Têtes d'affiche french par Indochine

D'ombre et de lumière

Vingt ans, le plus bel âge... Pour célébrer cet anniversaire, le groupe a convié une poignée de fans dans l'intimité d'un studio parisien.

Trois jours et trois nuits complices qui ont donné naissance à un florilège de chansons, en version acoustique. Nicola Sirkis revient sur ces "Nuits intimes" et retrace l'une des plus jolies histoires du rock français.

Point final au Dancetaria Tour - deux années de concerts - qui a électrisé trois générations de fans, cet album arrive à point nommé pour rappeler qu'Indochine compte encore, et pour beaucoup : oublié des médias pendant quelques années, c'est grâce au seul soutien de ses fans que le groupe nous revient, plus pertinent et plus frais que jamais.

Après les départs successifs de Dominique et de Dimitri, c'est au tour de Stéphane de tirer son ultime révérence en 1999, au tout début de l'enregistrement de l'album "Dancetaria". Nicola, chanteur et compositeur, décide malgré tout de continuer l'aventure, de faire vivre l'âme d'Indochine.

Nicola Sirkis entouré de ses nouveaux complices. Boris, Matthieu, Éliard et Pilot.

Hit Gen. Comment est née l'idée de publier un album 100% acoustique?

Nicola Sirkis. Initialement, nous devions enregistrer un "vrai" album en public lors de notre dernier passage à Lille. Il se trouve que nous avions déjà sorti plusieurs live, mais jamais de disque acoustique. On a alors pensé à combiner les deux.

Nous avons fait venir dans notre studio une cinquantaine de fans recrutés via notre site Internet. Ils se sont tous réunis autour de nous et nous avons joué environ vingt titres trois fois chacun. On a posé sur le disque la meilleure version des trois...

"Nuits intimes" est une sorte d'anti-best-of...

N.S. Nous avons voulu jouer la carte de la sincérité. Cela ne servait à rien de faire une énième compile, ce qu'on a d'ailleurs déjà fait pour les dix ans du groupe.

Au travers de "Nuits intimes", nous explorons le paysage que nous avons construit en huit albums. On a choisi des chansons qu'on aimait bien, pas spécialement les plus connues, sauf deux, "Tes yeux noirs" et "Trois nuits par semaine".

C'était aussi une excellent façon d'aborder ces morceaux de manière totalement différente et de constater que, quel que soit le style qu'on leur donne, les mélodies restent toujours aussi fortes...

Au fil du temps, votre public a-t-il changé?

N.S. Cette tournée a été pour nous très particulière, pour la simple raison que plus elle avançait dans le temps, plus on avait du monde.

On s'est aperçus qu'il y avait de nouvelles générations qui se déplaçaient pour nous voir jouer et nous avons pris énormément de plaisir à jouer pour elles. Ces concerts ont été excessivement émotionnels, très énergiques aussi...

On a d'ailleurs eu beaucoup de mal à s'arrêter! Le Dancetaria Tour devait s'achever en septembre 2000 mais on a tout de suite eu envie de repartir pour une tournée acoustique dans de toutes petites villes, voir d'autres gens, et ce pour deux mois de plus!

"Nuits intimes" est le fruit de cette tournée acoustique, et un peu une parenthèse qui fera patienter jusqu'au prochain album...

En presque vingt ans, votre carrière n'a pas été des plus simples...

N.S. Selon moi, le groupe a évolué en trois temps. À nos débuts, nous étions quasi vénérés par les médias rock. Entre 1981 et 1984, tout le monde disait qu'on était l'espoir du rock en France.

À partir du troisième album qui nous a valu un succès dit "populaire", nous sommes devenus l'ennemi à abattre de la scène rock. Ça a été le revers de la médialle.

On a été totalement sous-médiatisés dans les années 90 et tout le monde disait que c'était fini pour nous. Au bout du compte, les gens nous ont ensuite redécouverts par le bouche-à-oreille.

Aujourd'hui, les jeunes fans d'Indo écoutent autant les Smashing Pumpkins que Placebo, Marilyn Manson et même... Mylène Farmer.

Nous avons aussi parmi notre public des gens de la communauté gay, en partie grâce à la chanson "Le Troisième sexe". Ils ont pris les paroles comme un hommage. Ce qui est fabuleux, c'est que l'ambiance entre tous est extraordinaire!

Ils zappent les oeillères que peut avoir la presse spécialisée. Je suis très fier de ce public parce qu'il s'est battu pour nous. Ce nouveau disque est vraiment une façon de remercier ces trois générations qui nous ont suivis.

Désormais, ce sont les artistes soul ou R&B et les rappeurs qui ont le vent en pompe...

N.S. C'est clair que le rap et le R&B ont pris une place énorme dans l'industrie du disque. Moi quand j'avais 15 ans et que j'étais au lycée, je faisais partie des trois marginaux qui détestaient ce que tout le monde aimait!

Ce qui me fait vraiment plaisir aujourd'hui, c'est que dans une classe il y en aura toujours trois qui écouteront les Smashing, Radiohead, Indo ou Placebo et les autres du R&B ou du hip hop.

Il y aura toujours cette contre-réaction, et je préfère en faire partie, quitte à vendre moins de disques. Plaire à la masse, cela ne m'intéresse pas. On dit toujours que le rock est mort alors que l'on voit tous les jours que c'est archi-faux.

À chaque fois, il se renouvelle. Des groupes comme Louise Attaque arrivent à vendre énormément sans pour autant tomber dans le marketing forcené.

Ce qui prouve bien que si les gens soutiennent un artiste, il n'y a pas besoin d'un baratin monumental. Le public a besoin de sincérité, pas de produits...

"Wax" en 1997, "Dancetaria" deux ans plus tard. Pas envie de conclure par une trilogie?

N.S. Je pense sincèrement que la renaissance du groupe s'est effectuée depuis l'album "Wax". Un disque entièrement composé par Stéphane et moi. Il n'a d'ailleurs pas vraiment marché en France mais plutôt bien à l'étranger.

J'aimerais beaucoup donner une suite à "Wax" et à "Dancetaria" avec notre prochain album studio. Je pense passer le cap des 20 ans avec un album plus alternatif, plus électro, voire punk! Pour l'instant nous n'en sommes qu'à l'ébauche.

Je garde aussi le projet d'un album symphonique dans un coin, mais rien ne sera concrétisé à ce niveau-là avant 2003. Je pense qu'on sera là encore jusqu'à 2004 ou 2005, après c'est un peu spatial pour moi...

2001 : L'odyssée d'un groupe

Vingt ans après "L'Aventurier", leur griffe est toujours reconnaissable entre mille. Pourtant, le temps a fait ses ravages...

Dans les années 80, Nicola, Stéphane, Dominique et Dimitri forment Indochine, leader incontesté de la new wave à la française.

Entre 1981 et 1988, ils enchaînent les tubes avec une facilité déconcertante : "L'Aventurier", "Canary Bay", "Le Troisième sexe", "Tes yeux noirs" et "Les Tzars" deviennent les hymnes de toute une génération.

On parle de phénomène de société. Un phénomène qui s'exporte (Belgique, Canada, Danemark, Norvège, Pays-Bas, Suède, Suisse).

Le succès s'étend jusqu'au Pérou où le groupe effectue une tournée triomphale en 1988 - le quatuor français y vend alors plus de disques que Madonna!

Chouchouté par la presse rock à ses débuts, Indochine vend désormais trop de disques pour être crédible.

Le groupe quitte les années 80 sans le soutien des médias et sans Dimitri qui veut voir grandir son fils (il continue cependant à rejoindre le groupe sur scène de temps en temps).

La sortie d'un best-of en 1991 finit de convaincre les médias qu'Indochine, c'est fini. D'autant que Nicola sort un album solo l'année suivante. Pourtant, le trio entre en studio pour enregistrer un nouvel opus ("Un jour dans notre vie").

L'indifférence médiatique est totale. À son tour, Dominique quitte le groupe. Les jumeaux Sirkis se retrouvent seuls : ce qui ne les empêche pas de livrer le sublime "Wax" en 1996.

Le disque se vend moins, mais la tournée qui suit est un triomphe : trente-trois concerts devant plus de 70.000 personnes - et ce, sans l'aide des médias!

Le disque "Indolive" qui en est tiré s'arrache à plus de 200.000 exemplaires. Mais le groupe va bientôt essuyer un nouveau coup du destin.

Le 27 février 1999, Stéphane disparaît des suites d'une hépatite foudroyante, quatre mois avant son quarantième anniversaire.

Il venait de commencer l'enregistrement du nouvel album d'Indochine avec son frère à Bruxelles, la ville de leur enfance. "Dancetaria" sort six mois plus tard et entre directement à la quatorzième place du Top albums.

Les médias s'intéressent à nouveau à Indochine - d'autant que le groupe fait salle comble tous les soirs de sa tournée-marathon de près de deux ans!

Nicola est désormais seul aux commandes d'Indochine qui, malgré les pronostics des pseudo-professionnels, entame sa troisième décennie!

Sur le net

www.imaginet.fr/indochine/
http://astro109.multimania.com

CD "Nuits intimes" (Columbia)