Indochine l'emporte au paradis

Indochine sort un nouvel album intitulé Paradize. Le chanteur Nicola Sirkis aura quarante-trois ans en juin prochain, dont vingt-deux au service du groupe. Et le temps qui passe n'altère pas son esprit frondeur.

Début des années quatre-vingts, un jeune groupe à l'allure nonchalamment punk et au discours sérieusement provocateur, secoue avec rudesse la planète musicale française. Indochine se nomme-t-il.

Il a pour figure de proue Nicola Sirkis, chanteur énigmatique aux traits par trop juvéniles. Quelques détracteurs se complaisent à prédire la fugacité du groupe. Les dés seraient ainsi jetés. Ironie du sort, ils sont pipés en faveur d'Indochine. Car, vingt ans plus tard, ils nous reviennent avec un énième opus, "Paradize".

Alors vindicatif, Nicola Sirkis?

"Ce n'est pas une revanche parce que je n'ai rien à prouver et que je m'en fous. Voir des gens dans les salles de concert qui dansent sur l'aventurier ou qui connaissent nos chansons par coeur montre seulement que les critiques ont eu tort. Je suis fier pour les fans d'Indochine, pour Indochine lui-même et pour Stéphane (NDLR : son frère guitariste décédé accidentellement le 27 février 1999)." Le ton est donné.

Mais venons-en donc aux faits qui nous intéressent. "Paradize", sorti le 12 mars dernier, boucle un triptyque musical amorcé en 1997 avec "Wax" et perpétué en 1999 grâce à "Dancetaria".

"Cette trilogie représente la vraie renaissance du groupe. En 1995, Dominik Nicolas, le principal compositeur, est parti. Avec Stéphane, nous avons décidé de continuer car nous estimions avoir encore les possibilités de nous exprimer. Puis, lors de l'enregistrement de Dancetaria, il y a eu la mort de Stéphane. Je n'ai pas voulu arrêter pour que sa mémoire survive. Avec Paradize, il me semble avoir enfin trouvé un coin de paradis, d'où ce titre. La trilogie peut logiquement se clôturer."

C'est aussi à travers une thématique chère à Indochine que la continuité des trois albums s'exerce, à savoir le sexe. De la découverte de la sexualité en passant par la satisfaction furieuse de ses pulsions, ce parcours initiatique se termine par la nativité, "une des plus belles choses auxquelles le sexe puisse servir." Rejetant la vulgarité autant que les leçons de morale, Nicola Sirkis prône le plaisir à l'état pur, la passion brute, au risque de choquer les esprits bien nés. "Sans cela, on est mort." Tout simplement.

D'un autre côté, les collaborations sont légion sur "Paradize". Jean-Louis Murat, Melissa Auf Der Maur (ex-bassiste de Hole), Gérard Manset, Ann Scott (écrivain), Camille Laurens (écrivain),... Un florilège d'"accidents" éclectiques qui confère au disque une intensité particulière. Chacun y étant allé de sa petite note personnelle sans toutefois dénaturer le style d'Indochine. "Nous nous sommes rencontrés au gré des circonstances et les moments que nous avons passés ensemble furent fertiles."

Il ne faut pas non plus oublier les interventions de Rudy Léonet, "un grand ami", de Pauline Léonet, sa fille et voix sur la chanson "J'ai demandé à la lune", de Marc Morgan. Par ailleurs, l'album a été enregistré à Bruxelles. Doit-on alors percevoir un réel attrait d'Indochine pour notre plat pays?

"Chez vous, le public et les médias m'ont vraiment soutenu, à chaque fois. La Belgique est presque un pays d'adoption, je m'y sens bien. Et ce n'est pas pour rien que les deux premiers concert du Paradize Tour se sont déroulés à Liège et à Mons et que le dernier aura lieu à Forest National. Il est également question de faire des apparitions dans un ou deux festivals, là où on ne nous attend pas."

Un "Paradize Tour" qui se veut en outre une tournée forte, impressionnante, perverse, radicale. En bref, à déconseiller aux âmes sensibles.

Parallèlement, Nicola Sirkis trouve le temps de poser un regard perplexe sur l'industrie musicale. Avec un oeil de haine, l'autre d'amour, comme disait Nietzsche. "Tout ce formatage d'artistes, la mollesse de certains groupes m'inquiètent énormément. On tue l'artistique au profit de propos économiques. Pourtant, je reste confiant. Je crois en ces jeunes gamins rebelles face au système. Et j'attends la réaction d'un mouvement punk qui viendra tout déstabiliser."

En attendant, Indochine et Nicola Sirkis en tête, combatifs, s'attellent à cette maudite tâche. Pour notre plus grand plaisir...

Sex on the Rock

En couverture de Paradize, il n'y aucun représentant du groupe. Histoire de ne pas faillir à la tradition. Il y a juste une fille, enceinte, la main dans son pantalon et une croix qui barre ce corps presque virginal. Le message s'il existe? Sexualité, maternité, religion se mêlent et s'entrechoquent malgré des tabous omniprésents. Selon Nicola Sirkis, "la fille semble vouloir dire : je n'ai pas de leçons à donner ni à recevoir." Pareil pour lui.

Paradize, c'est aussi un soupçon de rock déjanté, un zeste de références à Marylin Manson, à Placebo, à The Strokes ou aux Smashing Pumpkins et une infime dose de britpop. Un furieux cocktail dans lequel se diluent des textes à la poésie sensuelle, à l'érotisme évident, où coulent des formules de prières détournées et des gouttes de souffrance. Et la voix de Nicola Sirkis s'y épanche naturellement.

Album "Paradize" chez Sony Music. En concert le 14 décembre à Forest National. Infos : 0900/00 991.