Indochine is magic
FOIRE AUX VINS
Le groupe mythique des années 80 s'est produit pour la troisième fois à la foire aux vins de Colmar, samedi soir. De la formation du début, il ne reste plus que le chanteur.
Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, Indochine fait toujours mouche.
"Quand tu regardes le ciel, la nuit, puisque que je vivrai sur une étoile, puisque je rirai sur l'une d'elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles. Ce sera comme si je t'avais donné au lieu d'étoiles des tas de petits grelots qui savent rire", disait le Petit Prince à l'aviateur, avant de mourir.
Samedi soir, le concert d'Indochine s'est ouvert sur une constellation étoilée brillant de mille feux comme un dialogue lumineux entre Nicola Sirkis et son frère jumeau, guitariste du groupe, disparu en février 1999.
"I can't see you, I can see you again. I can't love you. I can love you", psalmodie le chanteur, plongé dans le noir, sur une mélodie sombre et lancinante. Le public est là pour rattraper dans sa chute l'enfant-quadragénaire.
Une pancarte brandie dans la foule lance son message d'amour : "Nicola is magic".
"Canary Bay"
On pourrait le croire en voyant les 10 000 spectateurs, générations confondues de 15 à 45 ans, se soulever à l'appel d'un groupe que l'on a bel et bien cru mort à jamais.
Presque vingt ans après "Péril jaune", l'engouement tient toujours pour l'icône française de la new wave, surfant sur les eaux de l'innocente adolescence.
Le style Indochine, entre pop baroque et glamrock, séduit encore, à la surprise de certains. Nicola Sirkis est reconnaissant face à ce public fidèle et ne cesse de le remercier d'être là. Les spectateurs scandent, à leur tour, des "merci".
Sur l'écran pour "Manifesto (Les divisions de la joie)", composé par Stéphane peu de temps avant sa mort, Indochine fait brûler le drapeau USA : "On méprisera l'empire américain et on pourra maîtriser notre destin".
Les titres du dernier album "Dancetaria" se mêlent à ceux qui ont bâti le succès du groupe et qu'entonne le public : "Trois nuits par semaine", "Canary Bay", "Tes yeux noirs".
Le troisième sexe
L'univers
n'a pas changé : La poésie baudelairienne de Nicola Sirkis
caresse toujours les mêmes thèmes. Il lance à son public :
"On va vous emmener tout là-haut, dans les nuages. Tout va
bien se passer".
Les yeux s'envolent sur les paysages de montagne projetés sur l'écran pendant que Nicola chante "Atomic Sky".
Indochine, c'est aussi l'ambiguïté masculin/féminin. Nicola, boucles d'oreille, bagues, vernis à ongle violet et jupe cachant un juste au corps annonce la couleur à 23 h : "Je crois qu'il est l'heure : on va vous parler de sexe". Du troisième bien sûr.
On termine par "L'aventurier", avant de lancer un dernier "Message" : "On survivra au grand naufrage, tu aimeras rêver avec moi".
Après deux heures de concert, qui ont suivi la rapide prestation du groupe To Maick too, Indo a terminé à Colmar, sa tournée en France.
Sur l'écran défile, comme au cinéma, un générique. Mais de quel film? "Nous nous sommes tant aimés"?
À 41 ans, le chanteur Nicola a gardé sa voix d'enfant et son look androgyne.
Après Bigard, Indochine est le deuxième à afficher complet pour cette foire aux vins 2000.