Indochine : hope & glory
Le deal était simple : accepter
de tout aborder, tous les sujets, sans pudeur mais sans fausse
modestie; avec simplicité et tendresse, mais avec sincérité
surtout.
Presque surpris lui-même de continuer à toucher les gens après presque vingt ans passés après presque vingt ans passés dans l'oeil du public, mais immensément heureux et flatté de séduire une nouvelle génération, Nicola Sirkis a fait pour Rock Sound le tour du propriétaire. Indochine, son passé, son futur, son actu, c'est parti...
Pourquoi ce projet acoustique? Que symbolise-t-il pour toi? Pourquoi maintenant surtout?
Nicola Sirkis : En gros, il n'y avait aucune nécessité. Ni nécessité commerciale, ni nécessité de "carrière" disons, même si ce mot m'est étranger. En fait, nous venons de passer deux ans et demi, presque trois, en électrique et c'était parfait : on a commencé par de petites salles, et on a fini par de grosses.
Parfois jusqu'à dix mille personnes, c'était nickel; j'étais très content de ça. Je voulais donc tirer le rideau et plonger directement dans le travail sur l'album suivant parce que je suis conscient qu'il y a un nouveau public pour nous, disons entre quatorze et vingt-cing ans - la troisième génération en quelque sorte - et qui attend un disque, une suite à "Wax" et "Dancetaria", rapidement.
Donc, il n'y avait aucune nécessité. Cela étant, il y avait eu le "Steph Concert" pour l'anniversaire de la mort de Stéphane où l'on avait loué la Maroquinerie, invité cinq cents personnes et joué que des chansons de Steph, et on avait décidé de faire ça en acoustique.
Il faut dire que, quelques années en arrière, j'avais été très agréablement surpris par le "Unplugged" de Nirvana, par le fait qu'un groupe qui jouait fort pouvait être aussi un groupe sachant travailler les nuances.
À partir de là, on s'est dit que ça serait bien de faire une série de concerts sous cette formule, pourquoi pas après la fin de la tournée électrique en septembre. Il s'était dégagé quelque chose d'étrange, d'assez "messianique" de ces concerts. Voilà comment est venu le goût et l'idée de ce projet acoustique.
Question image pour Indo c'est nouveau...
N.S. : Tout à fait! Il ne faut pas oublier que pendant la même période sortait cette fameuse compilation chez BMG ("Génération Indochine" - ndr) à laquelle j'ai tenté sans succès pour l'instant de m'opposer et qui ramène inlassablement le groupe comme pivot central de la "nostalgie des 80's".
Ce qu'il faut savoir c'est qu'il n'y a pas de nostalgie des années quatre-vingt! Si ce n'est celle - commerciale - des maisons de disques qui entretiennent artificiellement le phénomène. Et ce n'est pas parce que sortent une compilation de A-Ha, de Duran Duran ou que l'on a droit à une reformation de Eurythmics que pour autant les gens sont animés par la nostalgie de la période!
Or nous, on s'était aperçus au contraire il y a déjà quatre ou cinq ans qu'il y avait un tout nouveau public pour Indo, qui n'était pas là par nostalgie mais parce qu'il associe le groupe à Placebo ou à Smashing Pumpkins.
C'est d'ailleurs assez amusant de voir qu'une grosse partie des médias pensent qu'on est un groupe du passé, des has been, et parlent de nous comme "la vague des 80's" (rires)! Les gens qui viennent nous voir, eux, n'en ont rien à foutre...
LE MINIMUM DE CONCESSIONS
Es-tu surpris de l'extrême résistance des chansons d'Indochine à travers les années?
N.S. : Si j'était présomptueux, je dirais : non, je ne suis pas surpris. Mais d'un autre côté, je dirais que je trouve ça miraculeux et je ne cesse d'être surpris. Certaines chansons ont gardé un côté intemporel désormais, surtout au niveau de l'énergie et du son.
"Trois nuits par semaine" par exemple, on n'a rien changé au niveau des arrangements, si ce n'est qu'on la joue peut-être plus fort aujourd'hui qu'autrefois mais elle résiste et convainc toujours.
Alors oui, je suis surpris mais pas tant que cela dans la mesure où si je voulais absolument continuer ce groupe, c'est parce que je savais qu'il avait encore des choses à dire et à faire...
Il y a sans doute une pérennité mélodique mais ce sont aussi les textes qui en font des chansons actuelles, non?
N.S. : Oui, c'est vrai. Là, quand je dépouille le courrier ou je parle avec des fans, je suis assez flatté que des textes qui ont plus de quinze ans touchent encore autant de gens; et surtout, concernent de nouvelles générations de gens. Et pas de façon naïve.
J'écris sur ce qui me tient à coeur; je ne cherche pas du tout des "effets" ou à coller à un public. Ce qui "sauve" ces chansons, c'est ça, cette sincérité... Petit à petit, je me suis rendu compte que le public se renouvelait de par lui-même.
Ce qui est étrange, c'est que j'avais choisi ce nom, Indochine, en référence à Marguerite Duras parce que j'aimais sa façon d'écrire et d'évoquer certaines choses; je me suis rendu compte que des années après, Indochine conserve une validité parce que un public aime notre façon d'écrire et d'évoquer certains thèmes... C'est bizarre.
Est-ce que tes textes ne font pas surtout référence à une espèce d"Éternel" adolescent dans lequel les générations successives se reconnaissent et se glissent sans problème parce que, justement, le propre des adolescents, par delà les années, est de tous se poser les mêmes questions au même moment?
N.S. : Oui, probablement. Sans doute me posais-je les bonnes questions, au bon moment, au bon endroit; mais je ne veux pas me dire cela parce que cela me fait peur! Cela dit, c'est vrai, les textes d'Indo parlent beaucoup de la "découverte" du corps de l'autre, de la sexualité, de la "première fois", etc.
Et qu'ils continuent de le faire aujourd'hui dans une large mesure parce qu'en tant qu'individu, je continue de me poser beaucoup de questions là-dessus. Prends les gamins qui nous écoutaient en 1984 et qui avaient un idéal fort en ce qui concernait les autres, la sexualité, la politique, qu'est-il advenu d'eux?
Un jour, ils ont eux vingt-cinq ans, un job, un enfant, la même maison que papa et maman, la même télé. Bref, ils ont renoncé à l'idéal de leurs quinze ans. Moi pas. Je voulais faire du rock, j'en fais toujours; je ne voulais pas aller au travail, je n'y vais toujours pas; j'ai l'impression d'avoir fait le minimum de concessions.
C'est sans doute ce qui me permet aujourd'hui d'écrire des textes avec lesquels des gens plus jeunes que moi se sentent en phase.
SEUL DANS MON COIN
Tu n'as jamais été tenté de rentrer dans un moule quelconque...
N.S. : Je ne l'ai jamais voulu mais je crois aussi que je n'en ai jamais eu l'occasion. Il se trouve que j'ai toujours consacré 99% de ce que j'étais à ce groupe, et que dans ces conditions, une vie privée par rapport à l'emploi du temps qui est celui d'un groupe qui marche ou par rapport à l'emploi du temps cérébral de quelqu'un qui continue à écrire, composer, etc., c'est vraiment très difficile à conserver.
Et c'est vrai que je suis le seul des quatre membres du début qui n'ait jamais eu d'enfants, de vie de famille, etc. parce que ça ne s'est jamais trouvé essentiellement et que sans doute je n'ai pas trouvé la bonne personne. Cela dit, j'essaie d'avoir une vie stable, calme et je l'ai la plupart du temps.
Depuis trois ans notamment, depuis que je suis deux heures à deux heures et demie par soir sous les projecteurs, eh bien dès que c'est terminé, je fais autre chose, je me protège plus.
Je me souviens entre 1988 et 1990, Steph, Dimitri et Dominique ont eu leurs premiers enfants, avec vie de famille à la clef; ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est à cette époque que j'ai fait mon album solo!
Ils n'étaient plus aussi disponibles et Indochine n'était plus leur préoccupation principale... De toute façon, quoi qu'il arrive lorsque tu fais de la musique, ça doit être la préoccupation ultime.
Tu as eu une espèce d'aigreur en constatant cela chez les autres?
N.S. : Non, il me semble pas. Mais il faut se rémémorer ce qu'était le groupe à l'époque! En 1988, on sortait tout juste de la tournée au Pérou et je me souviens avoir fait ce compte-là : en huit années d'Indo, on n'était jamais restés plus de dix jours d'affilée sur Paris, tu te rends compte?
Bref, mauvaises vibrations de partout, tout le monde avait envie de se poser, et tout le monde avait envie et besoin de faire autre chose, du coup non, il n'y a pas eu d'aigreur.
Moi j'étais seul dans mon coin, ça me faisait du bien, j'ai eu le temps d'écrire de belles chansons comme "Punishment Park" par exemple et je voyais les choses plutôt du bon côté sur l'engagement familial des autres, je me disais : "Ça va être super, il va y avoir des mômes sur les tournées avec nous!"
Et j'étais plutôt aussi dans l'interrogation : "Pourquoi ça marche pour les autres et pas pour moi?" Alors que c'est moi qui, par exemple, au niveau de l'entretien d'une relation et de la fidélité; c'est moi qui faisais le plus d'effort!
PLEIN DE NANAS PARTOUT
Ce qui restera sans doute la marque d'Indochine, c'est le chant sur l'ambivalence sexuelle, sur le conflit, intérieur ou non, que cela suscite. Ces thèmes sont-ils abordés encore aujourd'hui pour correspondre à une image ou parce que ce sont toujours des thèmes qui t'inspirent?
N.S. : (silence) Ce n'est pas une question d'image ou le besoin de coller à cette image. Au contraire, c'est un reproche qu'on a tellement fait à Indo - ressasser toujours les mêmes thèmes - que même sans deux sous de jugeote, je ne m'y risquerais plus.
J'avoue que ça a même fait début à l'intérieur du groupe à une époque. Plusieurs fois Dominique m'avait dit : "Il faut arrêter de parler de ça! Il faut écrire sur d'autres thèmes, il faut des chansons qui touchent les gens", etc. Mais moi, c'est ça qui me touche et c'est de ça que j'ai envie de parler quand je fais une chanson...
C'est toujours une vraie question pour toi?
N.S. : Oui, je crois, c'est toujours une vraie question même si aujourd'hui il y a des morceaux qui parlent d'autre chose...
Mais cette fascination pour l'ambivalence demeure. Tes costumes de scène en sont un exemple. Ton attirance pour l'univers de Brian Molko en est un autre...
N.S. : Oui, c'est vrai, grâce à lui d'ailleurs, je peux me remaquiller sur scène (sourire)! J'ai toujours été attiré par l'ambivalence musicale déjà, le côté ambigu. Mes deux références lorsque j'avais treize ou quatorze ans, c'était David Bowie et Patti Smith, d'un côté le garçon qui veut ressembler à une fille, de l'autre le garçon manqué.
Je crois qu'à l'époque, j'aurais aimé sortir avec Patti Smith parce que c'était la fille mais dans le même temps, elle était un peu "garçon" aussi! Alors oui, j'imagine qu'il y avait quelque chose que j'ai analysé depuis... Paradoxalement d'ailleurs, contrairement à Stéphane qui lui était plus "rock'n'roll" et plein de nanas partout, j'ai découvert la sexualité assez tard.
Je croyais à l'Amour Éternel, en tout cas aux histoires d'amour. Cela étant, je n'ai jamais eu d'attirances homosexuelles, j'étais attiré par les filles. Sans doute avais-je besoin d'être à l'écart du machinisme ambiant qui régnait chez les garçons...
Depuis vingt ans, tu as eu des réponses tout de même!
N.S. : Heureusement. Maintenant, le fait que je n'ai toujours pas d'enfants par exemple, ça prouve peut-être que je n'ai pas tout complètement assumé... Malgré tout, je suis complètement serein dans cette situation.
ÊTRE ENCADRÉ POUR BOSSER
Ça a créé des conflits avec Stéphane, cette appréciation sensiblement différente?
N.S. : Stéphane, à partir du moment où il a été dans le groupe, a complètement accepté mon "romantisme", disons. Enfin, en façade, peut-être pas ailleurs...
La seule réaction négative que j'ai eue de Stéphane, sa fille avait cinq ans environ, c'est quand j'ai écrit le texte de "Mire-Live" où je parlais d'excisions de petites filles, de pornographie enfantine (qui était en fait un constat exaspéré de ce que j'avais vu un jour au journal télévisé où l'on balançait n'importe comment, sans explication, sans débat, sans questions, sans réponses juste avant la météo), là, il a flippé en me disant : "Tout de même, tu vas un peu loin, parler d'excision".
J'ai entamé le débat en lui disant qu'il valait toujours mieux en parler plutôt que de laisser ça dans l'ombre, etc. C'est la seule fois où il y avait eu une réaction négative de sa part. Un groupe, c'est toujours très bizarre dans le sens où il y a toujours une bande qui se crée contre un individu.
Tout ça pour dire que j'étais souvent seul contre les trois autres. Mais rétrospectivement, c'était très bien, c'est souvent ce qui m'a empêché d'avoir la grosse tête. Dès que je dérapais un petit peu, ils me remettaient dans le droit chemin.
Tu as des regrets avec Stéphane?
N.S. : Oui, sans doute. Il y a eu des conflits dans ce groupe dans sa première partie d'existence liés aux rôeles tenus par chacun. Dominique et moi, on composait les morceaux, c'était comme ça...
Aujourd'hui, sur scène, quand c'est une chanson de Stéphane, tu le répètes comme si tu voulais te rattraper de quelque chose...
N.S. : C'est ce qui s'appelle être en deuil, non? Il n'y a pas un moment dans une journée où la tristesse n'est pas présente... Je ne veux pas me rattraper mais c'est vrai que je me suis pas rendu compte que Stéphane, il avait des capacités créatrices aussi fortes que celles de Dominique.
Faut dire qu'à l'époque, c'était rassurant, c'était un moule : Dominique écrivait vachement bien et moi je mettais les textes dessus. Ça roulait impeccable. Sauf que l'entourage a toujours essayé de déstabiliser ce duo, arguant que Dimitri notammant pouvait faire des choses vachement bien.
Choses auquelles je répondais par : "Qu'ils les proposent et si ça tient la route, on les prendra!" C'est pour cela qu'à un moment, il y a eu des morceaux de Stéphane et de Dimitri. Le regret, c'est sûr, c'est de ne pas m'être rendu compte du désir créatif des autres.
Cela étant, ces regrets sont tombés naturellement le jour où Steph et moi, on a décidé de continuer le groupe après le départ de Dominique. Là, il était clair que c'était de faire de la place au Stéphane compositeur.
D'ailleurs, je considère "Wax", comme l'album de la "renaissance" d'Indo, une sorte de nouveau premier disque. Malheureusement, Steph avait toujours besoin d'être encadré pour bosser... En tout cas, l'encadrement qu'on lui a fourni sur ses derniers morceaux valait le coup. Mais il n'en a pas eu le temps...
Cela dit, Stéphane avait d'autres problèmes à gérer qui étaient insolubles. Des trucs d'ordre beaucoup plus personnel... De toute façon, je ne peux dire que ça aujourd'hui : Steph est allé là où il voulait aller. Donc, c'est vrai qu'aujourd'hui, dans le nouvel Indochine, les chansons de Stéphane ont une place à part.
UN PETIT GROUPE DE ROCK DE BANLIEUE
Pourquoi à ton avis, Indochine a-t-il suscité tant de haine?
N.S. : C'est une question que je continue de me poser... D'un côté, c'est peut-être mieux que de susciter de l'indifférence et puis c'est "rock" quelque part (rires)! Mais, quand même, dans notre cas, je trouve que c'est cher payé. On n'était qu'un petit groupe de rock de banlieue après tout. Bon, il se trouve que ça a cartonné tout de suite et on ne nous l'a pas pardonné.
Mais je présume aussi que cela a à voir avec la concurrence effrénée de ce milieu, avec l'état d'esprit qui y règne où parfois tu t'aperçois que des artistes se jalousent pour des raisons commerciales et d'audience. Des trucs fous, même chez des gens que tu croyais au dessus de ça, de grands groupes...
Tu as l'impression d'être parfois le cauchemar de certaines personnes dès qu'on évoque les 80's?
N.S. : Oui, certainement. Mais l'histoire est plombée, je le sais, je ne me fatigue même plus à demander des démentis lorsque des conneries sont dites; pas besoin de prouver à Ardisson que je chante juste, etc.
La sincérité qui se dégage aujourd'hui du truc est suffisante pour les gens et elle vaut mieux que toutes ces conneries.
Tu es blasé?
N.S. : Non, pas blasé parce que je continue d'en apprendre tous les jours. Des vertes et des pas mûres, croyez-moi (rires)!
Mais tout ça n'est pas important, c'est juste une comédie humaine basée sur l'hypocrisie. Moi j'ai ma conscience pour moi, je n'ai pas envie de m'agiter pour essayer de changer ça. Je prends acte que ça existe et je fais avec.
Tu n'as pourtant pas totalement rendu les armes...
N.S. : Rendu les "outils", je préfère, car je ne suis en guerre avec personne. Même si des fois j'ai bien envie de mettre ma main dans la gueule de certains (sourire)!
J'imagine! Cela dit, tu n'as pas complètement rendu les "outils" quand on voit fleurir à tes concerts des T-shirts "BMG baise mon groupe"!
N.S. : Ouais, c'est un peu rock'n'roll, c'est rigolo. Cela dit, quand tu vois une maison de disques sortir une compilation sans ton accord, au détriment de l'artiste, de son image...
Tu pourrais t'en foutre aujourd'hui; empocher le pognon et laisser couler, basta!
N.S. : Non, ça me fait chier! Je n'ai pas envie que des gens croient que j'accepte ça; au contraire, je veux qu'ils sachent que je ne suis pas d'accord! Parce que ma priorité; c'est ma sincérité et la sincérité de ce groupe.
Ce qui était le plus choquant dans cette compile sortie par BMG, c'était de l'avoir appelée "Génération Indochine"! Quel orgueil! Moi-même, je n'aurais jamais osé!
En plus, mettre le mur de Berlin sur la pochette, c'est-à-dire de traîner le groupe vers le passé avec un visuel qui, de plus, n'a rien à voir - moi, je n'ai jamais écrit sur le mur de Berlin -, je pense que, dans la bagarre, ils ont confondu avec Téléphone en plus.
Et pour finir, ne même pas en parler à l'héritière de Stéphane; ne même pas avoir ce petit brin d'humanité.
PLUS DURAN DURAN QUE CURE
C'est intéressant de t'entendre parler aujourd'hui de contre-pouvoir, de lobbying, de cocktail Molotov, de missile, alors que pendant des années on a considéré Indo comme un groupe incolore et inodore. Ironie de l'Histoire?
N.S. : Ouais ouais, je sais. L'image du groupe a été un moment complètement aseptisée, une partie de la presse rock nous a associés plus à Duran Duran qu'à Cure. C'est le public qui a fait la différence, comme toujours.
Mais on était issus de la new-wave, beaucoup plus "fleur bleue" que le punk. Cela étant, le premier morceau d'Indo, c'était quand même "Dizzidence politique" et on ne peut pas dire que "Troisième sexe" ou "Trois nuits par semaine" étaient des comptines puisqu'elles faisaient toutes les deux l'apologie de la bisexualité!
Mais ça, ce sont des sujets "politiques" aujourd'hui, là où ils étaient "polémiques" il y a vingt ans...
N.S. : Je comprends que ce que tu veux dire. À l'époque, c'est vrai qu'on était des banlieusards d'une sensibilité de gauche - on a soutenu SOS racisme, Stéphane était à la Ligue Communiste Révolutionnaire - mais on s'est tout de suite dit : "Attention, on n'est pas les porte-parole de personne!"
On ne sentait vraiment pas de dire pour qui voter. On a accepté que deux choses : un concert de soutien à un candidat socialiste je ne sais plus où et SOS Racisme à la Concorde.
Tu sais, à l'époque, quand on a débarqué, on sortait tout juste de Trust, Téléphone, tout était social, mais nous, on ne voulait pas ça, on n'avait pas envie de parler du métro, on voulait parler d'évasion. Par le sexe, par la religion, par la philosophie, c'était ça l'univers d'Indo.
CE MEC, JE LE SENS MÉCHANT
Depuis que vous avez regagné une crédibilité rock, est-ce qu'il y a eu des tentatives du milieu de vous "récupérer" comme fleuron "variétés" des 80's?
N.S. : Oui, c'est évident, il ne se passe pas une semaine sans que je sois invité ici ou là comme le "leader-du-groupe-emblématique-des-80's", c'est pathétique...
Genre "Les enfants de la télé" ou pire?
N.S. : Oui, ce genre d'émissions de télé. De toute façon, je suis chanteur, pas animateur de soirée. Cela dit, Arthur, je l'aime beaucoup. C'est l'un des rares mecs de la télé que j'aime beaucoup.
Parce que c'est un mec que j'ai vu tout petit venir faire écouter ses cassettes et que, même s'il est explosé de thunes aujourd'hui et qu'il est probablement arrivé là où il est par des travers etc., je préfère à un mec comme Arthur à un mec comme Dechavanne.
Ce mec, je le sans méchant, d'ailleurs, ça se voit à la manière dont il vire les gens... Mais oui, je suis sollicité tous les jours. Dans cet hôtel même où nous sommes, un jour un grand chanteur français qui a fait un disque pour le sida (ce qui est tout à son honneur) vient me voir et me dit : "Il faut absolument que tu fasses ce disque avec nous!"
Je ne lui ai pas dit non, mais je lui ai pas dit oui; au final, je ne l'ai pas fait. Parce que me faire applaudir sur le malheur des gens, c'est pas mon truc.
La troisième période de la vie d'Indochine a commencée avec "Wax", s'est poursuivie avec "Dancetaria" et connaît aujourd'hui une parenthèse avec "Nuits intimes". Mais tu annonces d'ores et déjà le nouveau disque l'an prochain; et tu l'annonces comme "plus dur". Plus dur que quoi?
N.S. : On est tellement bridés actuellement à jouer acoustique où la moindre note mal jouée s'entend au-delà de toutes proportions qu'il va fatalement y avoir un retour de balancier vers quelque chose qui pète!
C'est d'ailleurs un peu le but de la manoeuvre : faire générer au groupe une envie de jouer fort avec de la puissance. Trois jours après les concerts de la Cigale, les guitares électriques vont revenir et j'espère avec l'envie de claquer.
Moi, je dis que ça va être l'album punk d'Indochine;
c'est un peu une façon de parler mais il va y avoir de ça...
Bah, on verra bien (rires)!
DISCO COLUMBIA/SONY MUSIC