Nicola Sirkis : "Parler de retour, c'est agaçant"
Nicola Sirkis sera
sur scène demain soir, à l'Elispace, devant une salle pleine.
Rien de surprenant. Le groupe a depuis toujours pu compter sur la
fidélité du public.
Vingt ans après le début de l'aventure Indochine, Nicola Sirkis, le chanteur, est toujours là. Le public aussi. Comme demain, à Beauvais. Interview.
LE COURRIER PICARD : Vous jouerez demain soir devant une salle pleine. Comment expliquez-vous cette fidélité du public pour votre groupe?
NICOLA SIRKIS : On a d'abord une chance énorme d'avoir ce public. On peut être fier de lui car cela n'a pas toujours été facile d'aimer ce groupe surtout après différents articles. Il est sans doute attaché à la sincérité que l'on dégage malgré les écueils rencontrés par l'aventure Indochine. Ce que j'écris touche aussi probablement les gens.
Le C.P. : Dans les années 90, vous avez pourtant connu, d'une certaine manière, une traversée du désert.
N.S. : Il s'agissait d'une traversée du désert médiatique. Ce n'était pas très grave car on a continué à faire des scènes et à avoir du monde. Quand les gens parlent d'un retour, c'est donc agaçant pour toutes celles et ceux qui nous ont suivis et soutenus. Également pour nous. Aujourd'hui, c'est davantage d'un retour médiatique dont il s'agit.
Le C.P. : Existe-t-il une "Génération Indochine"?
N.S. : Cette expression est uniquement valable au pluriel. Aujourd'hui, il existe plusieurs générations Indochine. On a un public de 40 ans, celui qui nous a connus au début des années 80. Mais à nos concerts, vous voyez aussi des gens de 12, 15, 20, 35 ans...
Le C.P. : "Génération Indochine" au singulier, c'est pourtant le titre d'une compilation que vient de sortir votre ancienne maison de disque...
N.S. : Le problème de cette compilation, c'est qu'elle ne concerne qu'une seule génération. Elle se focalise uniquement sur les années 80. Il y a un côté nostalgique qui n'a rien à voir avec ce que nous faisons sur scène.
Le C.P. : Ce n'est manifestement pas le seul problème car vous avez aussi décidé de saisir la justice suite à la sortie de ce disque.
N.S. : Exact. Nous avons volontairement rendu cette affaire publique car c'est honteux. Aussi bien Dominique, Dimitri et moi que les nouveaux membres du groupe, nous n'avons jamais été consultés sur cette sortie. On ne l'a appris qu'une semaine avant.
Or, c'est interdit par le contrat qui nous lie à eux. Ils sont passés outre. C'est pour cela qu'il y a une action en justice. Mais BMG est une grosse maison allemande qui avance comme un bulldozer.
Résultat : on ne peut plus demander que le disque soit retiré du commerce. Mais l'affaire devrait être jugée le 5 juin. Nous ce que l'on demande, c'est que plus jamais ils n'agissent de la sorte. On a toujours fait nos disques nous-mêmes.
Je me suis senti un peu violé par eux alors qu'ils nous avaient jetés comme des vieilles chaussettes il y a quatre ans. C'est, ni plus ni moins, de l'opportunisme commercial. Moi, j'essaye d'être sincère et intègre. C'est pour toutes ces raisons que ça ne passe pas.
Le C.P. : Passons alors à autre chose. Quelle différence y a-t-il entre Indochine du début des années 80 et Indochine aujourd'hui.
N.S. : Fort heureusement une évolution musicale. Quand j'arrive sur scène en 1981, je sais à peine chanter. C'était que de l'énergie punk. Je pense en fait que l'on a toujours collé à l'actualité musicale tout en continuant à faire de la pop.
Et cycliquement, la pop revient tous les cinq ans. Les gens qui viennent nous voir maintenant aiment Placebo, Garbage...
Le C.P. : Dans dix ans, vous vous voyez encore sur scène?
N.S. : Je ne peux absolument pas vous le dire. Il y a dix ans, je ne vous aurais peut-être pas dit que je me verrais chanter à 40 ans. Or je suis toujours là et je prends toujours autant de plaisir à être sur scène. J'espère seulement qu'à 50 ans, j'aurais la même force qu'en ce moment.
Aujourd'hui, je me sens encore crédible. Chanter "Trois nuits par semaine" ou "Troisième sexe" en robe, ça ne me gêne pas. J'espère seulement que plus tard, j'aurais un jour le déclic de me dire que là, ça commence à sentir un peu le roussi.
Le C.P. : Présentez-nous en quelques mots votre dernier album Dancetaria.
N.S. : Pop, gothic et glam. Pop pour continuer à faire du rock et faire danser les gens. Glam pour le côté un peu pervers des textes et des instruments. Et enfin gothic pour le côté hypnotique et climatique de la musique comme cette vague new-wave qui nous a portés au début. Pour résumer : un romantisme poétique pop.
Indochine, en concert le 29 avril, à 20 h 30, à l'Elispace de Beauvais. Prix des places : 145 F. Album Dancetaria (Double T Music).