Aimez-vous Indochine?
Petit jeu destiné aux seuls fans
: où se trouvent Nicola Sirkis, Dominique Nicolas et Stéphane
Sirkis?
Si l'on se permet de poser cette question indiscrète, c'est non pas pour vous convaincre de lire cet article ou simplement faire l'intéressant en parlant de Brahms (même si nous vous recommandons très chaudement son "Requiem" par Von Karajan, Van Dam et Hendricks) et moins encore de Sagan dont on n'a strictement rien à brosser dans cette rubrique dévolue aux masses hurlantes.
Mais le groupe aura bientôt dix ans et le succès marquant tout au long des années 80 du plus "hié" des combos français mérite qu'on s'interroge sur la raison de cette relation amour-haïne qui divise la France en deux.
Ou bien on adore ou bien on déteste les chansons d'Indochine. Y a pas moyen de faire semblant, de jouer la carte de la tolérance, du bof attendri, de la politesse condescendante.
Si vous adorez Indochine , c'est d'abord parce qu'ils sont sympas et pas cons du tout et ça, pour les avoir déjà rencontrés à plusieurs reprises, on peut vous dire que vous n'avez pas tort. Ils ont le succès modeste et humble.
Ils reconnaissent leurs défauts et font leur possible pour y remédier. Ils sont même attendrissants avec leur air de chien battu désolé d'être numéro un tout en continuant de progresser.
"Le Baiser", leur cinquième album, est le plus construit, le plus fini, le plus mature. Les textes sont plus fouillés et relatent avec crédibilité un mal de vivre et d'aimer dont on ne peut se moquer.Les musiques sont plus variées avec des petites touches orientales et un instrumental Persane Thème bien belle tournure.
Nicola tente de nouvelles manières de chanter et on ne peut rester insensible à cet effort. La pochette, enfin, est un véritable bijou (du moins les premiers exemplaires avec la vitrine que tous les fans ont déjà).
Si vous détestez Indochine , vous trouvez que les meilleurs morceaux du groupe sont les instrumentaux, que Nicola n'a jamais su chanter (hié) et que leur look maquillé à la romantique et coiffé à la Cure destiné à faire craquer les gamines persuadées de se cultiver en lisant les textes des chansons aura mis près de dix ans à les lasser eux-mêmes.
Même Dimitri est parti dégoûté. Leur succès est, selon vous, forcément usurpé. Il n'y a que les pucelles d'Orléans, les frigides de Scandinavie et les paysannes péruviennes pour s'enfiler de l'Indo à grosses doses.
Quand il s'agissait de L'Aventurier, va encore. C'est frais, c'est spontané, c'est neuf, BD et tout l'boutique. Mais après pardon, Canary Bay Ou! Ou! et autres Yeah! Yeah! Yeah!... Oh, faut être sourd et n'avoir aucune culture musicale pour trouver l'ombre d'une qualité à ce groupe.
Et le dernier album, si l'on vous force à l'écouter, vous penserez que c'est tout di'l'même avec la prétention world music en plus (après tout le monde) et les pseudo-références à Pierre Salinger, Blaise Cendras et Man Ray. Même pas fichus d'y mettre un 45 potable malgré un Baiser sensé surprendre.
Choississez votre camp, les enfants. Empoignez les arguments et jetez-les à la tête du premier contradicteur venu. Soyez d'une mauvaise foi crasse et écorchez-vous vivants. Une chose est sûre : Indochine s'en fout. Ils reviennent avec une volonté de fer et le départ de Dimitri (pour paternité et divergences de vue) n'a fait que les renforcer.
La parole est à Nicola, Dominique et Stéphane venus défendre un album qu'ils revendiquent totalement. Après avoir lu cet article, vous aurez peut-être changé de camp. Nous espérons de tout coeur que tous, vous nous rejoindrez sur un point : l'intégrité d'un groupe qui mérite le respect...
Indo et le Mahabharata
- Vous vous êtes faits plutôt rares ces derniers temps...
- Après le Pérou, on a un peu flippé. Les concerts se sont bien passés mais on est revenu avec le désir de faire un break chacun de notre côté. Après on s'est retrouvé d'autant plus motivé. Pour l'enregistrement de l'album, l'enthousiame est toujours intact, c'est après que ça flanche.
Faire la musique est la meilleure chose. C'est tout ce qu'il y a autour qui gêne. On a su se défendre des pressions, pour rester intègre et indépendant.
On voulait surtout être en vacances de compétition, de classement. Nous, on a quitté l'école pour fuir les classements et faire de la musique et on se retrouve avec des histoires de Top et de hit-parades.
- Vous en avez profité pour renouveler un peu votre langage. Tant dans les textes que dans la musique...
- Nicola a évolué dans ses textes, c'est moins teenager qu'avant. C'est normal, on a aussi vieilli et évolué. C'est un peu une nouvelle direction d'Indochine. N'étant plus qu'un trio, on s'est ouvert à d'autres musiciens.
Ce n'est pas une question de mode, on n'a pas fait attention à ça. Les musiciens iraniens, ça s'est fait comme ça avec notre coproducteur qui a travaillé avec eux et des Indiens pendant trois, quatre ans sur des projets comme le Mahabharata.
Il s'est permis de nous le proposer comme invité sur l'album. Cette évolution musicale correspondait bien à l'évolution des textes, on est revenu à des choses plus simples, plus acoustiques que "7.000 danses".
- Cet album réflète énormément un mal de vivre, une difficulté d'aimer...
- C'est un peu l'état d'esprit de Nicola, de trucs qu'il a vécus. Il a eu pas mal de problèmes personnels. C'est un peu plus sombre qu'avant.
- Votre style d'écriture est plus fouillé, moins spontané que du temps de L'Aventurier par exemple, c'est pas un peu dommage?
- Pourtant toutes les chansons ont été écrites très rapidement. On a retrouvé la façon de travailler des débuts. La seule chose qui a changé, c'est l'inconscient avec lequel on a fait L'Aventurier et un maxi de six titres écrits en six jours et de monter sur scène sans en avoir jamais fait.
Maintenant, on a plus de maturité. On peut davantage s'offrir le luxe de penser un album. Ceci dit, on a conservé le goût du risque comme de sortir Le Baiser en premier 45 tours. Comme Depeche Mode qui sort des morceaux plus étranges qu'il y a cinq ans.
C'est plus dangereux mais ça permet de ne pas s'installer dans une routine un peu anti-créatrice. De ne pas prévoir une tournée tout de suite après, c'est aussi un risque.
- Ne vous sentez-vous pas déjà un vieux groupe avec tous les petits nouveaux qui sont apparus pendant votre absence?
- Oui, on se pose des questions. On se sent un peu à part de cette scène. C'est vrai qu'on n'est plus un jeune groupe. Mais moi j'ai l'impression que cette nouvelle scène est assistée par le ministère de la Culture.
Nous, on a jamais fait des démarches médiatiques vis-à-vis de ça. On a marché à l'étranger sans faire du foin. On va là où la demande est. On ne construit pas une légende.
- Est-ce que Le Baiser, Nicola, est un des résultats de tes cours de chant?
- Pour Le Baiser, j'ai baissé d'une clé en fait. Avoir passé deux ans sans chanter m'a donné une voix plus vierge. À la limite, si tu prends les détails, tout le monde chante faux. Je préfère chanter faux et parler vrai. La voix c'est un muscle qu'il faut travailler.
Durant cinq ans, j'ai pas arrêté de travailler avec un prof de chant classique. Je chantais La Traviata et je tournais en rond, j'attrapais une voix de ténor et ça ne me servait à rien pour Indochine. J'ai changé de prof et celui-ci m'a fait travailler sur différents octaves. Je me suis pas rendu compte de la différence mais les autres oui.
Quand je lis certaines critiques, je pense à ce peintre américain qui disait qu'il y a ceux qui arrivent à peindre, ceux qui parviennent à regarder et ceux qui ne savent ni peindre ni regarder.
Concernant Le Baiser, quand t'écris ça pour quelqu'un qui n'est plus là et que tu lis "paroles à pisser de rire", faut croire que ces gens n'ont pas forcément le temps ou l'envie d'embrasser la personne qu'ils aiment. Donc, c'est pas dramatique.
C'est sûr qu'on n'est pas parfait, on a des défauts, des petits trucs qui clochent, mais on l'assume totalement. On tente d'aller plus loin. Les gens ont le droit de ne pas apprécier ce qu'on fait mais il faut reconnaître qu'on fait des efforts, qu'il y a une grosse évolution avec cet album.
On ne peut pas faire l'unanimité, Dieu soit loué. Mitterand ne fait bien que 53%. Ceci dit, pour provoquer une telle haïne, il doit y avoir un lézard quelque part. Ça nous fait plutôt rigoler qu'autre chose...
-
C'est vrai que t'as essayé de joindre Salinger?
- J'ai essayé d'avoir l'autorisation d'adapter une de ses nouvelles. Je me suis fait passer pour un étudiant auprès de son agent mais rien n'y fit. J'ai appris par après que même Kubrick s'était vu refuser les droits.
Donc on ne peut pas lutter. Quoi qu'il arrive, on ne pourra jamais adapter un de ses livres ou une de ses nouvelles au cinéma ou en chansons avant 50 ans après sa mort et quelque part c'est un phénomène intéressant.
- Indochine : "Le Baiser" (BMG 260 358)