Nicola Sirkis, l'aventurier

Indochine version 2000, a fait le plein, hier soir, au théâtre de plein air de Colmar, 10 000 spectateurs dévolus à la figure incarnée de l'éternelle innocence pop.

Y aurait-il un mystère Indochine?

Nicola a-t-il pactisé un soir de pleine lune avec le malin pour pouvoir ensorceler, par-delà les années et les modes, des milliers de fans?

En 20 ans de carrières, dont huit de traversée du désert médiatique, l'un des groupes emblématiques des années 80 continue à cristalliser les résidus d'adolescence réfugiés en chacun de nous.

Écouter Indochine, aujourd'hui, n'a rien de honteux. C'est comme relire le Portrait de Dorian Gray ou René en grignotant une madeleine en regardant tomber la pluie.

Nicola aime les symboles, peut-être pour faire faire la douleur du frère jumeau devenu poussière d'étoiles.

D'ailleurs, la ronde stellaire amorçant le concert, via un maxi écran, avait l'aspect d'une dédicace saluée par les applaudissements du public.

"I can see you, I can't see you", psalmodie le chanteur, paré d'une redingote sombre, compromis vestimentaire idéal entre Baudelaire et Bill Gorgan (chanteur des Smashing Pumpkins).

Tel un narcisse noir, le hiératique leader entonne les premières notes Des divisions de la joie, mais rien à voir avec Joy Division, car après avoir tâté de la "brit-pop" sur l'album Wax, l'aventurier en chef a lustré les compositions de Dancetaria dans le meilleur glam-rock, histoire de vieillir dignement tel Bowie.

Pendant ce temps, les hordes de fans, veilles et nouvelles, continueront à reprendre en choeur les refrains de Trois nuits par semaine ou Canary Bay, comme hier soir.