Indochine : quatre Français dans le vent
Sortis
de scène, Stéphane (au premier plan) son jumeau Nicola (derrière
lui), Dimitri (au fond à gauche) et Dominik, enlèvent leur
maquillage mais gardent le look qui plaît tant.
Septième du "Top 50" avec "3e Sexe", Nicola, Dimitri, Stéphane et Dominik ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin et vont continuer à nous entraîner, en chansons, vers "Canary Bay", "Shangaï" et cette Asie qu'ils apprécient tant. Leur secret? Ne jamais se prendre au sérieux...
Pourquoi Indochine? Nicola, Dimitri, Stéphane, et, Dominik, quatre... français dans le vent dont la chanson - "3e sexe" - est septième au "Top 50", répondent en coeur : "Par esprit d'aventure et par goût de l'exotisme. Nous apprécions tous les musiques venues d'ailleurs, de l'Extrême-Orient, du Laos.
On retrouve un peu ce son là dans nos musiques, dans nos textes, "Le Péril jaune", "Shangaï", "Canary Bay", "La sécheresse du Mékong".
Nous aimons bien brouiller les pistes et faire un peu de provocation - regardez nos vêtements, notre maquillage de scène - mais il ne faut pas chercher autre chose dans le choix de ce nom et surtout pas d'esprit guerrier..."
Toujours est-il qu'actuellement en tournée en France, et nous pouvons en témoigner : ils font un malheur. À Paris, ils prévoyaient un concert au Zénith, le 10 mars. Deux jours après l'ouverture des locations, c'était complet.
Du coup, deux autres dates ont été nécessaires : les 24 et 27 mars, complets aussi. Il y aura donc certainement une quatrième soirée Indochine au Zénith. À Toulouse, où nous les avons rencontrés, six mille jeunes faisaient "éclater" les murs du Palais des Sports.
Avec Charlotte Valandrey
Dominik, Stéphane, Dimitri et Nicola avec Arnaud, le percussionniste moustachu qui s'est joint à eux pendant leur tournée, comme Charlotte Valandrey, l'une des révélations des Césars qui maquille et coiffe Nicola, jumeau de son ami Stéphane.
Le
concert était à 8 heures 30. Depuis le matin, ils étaient là,
par centaines, dans le froid, pour être les premiers à entrer.
À la demande du groupe, les heures de concert sont avancées
chaque fois que possible afin que leurs plus jeunes fans puissent
y assister.
Car leur public, ce sont les 12-18 ans, pour lesquels ils incarnent le rythme, la gentillesse, la décontraction. Un public sage, car eux-mêmes sont loin de mener la vie folle et trouble des grands groupes américains de rock qui tiennent le devant de la scène depuis vingt ans.
Ils sont tous les quatre issus d'un milieu plutôt bourgeois, ont tous les quatre poursuivi leurs études jusqu'au bac et même parfois un peu plus avant d'aborder leur carrière de saltimbanques; ils sont tous les quatre "fiancés" à de très gentilles jeunes filles.
Indochine bénéficie même d'une maquilleuse célèbre : Charlotte Valandrey, "nommée" aux Césars comme révélation de l'année pour "Rouge-baiser" et dont le nouveau film "Taxiboy" sort bientôt. Elle les suit partout, les maquille, les coiffe, les bichonne, et pourtant, il semble que pour Stéphane, elle soit bien plus qu'une simple amie.
"Avant de passer notre bac, nous ne connaissions rien à la musique, raconte Nicola Sirkis, le chanteur parolier du groupe. Stéphane, mon jumeau et moi, avons vécu en Belgique une bonne partie de notre enfance car notre père était fonctionnaire aux Communautés européennes. Lorsque nous sommes revenus à Paris, en 1974, nous nous sentions presque étrangers.
De plus notre père est né en Russie! Nous avons finalement passé le bac, après avoir souvent changé d'école. À la maison, nos parents étaient très branchés sur la musique classique, c'était la seule musique que nous connaissions.
Après le bac, nous avions 19 ans, ça a été la découverte du rock, brusquement. Stéphane s'est mis à jouer de la guitare, moi, j'ai pris des cours de chant. Je me suis intégré dans des petits groupes. C'est dans l'un d'eux que j'ai rencontré Dominik. On a décidé de former notre propre groupe. C'est devenu Indochine."
Dominik est banlieusard. Il a passé le bac et appris la guitare tout seul. Très silencieux, mais il travaille beaucoup : "J'étais passionné de moto-cross. D'un seul coup, j'ai abandonné la moto pour m'acheter une guitare. C'est moi qui compose toutes les musiques mais je les soumets aux trois autres membres d'Indochine et nous choisissons les chansons ensemble. C'est vraiment un travail de groupe comme... dans de nombreux groupes!"
Dimitri, quant à lui, a rencontré Indochine en terminale. Il a décroché son bac alors que le groupe effectuait sa première tournée en 1983. C'est le plus jeune du groupe : il a 21 ans. Son père aussi est d'origine russe et auteur de romans policiers. Sa mère travaille à "Week-end", l'hebdomadaire de courses...
"Tout en jouant avec Indochine, j'ai essayé de poursuivre mes études; un an en faculté d'Histoire et d'Histoire de l'art. J'ai même commencé une école de publicité". Mais le groupe s'est alors fait connaître avec "L'Aventurier" et Dimitri a choisi l'aventure.
Pour ces quatre garçons, il n'y a pas eu de vaches maigres : le groupe à peine formé, ils passaient dans des clubs comme le "Rose Bonbon". C'est là qu'ils ont signé tout de suite dès le premier concert, pour un premier 45 tours avec deux titres : "Dizzidence Politik" et "Françoise".
Du lait-fraise à l'apéritif
"À l'époque, précise Nicola, notre devise était "simple et efficace". Maintenant, c'est plutôt "qualité et évolution". Nous sommes devenus très soucieux du son. En tournée, nous partons très tôt le matin pour étudier la salle dans laquelle nous allons chanter. Nous surveillons les fréquences et tous les détails d'accoustique. À l'époque du compact-disc, il faut être exigeant. C'est fou ce que ça a vite passé depuis nos débuts.
Et en même temps, on a l'impression de faire ça depuis toujours. En fait, nous sommes passés du bac à la notoriété sans nous en apercevoir!" Ces stars du rock nouveau style, levés tôt, couchés tôt, amateurs de photo, de gymnastique chinoise et de lait-fraise en guise d'apéritif ont su rester eux-mêmes en devenant célèbres.
Résultat : trois disques d'or, un disque de platine : Téléphone, le premier groupe français qui lui est cinquième du "Top 50" avec "Le jour s'est levé", n'a qu'à bien se tenir. L'aventure Indochine n'est pas près de se terminer...
UN NOUVEAU 33 TOURS FIN 86
Le prochain 33 tours d'Indochine, toujours chez Ariola. RCA, sortira à la fin de l'année. Dimitri commence à travailler aux musiques et a même acheté un magnétoscope quatre pistes portable pour écrire en tournée. Indochine s'associera pour ce disque à un très grand producteur qui sera responsable, avec eux, du son et du choix des chansons.
Et "3e Sexe", justement, comment est né ce titre "ambigu"? "J'étais à Londres, répond Nicola en octobre dernier, et j'ai vu des anglais avec des allures pas possibles. Je me suis dit que l'apparence n'a souvent rien à voir avec la sexualité, qu'on peut très bien avoir des vêtements qu'on dit étranges sans pour autant être homosexuel ou trapiste. C'est une chanson très simple et qui n'est justement pas du tout ambiguë."