Indochine : dix ans déjà...
Nicola,
Dominik et Stéphane, plus motivé que jamais.
Présent dans le paysage du rock français depuis dix ans, Indochine n'a pas fini de faire parler de lui : Nicola, Stéphane et Dominik persistent et signent pour un nouvel album prévu en 1992 et se produisent sur scène dès le mois de septembre. Pour fêter leur décennie, ils sortent une compilation de leurs succès et de leurs clips.
Dix ans déjà qu'Indochine existe. Le groupe s'est formé en 1981. Mais tout a commencé en 1983, quand ces quatre jeunes garçons d'une vingtaine d'années font éclater les sonos de France et de Navarre avec L'aventurier, une chanson venue d'ailleurs sur une musique aux sonorités orientales qu'un million de Français décident de s'approprier.
Après, Indochine collectionne les disques d'or et de platine jusqu'en 1989, où le groupe décide de s'arrêter pour souffler un peu. Après un traversée du désert, Indochine s'impose de nouveau (il y a à peine un an) avec Le baiser, un album duquel sort aujourd'hui le troisième 45 tours, Punishment park (après Le baiser et Des fleurs pour Salinger).
Pour fêter ses noces d'étain, le trio (Dimitri a quitté le groupe fin 1988) sort aujourd'hui sa première compilation musique (quinze titres dont un inédit et une reprise de Dizzidence politik, leur première chanson) et une vidéo (tous les clips depuis le début). Avec une grande tournée prévue à partir du mois de septembre, Indochine paraît plus motivé que jamais. Nicola Sirkis, chanteur et parolier, le confirme.
Après un an d'absence, n'y avait-il pas un risque d'oubli de la part du public?
Nicola Sirkis : Le bilan est possitif. Le baiser est double disque d'or, et, en ce qui nous concerne, c'est le seul album que nous écoutions encore régulièrement. On découvre toujours des trucs, même si c'est nous qui l'avons fait.
Tes textes plutôt pessimistes voire noirs (More, Les plus mauvaises nuits, Punishment park, Les années bazar...), ça correspond à quoi?
N. S. : Depuis Sept mille danses (1988), quand je vivais une expérience douloureuse avec ma fiancée, mon état d'âme s'est transmis dans mes textes. La souffrance fait écrire de belles chansons d'amour...
Le prochain album sera plus optimiste?
N. S. : tout dépend de mon état. J'écris plein de textes en ce moment où je suis plus serein. Mais j'aime écrire sur des thèmes qui me touchent, comme le sida, la guerre, la drogue.
Des sujets-bateaux?
N. S. : On vit dans une période-bateau où l'amour est dangereux, où la guerre est d'actualité. La drogue, je m'en suis échappé...
Votre sentiment sur la disparition de Gainsbourg, avec qui vous avez eu l'occasion de travailler? (le clip des Yeux noirs est une reprise de Qui est in, qui est out).
N.S. : Depuis notre collaboration pour Les yeux noirs, on se revoyait régulièrement. L'annonce de sa mort a été pour nous très pénible. Serge est la personne la plus importante qu'on ait rencontrée depuis dix ans...
L'euphorie des débuts existe-t-elle encore?
N. S. : On n'a jamais été euphoriques. Même en 1983 au moment du succès de L'aventurier. L'euphorie, on l'a cinq minutes après avoir quitté la scène. Puis on redescend, et c'est l'angoisse. Quand nous avons appris que l'Aventurier était numéro 1 en France, nous nous sommes dit : "Putain, quel enfer, qu'est-ce qu'on va faire pour le deuxième!"
Le groupe fête ses dix ans au mois de septembre. Comment envisagez-vous son avenir?
N. S. : Le compte à rebours a commencé. Dans dix ans, si Indochine existe encore, ça sera un miracle... On est, de toutes les façons, plus proches de la fin que du début. En tout cas, il vaut mieux que ce soit nous qui décidions de notre fin, si un jour il le faut...