Nicola Sirkis : "Je m'attends à me faire assassiner"

Dans les mauvaises nouvelles, son premier recueil de courts récits, Nicola Sirkis, leader du groupe Indochine, tente de révéler ses talents d'auteur. Interview expertise.

Votre objectif avec ce livre : gagner en épaisseur?

Je ne pense pas que ce soit une preuve d'intelligence suprême d'écrire un livre. Et je n'ai rien à prouver : quand je vois la dictature des radios ou d'une certaine presse, c'est plutôt pathétique. Ne pas appartenir à cette intelligentsia polluée ne me fait pas de peine.

Comment faut-il comprendre le titre de votre compilation de nouvelles (Les mauvaises nouvelles)?

J'ai bien préparé mon terrain. La provocation suscite l'intérêt. Je coupe l'herbe un peu sous le pied de la critique. Vu les énormes préjugés qui existent contre moi, je m'attends à me faire assassiner. Le risque de me faire démolir par un critique, ce n'est pas ce qui m'enrichiera. J'ai été enrichi d'avoir écrit ce livre.

Passer de Bob Morane (premier tube du groupe) à Chef Baker (titre d'une nouvelle de recueil), est-il chose aisée?

Il y a eu seize ans entre les deux. L'Aventurier, c'était du second degré. C'est sûr que Chet Baker et Indochine, c'est pas la même musique, ça n'a rien à voir.

Mais on a eu un peu le même genre de vie : Chet Baker s'est suicidé et certains membres du groupe ont été atteints psychologiquement. On est dans le même créneau, on a un peu la même sensibilité.

Écrivain, c'est une reconversion?

Je n'ai pas l'impression d'avoir changé de métier : je continue à écrire. Des chansons ou des livres, c'est un peu pareil. C'est vrai que si je vis jusqu'à 55 ans, je ne pourrai plus chanter Indochine, je ne serai plus crédible.

Mon objectif c'est de passer le siècle, d'être le seul groupe français de 20-25 ans d'existence qui a encore des gens de 15 ans pour public. D'être un peu, si l'on peut dire, les Stones français.

Dans un des tubes de votre groupe, vous avez écrit : "Et on se prend la main/Et on se prend la main/Un garçon au féminin/Une fille au masculin." Votre commentaire, en tant qu'auteur?

Pourquoi avoir des regrets là-dessus quand, tous les soirs, il y a 2000 personnes qui la reprennent en choeur? Indochine a un son et un univers qui lui sont propres, on ne peut pas dire ça de tout le monde.

C'est vrai qu'on a accepté à tort des invitations télé, comme le Bébête show de Collaro ou Drucker, mais à l'époque c'était un passage incontournable. Après on nous reproche d'être commercial, mais merde, nous on s'est faits tout seuls, on n'a pas eu de stylistes ou de castings. J'assume ça à 150%.

Vos auteurs favoris?

Buzzati, Salinger... Je suis aussi un grand admirateur de Duras, que j'ai pilliée dans mes chansons. Le pire pour quelqu'un qui aime les livres c'est qu'il ne pourra jamais lire tout ce qu'il voudrait. C'est horrible.

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LES MAUVAISES NOUVELLES

Nicola Sirkis (J-C Lattès) 175 p. - 79 F.

À 38 ans, l'auteur-interprète d'Indochine change sa plume d'épaule avec un premier recueil de nouvelles. Et une douzaine de courts récits aux titres très cold-wave (Psychedelic Furs, Viet-Nam Glam...), il aborde avec une naïveté délibérée, mais confondante, les méandres de l'individualité.

Des puces acrobates qui accomplissent des prouesses sexuelles, un écrivain poly-traumatisé bloqué dans un ascenseur, un suicide collectif sur un air de Chet Baker...

Pour son baptême du feu, Sirkis expérimente avec un bonheur inégal l'art difficile de la nouvelle : "L'endroit dégageait une profonde tristesse, mais c'était comme ça", écrit-il avec une maladresse revendiquée.

Pétri de bonnes intentions, Sirkis ne parvient pas à se défaire de l'image de "gentil rebelle" qui lui colle à la peau.