Dix ans, ça compte énormément
Rencontre et retrouvailles scéniques
avec un Indochine en pleine forme et débordant de projets.
REIMS De notre envoyé spécial
Un Palais des Sports où la buvette sert du champagne (et du bon!), ça n'est pas courant. Mais à Reims, c'est d'une banalité confondante et les petites bulles mettent chacun de bonne humeur dans l'attente de l'événement du jour : le concert d'Indochine.
Après plusieurs années à l'écart des scènes, Nicola, Stéphane et Dominique reviennent pour une série de "Birthday concerts" exceptionnels suivant une compilation qui se vend comme des petits pains.
Aucun groupe n'a tenu aussi longtemps en France, explique un Nicola sous un soleil éclatant. Dix ans d'existence, on avait envie de fêter ça. Mais alors que les compilations sont devenues un truc purement commercial sur lequel les artistes n'ont jamais prise, l'idée du "Birthday album" est venue de nous. Notre firme de disques y croyait si peu qu'il y a eu rupture de stock dans les dix premiers jours.
DES CONCERTS POUR LE PLAISIR
Pour la scène, c'est encore le trio qui a insisté pour monter une mini-tournée, juste pour le plaisir. Sur scène, on peut voir ce que devient Indochine. Nous jouons un choix de nos anciens titres mais interprétés à notre manière actuelle. Après la tournée de 1988, on a eu besoin de s'arrêter.
On faisait un métier et plus vraiment de la musique. On a eu peur de la routine. J'ai vu le film sur Depeche Mode où le chanteur déclarait après leur 120e concert d'affilée : "J'aurais préféré être caissier dans un Prisunic". Ça m'a fait sérieusement réfléchir et on a décidé de prendre un peu le temps de vivre, de nous occuper de nos familles, etc.
On n'a plus fait de série de concerts depuis quatre ans. Pour nous, c'est passé très vite mais ça fait long pour le public. Ce n'est pas très habile au niveau de notre carrière mais au moins, les gens verront aujourd'hui un groupe qui a vraiment retrouvé l'envie de jouer.
Pour ces concerts, on a retravaillé le répertoire et redécouvert certaines chansons. Par exemple, je n'avais plus du tout de chanter "3e sexe" parce que c'est une chanson liée à une époque et dont on s'est beaucoup servi médiatiquement. Mais finalement, on en a fait une version très rock et cela devient une sorte de clin d'oeil.
Ceci dit, il y a des trucs qu'on ne joue plus mais aussi certains titres qui sont revenus dans le parcours. On reprend par exemple "L'opportuniste" de Dutronc qui figurait sur notre premier disque. En dix ans, on a quand même appris pas mal de choses.
Même son de cloche du côté du toujours discret Dominique. On est né avec la techno et on a longtemps joué avec ça mais pour la scène, c'est un peu stérile. Dès lors, on s'oriente de plus en plus vers l'utilisation d'instruments classiques : basse, batterie, guitares.
Ça permet beaucoup plus de liberté. On peut faire des arrangements différents tous les soirs si ça nous chante. Avec les machines, c'est impossible. Cela devenait la routine.
Retour en force pour les trois Indochinois face à
un public chaleureux qui manifestement ne les a pas oubliés
DES CHANGEMENTS ET DES PROJETS
Une évolution qui n'empêche pas une partie du métier et de la critique de rester sceptique sur les qualités scéniques du trio. On s'est fait démolir pour de très bons concerts et encenser pour des performances médiocres, explique Dominique.
C'est parfois étrange. Aujourd'hui, on essaie d'évoluer et de se faire plaisir. Le reste ne nous importe guère. On est vraiment prêts à prendre des risques.
Et quoi qu'il arrive, le public semble prêt à suivre ces uniques survivants de l'explosion du début des années 80. On a fait partie d'une génération plus que d'un mouvement. C'était l'époque punk avec l'idée que tout le monde pouvait monter sur scène. C'est ce qu'on a fait sans presque savoir jouer. Mais dès le début, on était un peu à part.
C'est peut-être pour cela qu'on est encore là aujourd'hui, sans nous soucier des modes actuelles. On a toujours fait des recherches sur le son et les émotions. Dès le départ, on aimait bien l'idée d'être "hors normes" en mélangeant le rock et les sons exotiques.
On a commencé avec les moyens du bord puis grâce à Philippe Eidel, qui est avec nous depuis le début, on a été de plus en plus loin dans cette voie. Aujourd'hui, on envisage de travailler de manière plus acoustique pour le nouvel album.
Le mot est lâché et fait déjà vibrer les fans. Outre les concerts, Indochine prépare en effet de nouveaux titres. Le nouvel album, on le fera quand on sera prêt. De toute manière, on ne se voyait pas rentrer en studio sans avoir tourné un peu. On n'a plus vraiment de projets à long terme si ce n'est de changer de maison de disques.
En 10 ans, on a changé cinq fois de structures dans la même maison en France. Aujourd'hui, on a affaire à des chefs de produits qui sortent de grandes écoles et viennent t'expliquer que ta pochette n'est pas commerciale pour telle ou telle raison.
Ce sont les mêmes qui prétendaient que la compilation ne marcherait pas. Ils ne raisonnent qu'en termes commerciaux et on ne veut plus devoir se battre continuellement avec ces gens. Ils peuvent se permettre des erreurs mais nous, on n'a qu'une carrière.
Et l'album solo de Nicola dans tout ça? Ça se fait et ça devrait sortir un septembre ou octobre, sur un petit label. J'ai tout fait pour me faire descendre par la critique sur ce coup-là puisque je reprends des titres de Springsteen, Tears For Fears, Patti Smith, David Sylvian, etc. dont certains adaptés en français. Le tout est enregistré avec le batteur de Lloyd Cole, le bassiste de Madness, les Max Valentin et Philippe Eidel.
DES RETROUVAILLES RÉJOUISSANTES À SOUHAIT
Pendant ce temps, Stéphane s'occupe de sa petite famille tout en nourissant aussi quelques projets personnels, tandis que Dominique s'intéresse aux pays scandinaves. J'ai travaillé avec une danoise pour un album qui sortira peut-être un de ces jours. Ces expériences à l'extérieur d'Indochine, ça nous fait évoluer, y compris dans le travail du groupe.
On se rend compte aussi de la complicité qui existe entre nous en travaillant avec d'autres gens. C'est d'ailleurs étonnant comme on retrouve tout de suite nos marques en répétant pour cette série de concerts.
Ce qui n'empêche pas la petite bande de commencer à sentir le stress à l'approche de cette ultime répétition publique. Quelques dizaines de minutes plus tard, les premiers accords du "Baiser" retentissent devant un public très excité. La voix tremble un peu mais le groove lancinant fait son effet.
Avec "3 nuits par semaine", les guitares tenues par Dominique et Stéphane se taillent la part du lion. Philippe Eidel (claviers), Marc Elliard (basse) et Jean-Michel Truong (batterie) complètent la formation. Rassuré par l'accueil de la salle, Nicola se permet quelques mesures d'harmonica avant une superbe version de "La guerre est finie" accompagnée... à l'accordéon.
Cette fois, la partie est gagnée et tout au long des dix-huit titres égrénés ce soir, l'ambiance ne cessera de monter jusqu'à l'envahissement final de la scène par un public déchaîné.
Les nouvelles versions de "Kao Bang", "L'opportuniste", "Des fleurs pour Salinger", "Les Tzars", "Canary Bay", "L'aventurier", "Tes yeux noirs" ou "3e sexe" sont de petites merveilles, nerveuses et réjouissantes, qui en surprendront plus d'un et laissent augurer d'excellentes choses pour l'album à venir. Un concert frais, joyeux et vivant comme on n'en avait plus vu depuis longtemps. Rendez-vous à l'A.B.!
À l'Ancienne Belgique, le samedi 13.