Indochine : La maturité absolue

Le groupe français nº1. Un nouvel album, un nouveau virage dans leur évolution musicale, un nouveau langage aussi. Bref, il était nécessaire d'en savoir plus sur ce groupe qui fait parler de lui jusqu'au Pérou.

Face A : Tout d'abord, j'aimerais connaître les conditions dans lequelles vous avez enregistré votre album, où vous l'avez enregistré?

Indochine : Quand on est parti pour faire le choix des titres de notre album, on sortait d'une période où l'on avait vendu 700 000 albums du nº3, et où l'on avait fait beaucoup de télés.

On a arrêté en janvier toute la promotion, en se disant que jusqu'à présent, tout avait bien marché, mais qu'il nous manquait un album mieux produit. On faisait les albums trop vite.

On est donc parti à Miraval dans le sud de la France dans un studio aux bonnes qualités techniques et surtout, qui est le seul à avoir une vue sur la campagne. On a poursuivi, à Montserrat dans les Caraïbes.

Au niveau du lieu, c'était super, et au niveau de la technique, c'est un des meilleurs studios au monde qui a été conçu par le producteur des Beatles, Georges Martin. On a terminé de juin à juillet à Londres, Donc, 4 mois ½ en tout pour réaliser cet album.

F.A. : Donc c'est la première fois que vous passez autant de temps?

I. : Oui, le dernier, l'album 3, nous l'avions réalisé en 1 mois ½. C'est la première fois que l'on a les moyens de faire un disque achevé.

F.A. : Comment situez-vous cet album par rapport aux autres, d'une façon purement artistique, au niveau des compositions?

I. : C'est plus fouillé. C'était facile de refaire de l'Indochine 3. Je pense qu'avec cet album, il y avait des gens qui n'aimaient pas Indochine et, qui vont aimer maintenant, et peut-être, vice-versa.

F.A. : Vous avez pris un virage?

I. : Oui, c'est ça. On a pris un risque. Disons qu'Indochine a explosé en 4 ans, que l'on n'avait rien à se prouver. On n'avait pas trop le temps de s'interroger. On a donc fait un album plus profond que les autres, où l'on dit plus de choses qu'avant.

F.A. : C'est vrai qu'en écoutant le disque, on trouve que c'est plus critique.

I. : C'est ça, disons qu'il y a une entité dans l'album maintenant. C'est vraiment un concept d'album.

F.A. : Vous rentrez dans le style de groupes un peu plus engagés?

I. : Oui, c'est ça. Il y a des choses à dire et à faire. Ça ne sert à rien de rester dans sa tour d'ivoire et se regarder le nombril. On est tous contre l'injustice, on défend des causes comme SOS Racisme, mais sans tire la couverture.

F.A. : Vos textes sont en effet plus engagés, plus sérieux.

I. : Plus sérieux, car les temps sont sérieux. On ne revendique pas de faire des slogans. Je dirais plutôt que c'est plus surréaliste. Par exemple, les Tzars, c'est pas sérieux, au contraire, c'est une façon loufoque de parler de l'abus du pouvoir.

Il ne faut surtout pas se prendre au sérieux, on n'est qu'un groupe de rock, il faut rester à sa place.

F.A. : Mais c'est évident qu'avec le nombre de disques que vous vendez, ce que vous dites peut avoir des conséquences sur les jeunes qui prennent conscience de certains problèmes.

I. : Absolument. C'est vrai que notre dernier album est situé entre l'amour et la révolte. On écrit des albums comme on écrit des films. Le premier était basé sur le phénomène de la peinture, le second était plus un album d'images et un point d'échappatoire face à l'exotisme, le 3e parlait de l'intolérance.

F.A. : Comment arrive-t-on à se décider sur 9 titres, pour choisir quel sera le premier?

I. : Pour celui-là, cela s'est passé d'une façon un peu bizarre. C'est la première chanson qui a été mixée, et comme il fallait rapidement sortir un 45 tours, c'est "Les Tzars" qui a été choisie.

Il y avait une innovation dans le texte, c'est un peu plus agressif que d'habitude. Mais ce n'est pas notre titre préféré.

F.A. : À l'étranger, quand on parle de groupes français, on pense à Indochine. L'image que vous avez, pensez-vous qu'elle soit intemporelle, ou au contraire, qu'elle évolue en même temps que votre musique?

I. : Elle évolue obligatoirement en fonction de notre musique. Ce serait grave si elle stagnait. On va essayer d'évoluer à chaque fois.

F.A. : Au niveau de votre public, vous pensez que vous aller toucher la jeunesse qui commence à acheter des disques?

I. : On a remarqué en concerts, que plus on faisait d'albums, plus le public rajeunissait. Mais on a remarqué aussi que les plus de 30 ans qui nous aimaient pas avant, commencent à s'intéresser à nous. Ça va en s'élargissant.

F.A. : Est-ce que vous avez le projet de travailler pour d'autres artistes?

I. : Disons que ça nous intéresserait indépendamment les uns des autres, mais que pour Indochine, nous aimons faire les choses très bien, et que ça prend forcément du temps. Nous sommes ouverts à tout.

Indochine représente 4 personnes, mais s'il y en a un de nous qui veut faire une chose séparément, par exemple, tourner un film, ça ne pose pas de problèmes. Mais là, du fait qu'il y a une sortie internationale, nous allons partir 6 mois en tournée et ça nous prend tout notre temps.

F.A. : Justement, c'est la première fois que vous avez des sorties autres qu'en Europe?

I. : Oui, il sort dans 27 pays, dont entre autres, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, la Suède, l'Allemagne, la Yougoslavie, la Grèce, le Japon, Israël, Hong-Kong...

F.A. : Tout ça, en version française.

I. : Oui.

F.A. : Comment va se passer la tournée, quand et où?

I. : Elle commence en janvier et se termine en juin. Elle débute au Pérou le 15 janvier. On a quelques dates début février en France. Après, c'est la Belgique, on revient à Paris et on s'installe au Palais des Sports du 16 au 28 février, et après c'est la province pour 20 dates.

Ensuite, jusqu'en juin, la tournée mondiale. C'est la première fois que l'on va avoir une structure de groupe anglo-saxon au niveau du son, de l'équipe technique et de l'éclairage. C'est un gros show qui se prépare.

F.A. : C'est aussi ce qui marque l'évolution d'Indochine?

I. : Oui, parce qu'en fait, on était meilleurs jusqu'à présent au niveau du studio que de la scène. Je pense que les gens vont être un peu étonnés de la scène.

F.A. : Mis à part tout ça, vous avez une ambition actuellement?

I. : On s'est aperçu qu'avant le rock français s'exportait pas du tout, et que maintenant, il y a Rita Mitsouko, Indochine, et d'autres groupes un peu moins connus. On est plus respecté qu'avant, et on voudrait prouver que l'on peut arriver au niveau de certains groupes étrangers. Ce serait une grande satisfaction.

F.A. : Et en Angleterre, vous êtes perçus comment?

I. : On leur a envoyé le clip, et je crois qu'ils vont sortir le disque en anglais. Disons qu'il y a également une évolution au niveau musical, dans le sens où pour cet album, nous avons pris un batteur et un bassiste. Sur scène, il y en aura également.

F.A. : Dernière question : vous écoutez quoi?

I. : Tout. On a tous des goûts différents. On est ouvert à la qualité. Cela va des Beatles à Michael Jackson et aux Sex Pistols.

En attendant leur tournée et leur passage à Paris au début de l'année 1988, vous pouvez retrouver INDOCHINE lors de leur dernier concert au ZÉNITH - 15 titres- 65 minutes pour moins de 200 F, c'est super!