Deux disques d'or et
un troisième album qui démarre très fort. Quatre garçons dans
le vent. "Indochine" est premier au hit-parade suédois.
Et pour la première fois, un groupe de rock entre dans un dessin
animé conçu pour la télévision.
Ils avaient choisi le rock comme hobby parce qu'ils aimaient ça, comme la grande majorité des jeunes de dix-sept ans. Un premier concert d'amateurs, et la machine s'est mise en route.
On est venu leur demander de faire un disque, des fans les ont acclamés, la Scandinavie, via la Suède, en fait les numéros un de son hit-parade, l'Espagne et l'Allemagne se sont mises à les réclamer, ils intéressent l'Australie et le Japon.
Et voilà que les Anglo-Saxons, maintenant, les veulent en version anglaise. Rattrapés par le succès, quatre garçons dans le vent, qui n'avaient rien demandé, qui ont même oublié pourquoi ils s'appellent "Indochine", se sont retrouvés avec un vrai métier : la musique.
Avec deux premiers albums sacrés disques d'or et un troisième qui en prend le chemin (un deuxième simple en est extrait ces jours-ci), on ne les voyait presque jamais à la télévision. Pourquoi? Ils ne savent pas.
"Les enfants du rock", en tout cas, l'ont remarqué. Devant ces champions de l'aventure qui chantent Bob Morane, Miss Paramount ou Monte Cristo, la réalisatrice a tout naturellement pensé à les intégrer dans une bande dessinée dont Childeric Muller serait le tintin-reporter et François Dimberton, le dessinateur.
Une première télévisée dans le genre, avec l'utilisation des techniques vidéo les plus sophistiquées pour mélanger dessin et image. Quelque 600 000F ont été consacrés à ce portrait dans lequel est inclus un clip de "3e sexe".
Un budget en relation avec des frais de locations tels que ceux de la "Paint box" (pour les couleurs et l'animation des dessins) à 2 000 F l'heure ou la MDO (la machine qui permet les effets de solarisation et de retard sur image) à 5 500 F l'heure. La BD musicale, c'est aujourd'hui et c'est bien sûr, du rock!
Dominik
Dominik Nicolas. Courtes boucles et réserve encore teintée de timidité. Guitariste et compositeur. Une seule passion, le son, depuis qu'il a abandonné celle de la moto, écoeuré par le vol de ses trois engins (c'est quand même maintenant un hobby dont il a donné le virus à Nicola Sirkis).
Son trois-pièces de banlieue, dont il se demande lui-même si c'est un appartement, est tellement équipé en instruments de musique et appareillages électroniques dernier cri qu'il en est devenu un vrai studio d'enregistrement. Dominik passe sa vie dans la musique.
D'ailleurs, quand la flambée d'"Indochine" l'a surpris, il s'apprêtait à devenir ingénieur de son et, au début, il préférait encore "gratter" chez lui que sur scène où, faute de moyens, les équipements étaient alors moins performants.
De temps en temps, il arrête tout et va se mettre au vert chez sa grand-mère dans le Berry. Là, en pleine campagne, sans une voiture (sinon une fois par jour la camionnette de l'épicier), il se repose vraiment : il a pris l'habitude "d'oublier" d'y emporter sa guitare.
Nicola
Nicola Sirkis. Regard perçant et cheveux longs qu'il embroussaille régulièrement d'un geste machinal. Le chanteur, l'auteur des textes et, peut-être pour cela, le plus bavard.
Bien qu'il rejette énergiquement la qualité de porte-parole du groupe, les autres le laissent complaisamment s'exprimer à leur place, n'intervenant que pour corriger ou préciser. C'est le voyageur aussi : "J'ai besoin de voir, chaque rencontre peut être une idée."
Dernière visite, la Chine, le choc d'un autre continent à quelques heures de Paris, le sourire d'enfants heureux. Même en sport, il recherche l'évasion grâce aux balades en moto verte et au canoë. Préoccupation du moment : l'appartement qu'il cherche depuis six mois.
Petite maison ou grenier, il veut surtout une surface à aménager lui-même : "Je suis très attaché à trouver le lieu qui me conviendra." Et cela, dans un de ces quartiers du sud de Paris où la vie ressemble un peu à celle d'un village et où la proximité des portes de la capitale permet de s'en échapper rapidement.
Stéphane
Stéphane Sirkis. Faux jumeau de l'autre. Peu de ressemblance malgré une coiffure identique; véritable entente et goûts différents. Lui, c'est la discrétion en éveil : ses interventions, rares, ont l'efficacité d'une écoute attentive.
Sa spécialité, c'est les synthétiseurs et séquenceurs. Il commence aussi à composer : une chanson du dernier album et l'indicatif de "Platine 45". Il n'a pas vraiment de "chez lui" à Paris et ça ne l'intéressera, à son avis, que lorsqu'il sera décidé à avoir aussi femme et enfants. "Mais ça, c'est pour beaucoup plus tard."
Sa vraie résidence, c'est la montagne. La Plagne, plus exactement, où il était moniteur de ski avant de se lancer dans la musique et où il s'échappe dès qu'il a un temps mort. Tous les sports de montagne ont sa faveur.
Même l'alpinisme qu'il avait un peu abandonné depuis deux ans, mais qu'il va "replanifier", comme il dit. "Plus on avance en âge, plus il est important d'avoir une bonne condition physique." Grâce aux rochers de Fontainebleau, le vieillard de vingt et un ans va pouvoir s'entretenir et quitter le fauteuil planté en face de sa télé où, dès qu'il y a un film, il a tendance à s'amollir.
Dimitri
Dimitri Bodianski. Cheveux ras, la mise la plus classique et la mine la plus boudeuse. Il venait de se mettre au saxo quand Nicola Sirkis lui a demandé de se joindre à eux. Avec ses coups de rogne quand il se croit agressé, il prend parfois des allures de Schtroumpf grognon, mais il retrouve une étrange tendresse pour parler des chats.
"C'est beau, c'est fin, ça ne fait pas de bruit, c'est indépendant, ça ne met pas ses grosses pattes pleines de terre sur ton pantalon, c'est le véritable propriétaire d'une maison, il en connaît les moindres recoins. C'est un regard que j'aime croiser. Sans chat, je me sens seul."
La sienne (c'est une chatte) s'appelle Vidéo et elle a un fils pas encore baptisé. Après un essai raté de vie en solitaire, Dimitri est retourné habiter chez ses parents. "Entre-temps, ils avaient déménagé et me laissaient une grande chambre indépendante.
Et puis, je m'entends bien avec eux." Si une onde de nostalgie lui fait parfois regretter ses études d'histoire et son ex-vocation de publicitaire, il vit à fond l'aventure d'"Indochine". Et son enthousiasme, pour être peu visible, n'en est pas moins réel.