Indochine

Réunissant trois générations de fans, en vingt ans de carrière, il semble inutile de pérorer : premier groupe à avoir obtenu un disque d'or, Indochine reste une figure mythique du rock français. À travers un cheminement des plus sincères et une force intarissable, le groupe a su braver de nombreux obstacles.

Après la perte de Stéphane Sirkis en février 1999, on aurait pu comprendre que le groupe décide de mettre un terme à un parcours déjà conséquent. Mais Paradize, qui sortira ces jours-ci, atteste du contraire.

C'est une sorte d'hommage aux années 80 avec des sons assez électroniques, presque industriels, accompagnés de riffs de guitares puissants et d'une dimension hypnotique sur les morceaux les plus lents.

Ce dernier volet d'une trilogie débutée en 1996 avec Wax risque de séduire autant que de surprendre, Nicola Sirkis nous transportant dans le monde qu'il a façonné : son "paradize"...

Ayant défini Paradize comme l'album qui mettrait fin à la trilogie entreprise par Wax, comment te représentes-tu, maintenant, cet achèvement?

Nicola Sirkis : Je conçois la trilogie selon deux notions distinctes : la musique et le contenu. En ce qui concerne la musique, Wax était très "brit-pop", Dancetaria plus "goth-glam" et Paradize s'annonce plus "rock radical", presque indus si j'ose dire.

Le côté plus "sémantique" des albums était déjà perceptible à travers le visuel des pochettes : Wax représente la découverte de la sexualité, deux adolescents qui s'épilent les jambes mutuellement...

Dancetaria est plus accentué sur l'amour, le fait que l'on puisse perdre sa vie, son âme en faisant l'amour, le dépassement de soi, de ses propres limites. L'image presque sexuelle de cette fille qui boit sur la pochette témoigne, je pense, de cet univers.

Quant à Paradize, il marque un peu plus la nativité, peut-être une sorte d'espoir... Mais c'est également un achèvement, effectivement. Il représente l'atteinte d'un paradis, peut-être pas le paradis au sens idéaliste du terme, mais un paradis auquel on prend conscience des choses importantes, comme le fait de donner la vie et d'en avoir la responsabilité.

Sur la pochette, on voit une jeune fille androgyne enceinte, très jeune, mais à laquelle il est difficile d'attribuer un âge. Le "z" de Paradize marque la fin d'une époque, c'est peut-être la fin d'Indochine, avec la dernière tournée... Peut-être y aura-t-il un nouveau départ, mais je n'en sais rien pour l'instant.

Tu avais réalisé un album de reprises Dans la Lune, paru en 1992, et réédité dernièrement. Envisages-tu une carrière solo?

Je ne sais pas du tout. Pour l'instant, j'envisage surtout de m'éloigner de l'industrie du disque. J'ai envie de défendre Paradize pendant un an, un an et demi, notamment grâce au "Paradize Tour" qui va commencer très prochainement.

Après ton recueil Les mauvaises Nouvelles, comptes-tu écrire un jour un roman?

Ça oui, bien sûr. Mais pour cela, j'ai toute ma vie encore. Je ne sais pas si je vais continuer à être un "vieux" rocker, ou si je vais disparaître de la circulation pour écrire tranquillement. Mais en tout cas, la boucle est bouclée sur cette trilogie-là et je ne pense pas qu'il faille la voir comme autodestructice mais plutôt comme une sorte de questionnement intérieur.

Paradize est un album où la religion est très présente. Par exemple, des titres comme "Like a Monster" ou "Marilyn" expriment un certain scepticisme vis-à-vis de toutes les religions qui prétendent avoir toujours voulu faire le bien alors qu'elles n'ont fait que le mal.

Paradize est une sorte d'exégèse du monde contemporain dans lequel le sexe et la drogue semblent avoir une grande importance...

Oui, cet album met en exergue des notions propres au monde actuel dont le sexe, la drogue et la religion font bien évidemment partie. L'univers dépeint dans les livres d'Ann Scott m'a séduit de par ses thèmes chaotiques et proches du quotidien en même temps. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai coécrit "Paradize" avec elle.

Pas mal d'artistes comme Melissa Auf Der Maur (ndl : ex-bassiste de Hole et des Smashing Pumpkins), Gérard Manset, Camille Laurens, Mickey 3D ou encore Jean-Louis Murat, ont collaboré à ce dernier album. Quel regard portes-tu sur cela?

Une grande satisfaction. En fait, tout s'est fait très naturellement et spontanément. Je suis un peu ermite dans le sens où je ne me rends pas compte de l'importance qu'Indochine peut avoir à l'extérieur.

Évidemment, je vois l'impact que l'on a sur notre public, sur nos fans, mais il est toujours assez diffcile de savoir si les personnes que tu aimes écouter ou lire ont le même regard sur ce que tu fais. C'est vraiment incroyable de constater l'intérêt que cela a suscité.

Par exemple, j'avais écrit "Le grand Secret" pour Melissa car ça faisait un moment que j'avais un oeil sur elle, depuis Hole en fait. Elle connaissait le parcours du groupe et, étant Canadienne, il ne fut pas nécessaire de lui expliquer le texte qui l'a d'ailleurs beaucoup touché.

Je me suis inspiré d'une phrase de Georges Bataille "Je pense comme une fille enlève sa robe". L'Idée était d'inverser les rôles et de faire un duo où je ferais la fille et elle, pourtant si féminine ferait le garçon. Elle a mis de la basse un peu plus forte dessus et elle s'est mises à chanter avec sa voix de petite fille, rauque en même temps, un peu comme celle de Marianne Faithfull.

C'était très fort, très émouvant... Si l'on fait abstraction du fait que, l'ayant enregistré à New York le 9 septembre, l'apocalypse a eu lieu quelques heures après!

Camille Laurens, quant à elle, a écrit "Comateen 1" qui est également une chanson d'amour et Gérard Manset "La Nuit des Fées" qui est une chanson très gothique et en même temps très hypnotique. Ça faisait un certain temps qu'il voulait que l'on fasse quelque chose ensemble. Il avait écrit "Entrez dans le Rêve", que j'ai repris dans mon album solo, en pensant à Indochine.

Sa collaboration fut vraiment enthousiaste et spontanée. Mickey 3D a écrit et composé "J'ai demandé à la Lune" dont on a fait les arrangements. C'est une chanson qui ressemble à une petite ritournelle et qui est assez intéressante mais ce qui est fou par contre, c'est qu'en toutes les radios rock en France s'emparent de ce titre-là, alors qu'il y a beaucoup d'autres titres comme "ElectraStar" qui sont plus rock...

Quant à la participation de Jean-Louis Murat sur cet album, elle fut aussi touchante qu'inattendue. C'est un très beau morceau, très poétique, assez triste, une sorte d'hommage au groupe, que l'on a adapté en "piano-voix". C'est la première fois, en fait, que d'autres artistes écrivent des chansons pour moi, et je me suis "laissé faire" en les réarrangeant tout de même après.

Par rapport aux groupes actuels, à ce que tu écoutes, comment situes-tu Paradize qui sonne vraiment très punk-rock, également électro?

Cet album est effectivement plein de références, mais je ne pense pas que l'on puisse parler vraiment d'influences. Cela peut aller de New Order en passant par Marilyn Manson, Suède, peut-être aussi Placebo, Depeche Mode ou encore The Cure...

Mais quand tu vois Daft Punk faire un album hommage aux années 80 avec le pire de cette période, Paradize est une réponse à cela. Sans dire que c'est un hommage, on a des références beaucoup plus sincères, je crois.

Peut-être aussi que le fait que vous fassiez partie de cette période apporte, à l'évidence, une sincérité originelle...

Oui, quand tu prends des groupes des années 80 comme The Cure, Depeche Mode, ou U2 qui sont des groupes qui perdurent, ou des groupes que j'écoute maintenant comme Placebo, The Smashing Pumpkins, Marilyn Manson ou Nine Inch Nails, ils font également partie du même univers et ce sont des groupes qui sont très respectueux des années 80...

Le son un peu "trash" déjà présent sur Dancetaria semble s'être accentué sur Paradize...

Oui, disons qu'il y a sur cet album un côté "rock radical", un aspect un peu "indus" aussi qui était déjà amorcé sur Dancetaria, notamment sur des titres comme "Astroboy".

La participation de Gareth Jones, qui a travaillé, entre autres, avec Depeche Mode, de Phiil Delire ou encore d'Oli de Sat, fan d'Indochine qui a remixé certains de nos morceaux et qui fait maintenant partie intégrante du groupe, a contribué à ce son, à l'incroyable force de cet album.

"Dunkerque" est aussi très violente. Personnellement, j'aime beaucoup "ElectraStar" car c'est une chanson très forte, qui devrait être terrible en concert.

Sur "ElectraStar", on sent une certaine référence aux Smashing Pumpkins, non?

Oui, il y a des guitares assez fortes et un son saturé, une sorte de "mur de guitares" qui donne une ambiance assez particulière. Elle est hymnique cette chanson. Elle est, sans doute, ce qu'aurait pu être "Trois Nuits par Semaines" à l'époque, elle est même plus forte que ça.

De toutes manières, je pense que ce sont la force, la singularité et la sincérité de cet album qui bouclent parfaitement cette trilogie.

DISCOGRAPHIE
L'Aventurier (EP) - 1982
Le Péril jaune - 1983
3 - 1985
Indochine au Zénith (Live) - 1986
7000 danses - 1987
Le Baiser - 1990
Le Birthday Album (Best of) - 1991
Collector 92 (Live EP hors commerce pour le fan-club) - 1992
Un Jour dans notre Vie - 1993
Radio Indochine (Live) - 1994
Unita (Best of) - 1996
Les Version longues (Best of des versions longues) - 1996
Wax - 1996
Indo-Live (Live, double CD) - 1997
Dancetaria - 1999
Nuits intimes (compilation acoustique) - 2001
NICOLA SIRKIS :
Dans la Lune (Album de reprises) - 1992

VIDEOGRAPHIE
Indochine au Zénith (Live) - 1986
Indochine Tour 88 (Live + reportage) - 1988
Le Birthday Album (Clips) - 1991
Unita (Clips) - 1996
Indo-Live (Live) - 1997

BIBLIOGRAPHIE
Nicola Sirkis :
Les mauvaises Nouvelles (Ed. J-C LATTES) - 1998

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