Indochine

Le plus étonnant, dans un concert d'Indochine, c'est finalement le public.

Vous vous attendez à être noyé au milieu d'une mer de clones de Nicolas ou Stéphane Sirkis, et vous vous trouvez parmi des gens tout à fait ordinaires, les mêmes que vous avez vus pour Julien Clerc ou Jean-Jacques Goldman : pas trop branchés, pas trop jeunes, pas trop beaux.

En aucun cas une réunion de fans hystériques copies conformes du groupe, juste un public d'amateurs attirés par la réputation et les albums d'Indochine.

Et c'est peut-être ce décalage entre le public supposé du groupe et son public réel, beaucoup plus varié que ce qu'on veut bien en dire, qui est la raison profonde d'une certaine déception après un concert somme toute bien tranquille.

Quand il s'adresse au public comme s'il n'était composé que d'adolescents à son image, le chanteur fait - me semble-t-il - fausse route et ne parvient pas à créer de communication entre la scène et la salle, qui reste étrangement calme : applaudissements polis, briquets allumés pour les rappels - dont le second au moins ne parut pas très spontané, le Zénith se vidait déjà quand les musiciens revinrent sur scène.

Et puis, quand même, reste une raison plus profonde qui explique ce demi-échec, malgré une salle archi-comble et conquise d'avance : la qualité musicale du concert ne fut pas à la hauteur de ce qu'on pouvait en attendre.

Voix parfois hasardeuse, malgré une présence assez convaincante, travail un peu trop appliqué des musiciens auxquels le renfort d'un batteur permet pourtant d'humaniser une musique qui risquerait de tomber dans les tics électroniques, et surtout inégale valeur des chansons.

Ce concert a prouvé les progrès accomplis par Indochine dont les titres les plus convaincants, à part "L'Aventurier", sont tous extraits du dernier album, 3.

Mais c'est aussi en écoutant une vingtaine de chansons à la suite qu'on se rend compte des limites des musiques et surtout des textes du groupe, qui tendent à ressasser sans cesse les mêmes thèmes, en termes souvent identiques.

Résultat : une soirée où, à défaut de s'ennuyer vraiment, on pense souvent à autre chose, attendant le prochain tube avec une certaine impatience.

En fin de compte, Indochine s'est révélé excellent faiseur de succès. Manque un peu d'âme pour convaincre vraiment. (Paris, Zénith, 26 mars).

- Contact : c/o Ariola, 1 rue François-1er, 75008 Paris (1/42.56.42.22); ou Jean-Pierre Domboy et Martine Tracks, 2 rue Fléchier, 75009 Paris (1/42.81.53.11).