Indochine, les intimes convictions de Nicola
Ce
qui est surprenant quand on rencontre Nicola Sirkis, c'est qu'à
quarante et un ans, il a toujours l'air d'un jeune homme.
Ça l'est d'autant plus quand on sait qu'il a eu le chagrin de perdre son frère qu'il aimait tant et qu'il a dû faire preuve d'une force de caractère hors du commun pour qu'Indochine puisse continuer sa belle aventure contre vents et marées.
Après une longue et triomphale tournée aux quatre coins de la Francophonie et juste avant de se lancer dans l'écriture et la composition d'un nouveau disque, il a fait un court passage à Genève pour présenter "Nuits intimes", un album original d'une rare beauté.
Comment ça va?
Ça va, là je suis déjà concentré sur le nouvel album, mais je suis content de ces deux années et demie de tournée. Je ne suis pas heureux, mais, ça, c'est un autre problème.
Quand tu entends les jeunes et les moins jeunes reprendre en choeur tes chansons, n'est-ce pas une sublime revanche vis-à-vis de ceux qui se moquaient à une certaine période d'Indochine?
C'est forcément une revanche, mais je ne veux pas entrer dans ce jeu-là. C'est forcément une revanche, j'en suis forcément content et fier. Je suis fier de ce public qui, contre vents et marées, nous a soutenus.
Nous sommes actuellement un groupe qui ne passe pas à la radio, qui fait plus de monde en concert qu'il ne vend de disques. Il y a dix ans, nous étions le groupe dont plus personne ne voulait entendre parler.
Je ne parle pas du public, mais de la presse ou de notre maison de disques. Nous avons sorti alors le "Birthday Album", qui était notre première compilation, et nous en avons vendu huit cent mille (sourire)!
Malgré la sous-médiatisation, nous avons continué à exister en faisant des concerts souvent incroyables. "Nuits intimes", l'album acoustique qui vient de sortir, est en fait un cadeau pour faire patienter les fans avant le prochain album en studio.
C'est aussi une réponse à tout ce que l'on a pu dire sur Indochine. Grâce à lui tous les missiles qu'on nous a balancés retournent à la case départ, à l'envoyeur. Il n'y a rien de plus beau dans l'histoire d'Indochine que l'histoire de son public (sourire)!
Comment
peut-on ne pas être heureux quand on vit des choses pareilles?
Parce que je ne crois pas que le bonheur parfait, cette béatitude, existent!
Sauf sur scène...
Oui, forcément! Et heureusement qu'elle existe, parce que si je n'avais pas eu ça, je ne sais pas ce que je serais devenu.
On peut dire que j'ai consacré et que je consacre encore ma vie à Indochine à nonante pour cent. Je ne suis pas heureux dans ma vie, parce qu'il me manque de toute façon quelqu'un.
Je ne peux pas dire aujourd'hui que je suis heureux de vivre sans Stéphane ou sans les différentes personnes que j'ai perdues. Si on est heureux complètement, c'est qu'il se passe quelque chose de nul.
Recherches-tu une forme d'immortalité à travers ce que tu fais?
Non, je ne fais pas ça pour qu'on parle encore de moi après ma mort! Par contre, ce qui est génial, c'est d'avoir à quarante et un ans une passion et de la vie pleinement. Vivre dans cette éternité-là le plus longtemps possible me tente.
Essayer de ne pas devenir un vieux con et faire en sorte de préserver sa santé et son éthique est un noble but. Bien vivre et fabriquer son bonheur aussi.
Ce qui est aussi important de savoir, c'est qu'au bout de la course il y a la mort, mais que ce n'est pas forcément un échec.
Comment
portes-tu tes quarante et un ans?
Je m'en fous complètement! C'est-à-dire que je n'ai pas l'impression d'avoir mon âge. C'est quelque chose d'impalpable. Je crois que j'étais plus fatigué à vingt ans que maintenant. Sur scène, je n'ai pas d'âge, mais dans la vie non plus.
Par contre, naïvement, j'ai l'impression d'être plus adulte que certains adultes. J'ai appris beaucoup de choses mais, à part plusieurs fois les clés de chez moi, je n'ai rien perdu en vingt ans.
Quelques femmes, tout de même...
Oui, mais j'ai dit clés pour éviter d'aborder ce sujet (rire)! Non, mais, surtout, j'ai appris énormément de choses!
J'ai appris à faire de la musique, à chanter, à lire, comment aller à la rencontre des autres, à donner ou à ne pas donner ma confiance. C'est un gain énorme!
Tu n'as pas perdu de temps?
Surtout pas! Et je ne veux pas en perdre, car le temps est compté. C'est ça le seul problème : on ne peut pas aller à l'inverse du calendrier génétique.
Tu as pourtant toujours l'air d'un jeune homme...
Oui, mais ça, c'est une façade! C'est vrai que pour l'instant, je n'ai pas besoin d'une chirurgie esthétique ou de teinture pour les cheveux (sourire).
Tu n'as pas pris non plus cinquante kilos...
C'est parce que je fais des efforts et bouffer n'est pas mon but dans la vie. J'ai d'autres joies et le sexe conserve aussi...
Encore fautl-il pratiquer tous les jours...
Oui, ça par contre, c'est un peu moins souvent (rire)!
Faute de partenaires ou de moyens physiques?
Non, faute de temps (rire)!
Justement,
à ce propos, est-ce que ta libido souffre de tes phases de créativité?
Bonne question! Non, je pense que je suis amoureux de ce groupe dans le sens que cela me crée un état sauvage de toujours le flatter.
Indochine, c'est une âme, je suis le gardien de cette âme-là. J'ai besoin de créer pour ce groupe.
Il m'est aussi arrivé de vivre un amour sauvage pour quelqu'un pour qui j'ai tout laissé tomber momentanément, mais Indochine a toujours repris le dessus.
Nouvel album : "Nuits intimes" (Sony Music)