, au contraire, trouvent ça nul, trop simpliste. Mais un baiser aussi, c'est simpliste au départ. La provocation vient peut-être du fait qu'il y a des réactions antagonistes. Elle est subversive peut-être par rapport aux gens qui n'arrivent pas à se faire de vrais baisers...

Une scène à Paris, une tournée sont prévues?

Nicola : Officiellement pas encore. On a plutôt envie de se remettre sur scène en septembre, octobre, novembre. Pour l'endroit on ne sait pas encore. Bercy nous intéresse...