Indochine joue et gagne

Des premiers fidèles du "Rose Bonbon", la boîte de leurs débuts, aux centaines de milliers de fans qui ne jurent que par eux aujourd'hui, le plus célèbre groupe français du rock a réussi une fabuleuse percée. Mais ce n'est là qu'une étape...

Quatre garçons dans le vent, ou plutôt quatre garçons dans l'air du temps. Nicola, Dominik, Stéphane et Dimitri, le quatuor d'Indochine, fêtent le cinquième anniversaire de leur vie musicale commune.

Cinq années pour devenir le groupe numéro un en France, bien placé dans le peloton de tête des meilleurs Européens, les fétiches des Scandinaves, les nouveaux Beatles dans l'esprit des Japonais.

Leur troisième album est disque Platine (700 000 exemplaires vendus), le "live", enregistré pendant leurs quatre concerts au Zénith est disque d'Or (100 000 ventes).

Le livre que Jean-Éric Perrin leur a consacré est déjà épuisé, moins d'un mois après sa mise en place chez les libraires. La cassette vidéo tournée le dernier soir de leur show du Zénith est sortie le 1er décembre.

Indochine, aujourd'hui, ressemble à un holding. Il regroupe une société d'édition, Indochine Musique, dont les quatre musiciens sont les seuls actionnaires. Un fan club qui compte plus de quatre mille membres (très actifs, gère et surtout répond à une moyenne de cinq cents hebdomadaires, édite un luxueux "fan-zine", Péril jeune, à la périodicité variable.

Le succès, le vrai!

- Cinq ans, ce n'est qu'une première étape, affirme Nicola, le chanteur, parolier et porte-parole du groupe. Les réelles difficultés ne font que commencer. En France, les gens qui réussissent ne plaisent pas. Le temps de la désinformation bat son plein. Depuis le début de l'année, dans l'Hexagone ou ailleurs, plus de 200 000 personnes sont venues nous voir sur scène. Un seul demi-succès : à Monaco!

Pourquoi? D'abord, à cause des flics locaux qui ne facilitent pas l'accès des jeunes à la principauté. De plus aucun train n'était prévu assez tard pour ramener le public du Rocher vers toutes les villes de la Côte. Total : 1 500 personnes "seulement" s'étaient déplacées sous une pluie battante. Un chiffre très raisonnable qui n'a pas empêché certains médias d'écrire que notre tournée était un échec.

- Même phénomène pour l'histoire des bandes magnétiques à Rennes, ajoute Dominik, compositeur des chansons et guitariste. Nous n'avons jamais caché que nous utilisions des bandes en concert, surtout pour les rythmiques.

Manque de chance, quelqu'un qui ne connaît rien à la technique moderne s'est pris le stylo dans les fils du micro pour annoncer : Indochine joue en play-back. Après un coup pareil, les mômes sont venus nous voir en hurlant, nous accusant de leur avoir volé les cent balles de leur place... C'est dingue!

- Ces concerts nous changent des premiers. Il y a cinq ans, on jouait devant un public de copains, dans une boîte très mode, le Rose Bonbon.

Les yeux de Dimitri, le saxo, s'allument

- À l'époque, on touchait entre 300 et 400 francs de cachet. On nous avait dit - et nous, naïfs, on l'avait cru - que le directeur du Rose Bonbon offrait 100 francs supplémentaires par rappel. Indo était revenu deux fois sous les applaudissements, nous sommes allés réclamer notre argent de rab! On s'est fait jeter...

Des quelques premiers fidèles du Rose Bonbon aux 40 000 spectateurs du Zénith, Indochine a eu une ascension sans précédent pour un groupe français.

Sa grande force tient dans la fidélité de ses fans

- Une majorité de 13-17 ans, poursuit Stéphane, le jumeau de Nicola. Des jeunes déchaînés, surtout en Suède. L'an dernier, à la fin de notre tournée la police a débarqué dans notre hôtel. Ils recherchaient deux petites groupies que nous avions remarquées : elles étaient, chaque soir, au premier rang. On les trouvait mignonnes. Le seul hic de l'histoire, ces jolies Suédoises n'avaient pas 30 ans à elles deux. Pour nous suivre, elles avaient quitté le domicile de leurs parents...

Pendant deux mois, Nicola, Dominik, Dimitri et Stéphane vont enregistrer leur prochain album. Deux mois pleins pour se donner les moyens de leur ambition.

- Quand on prépare un 33-tours, on ne se fixe pas sur le "tube". Deux mois en studio, cela correspond à une durée normale, pour les Américains. Nous aussi, nous voulons atteindre une certaine perfection.

Cet album, au titre non défini, arrivera chez les disquaires en juin 1987. Et roule l'Indomania...