Indochine, Paradize
Beaucoup
se demandent comment Indochine se débrouille pour sortir des
albums 20 ans après sa formation. "Ils ne se sont pas
arrêtés après L'Aventurier?" Eh bien non. Même si
on entend des orchestres communaux des plus petites bourgades du
fin fond du Larzac reprendrent Canary Bay ou Kao
Bang, Indochine ne s'est pas contenté de jouer indéfiniment
ses succès du début des eighties.
Et des albums comme 7000 Danses ou Le Baiser commençaient déjà à démontrer une certaine capacité d'évolution. Après une escapade pop rock avec Wax en 1996, le groupe a pris une direction logique et insolite à la fois : entre glam rock et gothique. N'en déplaise aux mauvaises langues, une nouvelle vague de fans - ceux de Marilyn Manson, des Smashing Pumpkins et de Placebo - se reconnaît dans leurs derniers opus (Notamment Dancetaria).
Ceux-là ne seront pas déçus par Paradize. Les autres devraient penser à ôter leurs oeillères et prêter attention à ce rock intelligent. Entre une sombre gaieté et une naïveté à la fois fictive et touchante, les textes de Nicola Sirkis ont de quoi dérouter ou même choquer.
L'ambiguïté qu'ils aiment à revendiquer se trouve dans cet album, aussi bien dans les paroles (Le Grand secret, Un Singe en hiver, écrit pas Jean-Louis Murat, sans doute le titre le plus complexe) que dans les styles musicaux qui vont de la new wave à l'indus, de la mélodie la plus électronique à la plus acoustique avec piano et guitare sèche.
Le chant de Nicola Sirkis demeure harmonieux et planant. Chaque piste est une surprise, tant les styles musicaux s'entrechoquent... sans pour autant blesser. Electra Star est un des titres phares... Un véritable tube en puissance. Le Grand secret, en duo avec Melissa Auf Der Maur (Hole, Smashing Pumpkins), apparaît comme excessivement poignant pour toute personne pourvue d'un minimum de sensibilité.
D'autres titres sont débordants d'ironie, comme Punker. Parfois même, on se prend à entendre des aspects, des accents fantastiques. Indochine nous emmène dans des mondes parallèles, dans d'autres dimensions.
Mais n'est-ce pas cela aussi, l'objectif de la musique? Paradize est à lui seul un kaléidoscope d'émotions, une belle et délicieuse évolution pour ce groupe si peu ou si mal compris...
Columbia/Sony - 72'27
12/03