Indochine veut son indépendance
Bruxelles, le
mercredi 10 mai 2000. Comme la veille et l'avant-veille,
Indochine a réservé à son public belge, fidèle entre tous, un
concert intime acoustique, au cours duquel il interprète
notamment des morceaux anciens qu'il n'a jamais joués sur scène.
Dans la salle, des ados qui n'étaient même pas nés quand
"L'aventurier" innondait les ondes semblent mieux connaître
que Nicola Sirkis lui-même les chansons du combo.
Mais lorsque le chanteur, seul rescapé du line-up original, brandit un T-shirt sur lequel on peut lire "BMG baise mon groupe", on se souvient que la formation est actuellement en procès avec son ancienne maison de disques, qui a sorti la compilation "Génération Indochine" sans lui demander son avis. Quelques jours avant sa venue aux Francofolies de Spa, nous avons demandé le sien à Nicola Sirkis...
- Pouvez-vous nous en dire plus sur le procès qui vous oppose à votre ancienne maison de disques, BMG?
- Nous sommes trois, Dominique (Nicolas), Dimitri (Bodianski) et moi, plus l'héritière de Stéphane (sa fille, Lou), à être contre ce projet de compilation qu'ils ont sorti, parce que, pour la première fois, ils ont fait une pochette et publié un disque sans notre accord.
Nous n'avons été consultés ni pour le tracklisting ni pour le slogan, et nous nous sentons violés artistiquement. En plus, ils ont intitulé ce CD "Génération Indochine", ce qui fait un peu trop référence au passé à notre goût.
Donc, même si cette compilation marche, notre but est que BMG ne sorte plus jamais de disque sans nous en avertir au préalable. D'autant qu'ils auraient pu rééditer la compil qui existait déjà, "Unita".
Et puis, ces gens nous ont jetés à coups de savate il y a quatre ans et maintenant, parce que ça fonctionne, ils viennent faire de l'argent sur notre dos! Je ne suis pas d'accord.
- Cela doit d'autant plus vous hérisser que BMG France avait très mal assuré la promotion de votre album "Wax" (1996) et qu'aujourd'hui, cette firme en extrait sans vergogne deux titres, "Drugstar" et "Satellite", pour les mettre sur "Génération Indochine"!
- Absolument! C'est de l'opportunisme commercial. De toute façon, ça ne leur coûte pas cher de faire une compilation, mais trois ("Le Birthday Album", en 1991, "Unita", en 1996, et "Génération Indochine", en 2000) en dix ans, je trouve que ça fait beaucoup.
Ce qui est incroyable, c'est qu'ils demandaient notre autorisation à chaque fois qu'ils voulaient sortir un extrait d'Indochine sur une compilation des années '80, et là, ils n'ont rien demandé!
L'album "Indo Live" ne les intéressait pas. Il a cartonné (300.000 exemplaires vendus) : tant pis pour eux! En tout cas, on va pas se laisser avoir. Ce qui me dérange également, c'est qu'aujourd'hui, nous ne sommes plus vraiment en mesure de défendre notre dernier album studio, "Dancetaria".
Les gens ne savent plus ce qui se passe et, forcément, ils seront plus tentés d'acheter la compilation s'ils veulent mieux connaître Indochine. D'autant qu'elle a bénéficié d'un marketing énorme. Ça me fait ch... pour l'image du groupe, parce que j'ai l'impression de ne plus pourvoir la contrôler.
- Vous attendiez une décision du tribunal le 5 juin dernier. Qu'en est-il?
- Il a jugé qu'il ne pouvait statuer en urgence sur ce problème et reporte sa décision en septembre 2000, ce qui laisse pour l'instant BMG libre de continuer l'exploitation de la compil.
En ce qui nous concerne, nous poursuivons notre action et, vu le temps gagné par BMG, nous demanderons des dommages et intérêts plus élevés et, surtout, que plus aucun disque du back-catalogue ne sorte sans mon accord et celui de Dimitri, de Dominique et de ou, la fille de Stéphane.
Il est à noter que Dimitri engage de son côté, avec notre soutien, une autre action contre BMG, puisqu'il ne figure pas sur la pochette de la compil et que son droit moral et artistique est bafoué. Donc, cela traîne en longueur, et si les gens de BMG clament haut et fort qu'ils ont gagné le procès, ce n'est pas le cas!
- Il y a quelques mois, votre album solo de 1992, "Dans la lune...", est réapparu dans les bacs des disquaires. Pourquoi l'avez-vous ressorti?
- Ce disque de reprises (le leader d'Indochine y interprète des titres de Patti Smith, de Bruce Springsteen, de Tears For Fears et des Rolling Stones, notamment) est ressorti avec mon accord en février dernier, car il était épuisé depuis huit ans, qu'on le trouvait à prix prohibitif dans les conventions d'amateurs et qu'il y avait une demande énorme.
Par contre, j'avais émis dès le départ le souhait de ne faire ni promotion ni marketing pour sa réédition, mon seul but étant de permettre à certains fans du groupe de se le procurer facilement.
- Ce 21 juillet, vous serez aux Francofolies de Spa. Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous?
- J'ai hâte d'y être. Ça risque d'être explosif, et à mon avis plus chaud que Forest National (où 9.000 fans en délire s'étaient donné rendez-vous le 20 novembre 1999), puisqu'on attend du monde et que, cette fois, je ne serai pas amoindri par une bronchite!
- D'autres projets?
- Nous sommes en tournée jusqu'en décembre, et j'espère faire un nouvel album avant la fin 2001. Pour les vingt ans du groupe, il se passera certainement quelque chose, mais j'ignore encore quoi...
(Indochine sera le vendredi 21 juillet, à 23h, sur la place de l'Hôtel de Ville)