Les vétérans d'Indochine

La France n'était pas considéré en général comme terre bénie pour les groupes de rock, Indochine fait figure d'exception. Le groupe - mais peut-on encore parler de groupe, puisque, depuis la mort de son jumeau, Stéphane, en 1999, toute l'entreprise repose sur les épaules de Nicola Sirkis? - existe en effet depuis le printemps 1981.

Sans la fulgurance de Téléphone, la déglingue des Négresses Vertes ou de la Mano Negra, sans la densité de Noir Désir (dix-sept ans au compteur, et une victoire de la musique), Indochine a tracé sa route.

A l'origine, outre son nom en forme de clin d'oeil durassien qui a valu à Nicola sa réputation d'intello (!), le quatuor surfait sur l'univers des ados (Bob Morane et toute l'heroic fantasy), ses ambiguïtés, ses fantasmes, distillants des textes souvent boiteux sur des ritournelles pop mécaniques et sautillantes.

Dans le genre, "Tes Yeux Noirs" ou "Des Fleurs Pour Salinger" sont de vrais bijoux. Et puis tout ça a pris de la pesanteur. Aujourd'hui, Sirkis se rêve en Thom Yorke ou Bill Corgan. Son nouveau disque, "Paradize", qui vient de sortir pousse à l'extrême cette tendance : machines à tout-va, voix bidouillée, ambiance lourdingue, longueurs.

L'album s'achève sur le superbe "Un singe en hiver", de l'excellent Jean Louis Murat (au casting il y a aussi l'immense Manset avec "Sa Nuit Des Fées"), qui écrit: "Je suis rentré d'Indochine. J'y ai laissé ma jeunesse." Nous aussi. On ne voit pas bien comment, après ça, Sirkis pourrait aller plus loin.