Indochine, Le chant du cygne

Le groupe français, qui a fêté ses 20 ans en 2001, part en tournée et sort "Paradize", un neuvième album qui pourrait bien être le dernier. Pour Nicola Sirkis, le leader et chanteur de la formation, il est temps de mettre un terme à l'aventure.

20.05 Plus vite que la musique

"Paradize" est le premier album studio d'Indochine que vous avez enregistré sans aucun de vos trois acolytes d'origine...

- Absolument. C'est le neuvième album d'Indochine, mais le premier où je me retrouve seul aux commandes. Stéfane (n.d.l.r. : son frère jumeau, décédé d'une hépatite en 1999) avait encore participé à l'enregistrement de notre précédent disque "Dancetaria". Mais je ne me suis pas senti seul, puisque au fil des ans j'ai reconstitué la famille gardienne de l'âme d'Indochine avec d'autres musiciens.

- Fondé en 1981, votre groupe a résisté à tout : départs successifs de ses membres, critiques... Vous êtes d'irréductibles Gaulois!

- Peut-être. Le groupe a survécu à tout, et moi aussi. Indochine m'a aidé, et m'aide encore, à vivre les événements passés, notamment la mort de mon frère. Stéfane a vécu le succès d'Indochine à sa manière (n.d.l.r. : il avait connu l'enfer de la drogue, mais s'en était sorti).

Mais on ne peut pas affirmer que, s'il était resté moniteur de ski, il aurait été plus heureux. Peu avant sa mort, il m'a dit qu'avec Indochine il avait passé les meilleurs moments de sa vie.

- Si Indochine a survécu, c'est parce que le groupe a une existence propre ou parce qu'au fond, Indochine, c'est vous?

- Indochine survivra à mon propre départ grâce à nos disques. Mais je ne pense pas que le groupe pourrait exister sans moi. Pendant les vingt premières années, je n'ai jamais voulu tirer la couverture à moi. Aujourd'hui, faute de combattants, je suis bien obligé de reprendre le flambeau. Je gère Indochine un peu comme un patron, mais je reste avant tout son chanteur et non Nicola Sirkis.

- "Paradize" est à peine sorti que vous êtes déjà sur les routes. Pourquoi cette urgence?

- C'est vrai que c'est rapide. Mais je pense que pour Indochine la meilleure promotion, et la plus sincère, c'est la scène. En France, "Paradize" est entré directement troisième au Top album. Même notre maison de disques n'en revient pas.

- Il y a un an, vous disiez que cette tournée serait peut-être la dernière. Vous le pensez toujours?

- Oui. Je suis fatigué de l'industrie du disque où règnent l'hypocrisie et la démagogie. Lorsqu'on finira la tournée, en 2003, j'aurai 44 ans. Je vais peut-être me regarder dans une glace et me demander : "Est-ce que je peux encore traîner ce groupe et rester crédible?"

Pour l'instant, je peux me poser la question sereinement parce que j'ai encore dix-huit mois de tournée devant moi. L'année prochaine, cela fera vingt ans qu'est sorti notre premier single, "L'aventurier". Ce serait peut-être le bon moment pour arrêter.