Indochine, dernière tournée?
On avait quitté
Indochine l'an dernier, au sortir d'une splendide tournée
acoustique, le coeur encore meurtri par la disparition de Stéphane
Sirkis, guitariste et compositeur du groupe. Voici les Parisiens
de retour avec un album puissant, détonnant, résolument rock.
Explication avec Nicola Sirkis, le chanteur et seul rescapé d'une
aventure vieille de plus de vingt ans.
- N'était-ce pas casse-gueule, après la tournée acoustique Nuits intimes, de faire un album radicalement rock?
- Nicola Sirkis : Non, c'était même un peu calculé. J'avais envie de faire cet album depuis deux ou trois ans. J'ai accepté la tournée acoustique en me disant: "Ça va être génial, on va être obligés de ne pas jouer fort, et ainsi on sera un peu frustrés." Cela nous a permis de commencer le nouvel album à peine un mois après le dernier concert.
- Comment as-tu appréhendé l'écriture de ce premier album sans ton frère Stéphane?
- Pour la musique, comme Oli de Sat, l'arrangeur en chef du groupe, a réalisé la moitié de l'album avec moi, j'étais rassuré. C'est au niveau des textes que me manquait le plus cette autocritique, parfois même violente. C'est peut-être pour cela que j'ai décidé de collaborer avec d'autres personnes.
- Ces premières collaborations ont-elles été
difficiles?
- Ah non! ça a été une expérience extraordinaire. Par exemple, avec Gérard Manset c'est une histoire qui traîne depuis longtemps. En 1982 ou 1983, il avait vu le groupe à la télé et avait écrit une chanson pour nous qui s'appelait "Entrer dans le rêve", mais je ne l'ai su qu'une dizaine d'années plus tard.
Récemment, on m'a dit qu'il voulait écrire pour nous. Je l'ai appelé, il a écouté les maquettes et a trouvé ça superbe. Il nous a écrit "La nuit des fées".
Avec Jean-Louis Murat c'est carrément un pari. On se connait très peu, mais on a un ami commun qui essayait de le persuader d'écrire pour nous, Pour le titiller, il lui disait: "Tu n'es même pas capable de lui écrire un morceau."
Et en deux heures il a composé "Un
singe en hiver". Je ne me serais jamais permis de faire
cette sorte de testament du groupe. Lui l'a fait, avec une force
énorme.
- Il y a aussi ce duo tout de sensibilité avec Melissa
Auf Der Maur...
- J'avais repéré Melissa lorsqu'elle jouait avec Hole
et les Smashing Pumpkins, mais je ne savais pas qu'elle
connaissait et appréciait Indochine. Je l'ai contactée pour qu'elle
chante "Le grand secret" avec moi. Elle s'est montrée
honorée et enchantée de travailler avec le groupe.
- C'est devenu difficile de faire un album de rock en
2002?
- Effectivement. Il faut être intransigeant et rebelle, aujourd'hui,
en France pour pouvoir faire du rock. Pas un rock grand public,
mais qui soit reconnu. Soit on fait de l'alternatif et personne
ne s'y retrouve financièrement, soit on fait des concessions,
comme toute l'industrie du disque le demande. J'essaie d'être
entre les deux, mais c'est difficile.
- Comment avoir encore envie de partir en tournée dans
ces conditions?
- Parce que c'est la plus grosse récréation. C'est
pour cela que ce Paradize Tour va durer un an et demi. Je
voudrais que ce soit la plus belle tournée de rock en France et
en Europe francophone. Et il y aura également une tournée
terriblement rock en Angleterre et aux Etats-Unis. Enfin, je veux
dire un débarquement d'une équipe de musiciens prêts à tout,
et ou tout sera possible, les maladresses, la perversité, la
violence, l'émotion, l'amour.
- La tournée ne s'arrête qu'une fois en Suisse...
- Pour l'instant oui, on fait l'Arena, à Genève, au mois de
novembre. Mais il pourrait bien y avoir quelques petites
surprises par-ci, par-là.
- Comment vois-tu l'avenir?
- Je le vois dans mon propre univers, c'est-à-dire tout
d'abord la tournée. Après, est-ce que j'aurai encore le courage
de me battre, comme pour faire respecter mes droits artistiques?
Je suis plutôt pessimiste.
- Ça veut dire que ça pourrait être la fin?
- Oui, mais ce n'est pas négatif. Cela veut dire que j'aurai
atteint le paradis d'Indochine les mains propres et fier de ce
que j'ai fait jusqu'à maintenant.