Indochinement vôtre
Ce n'est pas le départ
du compositeur principal d'Indochine qui allait abattre le moral
de Nicola et Stéphane Sirkis.
Réduit en duo autour des frères Sirkis, Indochine tient toujours le cap.
Après avoir endossé le maillot jaune du rock français délaissé par Téléphone au début des années 80, Indochine s'est toujours targué de construire une carrière de la manière la plus honnête et la plus droite possible.
Ressuscité lors de la tournée à l'occasion de leur dixième anniversaire et par le succès inattendu de leur compilation, Indochine requinqué comme c'est pas permis reprenait du poil de la bête et entendait bien encore apporter quelque chose à l'édifice musical hexagonal.
Surtout que nous n'avions pas tourné depuis quatre ans et qu'on ne savait pas du tout qui allait venir nous voir se souviennent Nicola et Stéphane. Le succès de la compilation nous a sincèrement surpris et nous nous sommes rendus compte qu'il y avait une troisième génération de fans qui arrivait, des jeunes de 15, 16 ans qui avaient 5 ans quand on a commencé, ça donne un coup de fouet.
Un album en public (enregistré à Spa) plus tard, les frangins se retrouvent seuls aux commandes, Dominik ayant choisi de quitter Indochine. On sentait qu'il y avait encore un potentiel poursuit le tandem. On ne voulait pas faire de groupe à deux, nous voulions remonter la richesse d'un groupe.
On a donc gardé notre claviériste de scène et nous avons rencontré Alex Azaria qui aimait beaucoup John Barry, complètement à l'inverse de ce qu'il faisait avec Le Cri de la Mouche.
On a fait deux concerts à Paris avec lui et c'est là que la maison de disques a décidé de nous resigner parce que dès que Dominik est parti, notre firme de disques nous a remis en question. Mais notre nom de groupe a plus de force que le départ d'un des membres.
Nous avons aussi reçu pas mal de lettres de fans et notre envie de continuer était plus forte que tout. Nous nous sommes retrouvés au bout de 15 ans de carrière dans la peau d'un jeune groupe puisque le compositeur était parti, nous étions à deux avec l'acquis de notre histoire et la magie et la spontanéité d'un jeune groupe.
"Wax", le nouvel album d'Indochine, ravira les fans tant le groupe qui continue à se revendiquer comme un pop-groupe balance treize chansons immédiates et efficaces aux sonorités résolument actuelles. Un peu comme la réponse française au déferlement de la vague britpop.
On peut le voir comme ça mais ce n'est pas parce qu'on s'appelle Indochine que cet album a été facile à réaliser, il a nécessité entre un an et demi et deux ans de travail. Je pense qu'Indochine reste effectivement le meilleur témoin de la pop en France.
Les Innocents, c'est plus de la chanson française. Si on chantait en anglais, on serait dans les mêmes bacs que ce qu'on appelle la britpop. On écoute de tout.
Le renouveau de la britpop a fait plaisir à Nicola parce que c'est un peu la suite de la new wave. Les Anglais arrivent toujours à prouver qu'ils peuvent faire du rock original et pas original en même temps.
Il se passe toujours quelque chose. C'est clair qu'ici en Belgique, vous avez compris l'esprit du nouvel album parce que vous êtes plus réceptif à ce qui se passe en Angleterre.
La carrière et l'histoire d'Indochine peuvent-elles se résumer à la dernière chanson de l'album, "Peter Pan", où ils disent : "Nous on ne veut plus grandir / On veut cette éternité" ? J'ai appris beaucoup de choses sur le syndrome Peter Pan qui est un syndrome psychologique chez les gens qui ne veulent pas vieillir.
C'est un clin d'oeil, du second degré, il n'y a pas d'autres explications plus autobiographiques. De toute façon, personne n'a envie de vieillir, il suffit de savoir que ce n'est pas une priorité dans ta vie. Ceci dit, les textes sont un peu à part de la musique. Des films comme celui de Larry Clark "Kids" nous ont assez marqué l'année dernière.
Quant à savoir si le groupe pourrait encore écrire une chanson comme "Le Mépris", Nicola et Stéphane sont catégoriques : ça correspondait au passage d'un jeune groupe à celui de stars inabordables, paraît-il.
Mais lorsque tu deviens star, entre guillements, tu suscites à la fois l'interrogation et le mépris. Nous ne voulions en aucun cas susciter le mépris. Comme "Wax" peut s'écouter à plusieurs degrés de lecture, il n'y a aucune équivoque sur le sujet.