Bonne année, bons synthés, c'est notre tournée!
À
l'exception peut-être de Jean-Eric Perrin, président de leur
fan-club, la rock critique n'aime pas la musique d'Indochine et
ne l'aimera, au sens fort du terme, sans doute jamais.
Elle peut à la rigueur apprécier certains morceaux (qui a jamais craché sur L'Aventurier et ses réminiscences Shadows?), voire en encenser objectivement certains aspects (le son, l'enregistrement).
Mais elle ne peut pas, sans rire d'elle-même, s'extasier devant une musique qui, par définition et juteuse opinion, a décidé de ne pas s'adresser à elle, ni même aux générations dont elle émane. Autrement dit, le critique est trop vieille pour un groupe trop jeune (un groupe électro-jeune).
Et l'on ne peut décemment pas exiger de ceux pour qui Dylan ou Strummer restent les meilleures incarnations du rock telles qu'ils l'ont toujours voulu, d'admirer Les Tzars, Les Yeux Noirs ou Le Troisième Sexe. Autant chercher la clef d'une porte condamnée.
Suite à notre critique de l'album "7000 danses", un lecteur nous écrit : Vous préférez sans doute vanter les mérites de vieux drogués plutôt que ceux d'Indochine.
Il est vrai que nous nous sommes toujours moqué de savoir si Strummer se shootait ou non, parce que nous n'avons jamais appartenu à une génération qui fut la cible d'une campagne préventive du ministère de la santé, nous recommandant d'être un peu grossiers envers les dealers.
Et
c'est ainsi : la majeure partie du public d'Indo a entre quinze
et dix-huit ans.
Ils appartiennent à une génération qui, il y a tout juste un an, nous étonnait en descendant pacifiquement dans la rue, la main de Fatma (comme dirait Le Pen) au revers de leur enseignement.
Par son obstination sage et contrôlée, par son exhaustif respect de l'autre, nous pouvons le dire, cette génération nous épata.
Nous comprîmes surtout que ce n'était pas seulement dix ans qui nous séparaient d'elle, mais toute une manière d'envisager la vie.
Et donc la musique, qui est partie liée à la vie. Nous sommes étrangers à Indochine. Comme la spontanéité de ces manifs, le succès d'Indo est un mystère qui nous échappe et qui, surtout, ne nous appartient pas, sans que nous ne soyons ni fiers ni coupables de cette incompréhension.
Mais une nouvelle génération de critiques viendra bientôt nous déloger, comme nous avons déboulonné la précédente, qui partagera ce secret et saura nous l'expliquer. En attendant, reconnaissons que si la seule qualité d'Indochine résidait dans ce mystère, elle serait déjà de taille.
INDOCHINE
Indochine a vendu 800.000 exemplaires de l'album "3" et 100.000 copies de son "Live" au Pérou.
Ajoutez que "7000 danses" est sorti dans 27 pays et vous aurez, en quelques chiffres une idée du trajet des 4 banlieusards devenus n°1 français.
En 1983,
les rock critiques français récompensent Indochine. En 1987,
ils leurs cassent du sucre sur le dos
Arnaud Viviant. La définition d'une bonne année par Indochine?
Indochine. D'ordinaire, on ne se souhaite ni bonne année ni joyeux Noël. Mais l'année 1988 sera forcément bonne puisque c'est celle de la tournée mondiale. Enfin, mondiale...
Nous n'allons que dans les pays où le disque a sorti et où il a marché : Canada, Scandinavie, Australie, Pérou.
Au Pérou, ça risque de ne pas être triste. Sans que nous n'y mettions jamais les pieds, notre "Live" s'y est déjà vendu à plus de 100.000 exemplaires.
On va jouer dans des salles de 10 à 15.000 personnes, donc grosse structure, grosse production, on emmène toute le backline, deux musiciens supplémentaires, d'importants décors.
Cela représente vingt-cinq personnes et nous ne voulons pas que, là-bas, le prix des places dépasse deux dollars, afin que tout le monde puisse venir nous voir.
On est donc en train de s'associer avec une compagnie aérienne pour ne pas plonger financièrement.
- Êtes-vous contraints de ne pas jouer dans
les pays anglo-saxons?
- On considère la Scandinavie comme un pays anglo-saxon puisque tout le monde y parle anglais; le Canada aussi malgré la forte communauté française. Les Anglais, il est vrai, sont plus sectaires.
On reçoit cependant des lettres de fans anglais et américains. Mais nous ne voulons pas commettre l'effort commercial d'enregistrer un morceau en anglais. S'ils nous veulent, ce sera en français, comme au Pérou.
- Durant cette année, allez-vous tout de même enregistrer?
- Maquetter, plutôt. Préparer un nouvel album. Un break est prévu. Et puis surtout remixer les simples.
- Des faces B inédites sont-elles prévues?
- Oui. Autrement, on tourne en janvier une vidéo dont nous avons concocté le story-board et pour laquelle nous recherchons actuellement un chef-opérateur.
Quant à la vidéo de 7000 Danses, elle devrait être réalisée en avril au Pérou. Ce sera le troisième single.
- Fini les expériences type Gainsbourg?
- Gainsbourg, c'était une expérience rigolote et éthylique; mais nous restons surtout sur le souvenir de la vidéo réalisée par Caro.
- Ce dernier avait-il été choisi pour mettre en valeur le côté B.D. d'Indo?
- Ça n'a rien à voir. Il y a simplement plus d'Indo dans cette vidéo que dans celle de Gainsbourg, qui nous a dépeints tels qu'il nous voyait.
- Et tel que vous voyez la S.N.C.F.?
- Le plan avec la S.N.C.F., c'est une association dans le cadre d'un concept spécial pour lequel nous avions besoin d'elle afin de trimbaler 5.000 personnes dans un endroit qu'elles ne connaissaient pas.
Ils nous ont donc fourni deux trains pour la vidéo et, en échange, nous faisions la promotion de la "carte jeune".
- Quelle est, pour vous la définition d'une parfaite chanson pop?
- C'est difficile à définir dans la mesure où la notion elle-même évolue. Dans les années 60, le mot pop était lié à celui de mélodie. Mais aujourd'hui, on peut faire pop rien qu'avec des sons.
Au-delà des délires, Art Of Noise est susceptible d'être un groupe pop comme un autre.
- La notion de durée de la chanson n'intervient-elle pas?
- Pour notre part, nous avons tendance à faire très long en ce moment. Donc, on est shunté en radio.
- Est-ce à dire que vous n'êtes plus obligés
de penser 45 tours?
- Nous ne l'avons jamais été. L'Aventurier faisant 4.40 minutes et les radios le shuntaient généralement au break. Ce qui est sûr, c'est que d'album en album, le tempo de nos morceaux ralentit.
La maison de disques aimerait des morceaux de 3.30 minutes. Ils disent "Coupez un peu" et on leur répond que ça va être difficile.
- Qui gagne dans ces cas-là?
- C'est nous. Ou plutôt les radios puisqu'elles shuntent. Ça nous ennuie dans la mesure où nous considérons qu'il n'y a pas de temps mort dans nos morceaux : il y a un gimmick d'intro, un gimmick sur le break, un gimmick sur le refrain.
- Êtes-vous réellement indépendants par rapport à votre maison de disques?
- Après le succès du troisième album, nous avons renégocié notre contrat. Cela nous a permis, par exemple, de rester cinq mois et demi en studio pour "7000 Danses".
- Est-ce que vous avez été essuyé des refus de la part de votre maison de disques?
- Oui. Pour "7000 Danses", on désirait avoir un peu plus de temps, ils ont refusé. Encore dix jours, ont-ils dit, et puis hop! terminé. On ne s'était pas pressé et donc, à la fin, on a couru.
- Vous pourriez enregistrer un album très vite?
- Oui. "L'Aventurier" a été enregistré en quatre jours. Là, on a écrit les chansons en studio, et, surtout, pour la première fois, nous utilisions un batteur et on a perdu quinze jours à obtenir un son de batterie qui nous convienne.
JP8, D50,
Emulator... Mais le groupe électronique enregistre aujourd'hui
avec un batteur.
- Est-ce qu'Indochine est lié à la technique moderne ou est-ce que vous auriez pu exister à l'époque des 2-pistes?
- À l'origine, les morceaux sont composés selon une formule acoustique, piano et guitare acoustique.
Ce qui est vrai, c'est que, dès le départ, avec Indochine, on a voulu sortir des formations classiques, basse/guitare/batterie, en utilisant des synthés, des séquences de basse, des boîtes à rythmes.
On ne fait pas numérique que pour faire du numérique, d'autant qu'un mec qui est bon sur un sampleur genre Akaï, fera des trucs cent fois mieux qu'un mec qui est simplement moyen sur un Fairlight.
- Le batteur?
- C'était un besoin. Cela faisait quatre ans que nous jouions avec des boîtes à rythmes parce qu'à l'origine, Indochine c'est quatre copains et qu'aucun de nous ne savait jouer de la batterie.
Or, dans un groupe, s'il doit y avoir un musicien nécessairement, c'est bien le batteur. Là, pour les morceaux de "7000 Danses", la Linn faisait trop copie d'une batterie.
-Pourquoi avoir choisi le batteur de Big Country? Pour Big Country?
- Non. C'était lui ou le batteur de Simple Minds. On voulait ce genre de frappe, tout en roulement et qui ne bouge pas d'un pouce. Et puis, on ne voulait pas d'un requin, mais de quelqu'un issu d'un groupe : c'est plus dynamique.
- Quel est le reproche que l'on vous fait le
plus souvent?
- Le fait de ne pas avoir de batterie.
- Et quel est, à votre avis, votre talon d'Achille?
- La scène. Sur scène, auparavant, on faisait passer l'énergie avant le son et là, on va essayer d'avoir les deux. On travaille aussi les mélodies voix, on tente de faire plus de churs.
On n'avait jamais eu le temps de vraiment les bosser. Cela dit, on aime les critiques bien fondées. Ça nous agace par exemple que des critiques parlent, à propos des textes, d'Orient de pacotille.
On a beau chercher, on ne trouve pas. Mais c'est le phénomène critique, c'est le jeu, on l'accepte.
- Est-ce qu'il y a des voies musicales que vous aimeriez explorer?
- Oui, dans une certaine mesure, on a pris du retard. Cet album-là, avec le batteur, on aurait aimé le faire avant. Dans le prochain, on va vraiment explorer : des morceaux sans basse, avec un synthé et une voix seulement, par exemple.
- Est-ce qu'il y a un groupe étranger que vous aimez vraiment?
- Il y en a plusieurs. On attend chaque fois avec impatience le nouveau Talking Heads. Le nouveau Joe Jackson aussi. Ces deux groupes, on les aime.
- Jouer pour une bonne cause, vous êtes ouverts? Regardants? Sélectifs?
- Ouverts, regardants et sélectifs. Pour l'instant, nous n'avons joué que pour SOS Racisme. Nous étions d'ailleurs les seuls à voir un son pourri parce que nous ne voulions pas passer en play-back.
Mais il y a en ce moment une surenchère qui nous agace. Certains profitent des causes pour enregistrer leur 45 tours. Et puis, on aimerait bien que d'autres idées naissent pour promouvoir ces causes.
- Autre sujet. Quel matériel avez-vous découvert récemment?
- Pas mal de trucs. Le D50 Roland mais c'est assez "clés en main". Des nouvelles guitares, des basses acoustiques. La nouvelle basse Status qui sonne vraiment.
- Je suppose qu'on doit commencer à vous en
donner, des instruments...
- Cela ne nous est jamais arrivé. On commence à avoir des prix chez Roland après avoir acheté trois JP8, trois D50 et des tonnes de réverbes.
- L'après Indochine?
- On sait qu'on ne continuera pas pendant quinze ans. On projette un nouvel album, une autre tournée mais ça ne va pas plus loin.
Ça fait six ans qu'on est Indochine et on n'a pas envie de le rester pendant quinze ans. On arrêtera donc. Et pour la suite, tout est permis.
- En attendant, vous boursicotez?
- Ce n'est pas notre genre.
LES PHOTOS DE LA PHOTO
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| Dimitri au maquillage | Crise de rire chez A caus' des garçons | |
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| Nicola en discussion avec Christine Lidon | Avant la photo, l'attente | |
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| Pierre Terrasson... pensif! | Ouf! La photo | |
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| Ultime touche de fond de teint |
Les photos de famille ne sont jamais faciles à prendre; et moins encore lorsqu'il s'agit de la famille mouvementée du rock français.
Au soir du 25 novembre, tout de même, cette bande de joyeux drilles posa gaiement devant l'objectif de notre photographe, Pierre Terrasson.
En quelques clichés, l'histoire de cette couverture pas commes les autres.