"Star Academy? Un groupe de bal"

Indochine revient en toute grande forme et avec un discours piquant!

En plein promo de son nouvel album, Nicola Sirkis ne mâche pas ses mots. À vous de juger.

- La pochette de votre nouveau disque est provocatrice, non?

"Elle fait grincer des dents, ou plutôt des dentiers. Rock et provoc ont toujours rimé ensemble. Et certaines "provocations" ont fait évoluer les choses dans le bon sens. S'il n'y avait pas eu les hippies, y aurait-il eu ensuite les mouvements humanitaires, par exemple?"

- Oui, mais vos pochettes flirtent parfois avec la pédophilie, non?

"Pas d'accord. Celle de Wax évoquait le trouble que peuvent ressentir les ados à la recherche de leur identité sexuelle... Sur celle de Paradize que voit-on? Une fille plus ou moins enceinte, le doigt dans le slip : c'est une fille qui assume sa sexualité et sa future maternité. Rien à voir avec la pédophilie."

- Par contre, il y a une référence explicite à la religion. Pour choquer une nouvelle fois?

"La croix n'appartient pas à la religion."

- Une chanson comme "Dark" y fait aussi référence, non?

"Oui. Mon idée est de fustiger les donneurs de leçons. Ces gens-là ont souvent des choses à se reprocher. Voyez les prêcheurs aux États-Unis, les curés ici, il y a toutes sortes d'affaires qui sont rendues publiques..."

- Vous êtes croyant?

"Non, la mort est là, et puis il n'y a plus rien. Je ne crois pas non plus à la moralité judéo-chrétienne."

- Pourtant la religion est importante pour vous si vous en parlez autant, non?

"Ce qui m'intéresse, c'est de constater que la Bible ou le Coran - qui sont censés rendre meilleurs les hommes - sont à l'origine des plus gros malheurs de l'Humanité. Les guerres de religion ont fait plus de morts que les cataclysmes, donc il y a un problème quelque part."

- Indochine n'est plus un groupe. Pourquoi avoir conservé le nom?

"J'y ai réfléchi bien sûr, mais en France, si j'avais choisi de continuer sous mon nom, j'aurais été mis en concurrence avec des gens comme Obispo ou Pagny : le David Bowie françaus n'existe pas... Donc j'ai gardé Indochine, parce que ce groupe méritait que je continue à me battre pour lui. Et Stéphane mon frère y est toujours vivant."

- Dans le passé, vous avez eu quelques mots très durs pour les multinationales du disque...

"Attendez, BMG nous a jetés comme une vieille serpillière. Et au moment de la mort de mon frère, ils sortent une compile! Faut pas exagérer."

- Qu'avez-vous pensé de l'attaque de Noir Désir vis-à-vis de Jean-Marie Messier?

"J'ai trouvé ça pathétique et démagogique. Messier est une cible facile. Et Noir Désir, en vendant un million de disques, a bien évidemment les moyens de créer sa propre structure, sa propre firme de disques... Peut-être les gens de Noir Désir ont-ils trop peur de ne plus vendre autant?"

- Vous êtes vous-même sur une multinationale...

"Sony a les mains plus propres qu'Universal..."

- Ah oui?

"Des gens aussi célèbres que Robert Smith et Mick Jagger ont révélé qu'Universal avait tenté de leur imposer des choix artistiques... Pascal Nègre (boss d'Universal France) a déclaré qu'aujourd'hui, il n'engagerait plus Jacques Brel. Ça fait peur... En plus, le catalogue de Brel, c'est chez lui! Son discours ne peut pas être à la fois économique et artistique."

- En parlant d'Universal... Les élèves de la Star Academy ont repris une chanson d'Indochine "Tes yeux noirs". Réaction?

"En l'entendant, j'ai failli me pendre! Mais d'un autre côté, c'est vrai, j'avais donné mon accord pour cette reprise. Je ne pouvais quand même pas l'interdire... Pour moi, Star Academy, c'est un groupe de bal. Et à eux, je ne leur en veux absolument pas. Vous savez, c'est comme quand on voit un débat à la télé sur la prostitution. En général, on comprend mieux les prostituées et on est contre les maquereaux. Avec Star Academy, c'est la même chose! C'est aux industriels qu'on en veut."

- En même temps, ces gens suscitent un intérêt auprès des ados qui n'est guère éloigné de l'intérêt que l'on portait... à Indochine au moment de "L'Aventurier". D'accord?

"Partiellement, oui. Mais il y a une différence : ce qui était spontané à nos débuts est devenu totalement fabriqué aujourd'hui. Aucun artiste n'a jamais eu le marketing qu'ont eu les Star académiciens. Alors forcément, ça marche... Mais ce sont des gens cyniques qui appliquent des recettes, rien d'autre. L'industrie ne se cache même plus! Star Academy, c'est Disneyland reproduisant la tour Eiffel. Et il y a une différence entre la réalité et la reproduction de la réalité."

Indochine : Album Paradize chez Sony.