Nervermind
Indochine
Nicola
Sirkis : Fin juillet 1991, si je me rappelle bien, j'avais besoin
de bruit... Je crois que j'étais passé chez BMG, notre maison
de disques de l'époque, pour les persuader d'appeler notre 1er
Best Of (qui devait sortir pour les 10 ans du groupe en septembre),
le Birthday Album".
Bien sûr il n'y avait pas grand monde dans les bureaux. Au détour d'un couloir il y avait le label Geffen et quelques cartons remplis de CD du nouveau Guns N' Roses, "top priorité" comme ils disaient, et dans un autre carton des CD d'un groupe que je ne connaissais pas encore avec un joli bébé nageur sur la pochette.
Je me sers, on me dit : "Oui si tu aimes Sonic Youth, tu devrais accrocher." Ça tombe bien j'adore Sonic Youth et j'avais vraiment besoin de bruit... Je crois que je n'ai pas écouté le disque tout de suite. Un matin au réveil je le mets fort sur la chaîne.
Effectivement c'était fort mais à la première écoute j'étais sceptique, je trouvais que la voix du chanteur était trop criarde. Et puis, la fille avec qui j'étais à l'époque est venue au bout de 10 minutes baisser le son en me criant que j'écoutais de la musique de fou!
Ça, ça m'a bien plu... Quelques semaines après, Stef me reparle de ce groupe, il avait vu le clip de "Smells Like Teen Spirit" et il avait complètement accroché, je lui dis : "Je crois que j'ai le CD je te l'apporte."
Quelques mois après je tombe sur "Come As You Are" et c'est à ce moment seulement que je découvre vraiment et aime Nirvana. J'achète le CD comme pas mal de gens; on était, je crois, en novembre 1991.
Je déchiffre les textes, j'adorais l'esprit teenage clash. Enfin les Américains avaient leur révolution musicale alternative et populaire, mi-punk mi-hippie, comme Patti Smith en 76. Je n'avais pas écouté de rock américain à part Sonic Youth depuis Patti Smith.
Peu après je crois, j'ai écrit le texte de "Des toits du monde" en pensant beaucoup à Kurt Cobain. Ensuite, je dois dire que j'ai eu tendance à préférer Hole, sans doute à cause des filles...
Finalement, un matin vers les 5 heures, Stef me laisse un message m'annonçant la mort de Kurt. Voilà. Longtemps après, sur notre dernière tournée, celle en acoustique, on a repris "Come As You Are" pour Stef.
C'est le dernier groupe qu'il avait aimé et défendu. À entendre le public qui connaissaient les paroles par coeur j'étais fier d'eux et de Stef. Dix ans après c'est l'un des rares albums de rock qui ne vieillit pas.