Nicola Sirkis, chanteur et leader d'Indochine
PC Team : on
a vu certains artistes manifester leur crainte face à l'apparition
du MP3. Qu'en pensez-vous?
Nicola Sirkis : on m'a proposé de signer une pétition contre les MP3 mais j'ai refusé. Je ne voulais pas me retrouver avec des gens qui gagnent énormément d'argent et le protègent à ce point.
J'ai même été choqué qu'un groupe comme NTM, qui d'une certaine manière prône l'anarchie totale, adhère à cette pétition. C'est une contradiction difficile à accepter
En même temps, je comprends les problèmes des maisons de disques mais je ne veux pas m'associer à leur combat.
Quand on voit Universal faire un procès à des mômes et leur faire risquer la prison parce qu'ils vendaient des disques trente francs, c'est vraiment moyen. Il ne faut pas oublier qu'Internet et le MP3 permettent aussi à des jeunes groupes de s'exprimer.
PCT : vous ne vous sentez donc pas menacé par ce format?
N.S. : non, je ne suis pas à la tête d'une multinationale. C'est un problème qui angoisse les maisons de disques car l'été actuel du marché est catastrophique. Mais savoir qu'on télécharge des titres d'Indochine sur Internet ne m'empêche pas de dormir.
PCT : utilisez-vous le MP3 comme mode de diffusion sur Internet?
N.S. : oui, depuis plus d'un an, notre site Web propose des MP3. C'est un outil génial qui permet d'écouter des extraits chez soi et évite d'aller faire la queue dans un magasin de disques. Pour notre prochain album, nous l'utiliserons davantage en proposant par exemple pendant l'enregistrement, des morceaux en avant-première.
PCT : l'informatique joue-t-elle un rôle important dans votre vie personnelle ou professionnelle?
N.S. : j'emmène toujours mon portable en voyage; j'utilise le traitement de texte, pour écrire les paroles des chansons, notamment. L'ordinateur intervient dans la conception artistique d'un disque : textes, musique, photos. Je reçois ainsi fréquemment des projets de pochettes par Internet. C'est pratique et nettement plus rapide que Chronopost.
PCT : Indochine a bientôt 20 ans; quel regard portez-vous sur l'évolution de l'utilisation des machines électroniques dans la musique?
N.S. : un regard assez caustique. Nous avons été parmi les premiers à utiliser la technologie des séquenceurs, par exemple. C'était très critiqué à l'époque, alors que maintenant, c'est incontournable.
Depuis deux ans, l'apparition du numérique en studio apporte un gain de temps incroyable. Grâce à elle, on a pu récupérer les morceaux de guitares joués par Stéphane et les caler sur le disque (NDLR : Stéphane, membre du groupe et frère de Nicola, est décédé pendant l'enregistrement de l'album Dancetaria).
PCT : la
technologie intervient-elle également en live?
N.S. : on utilise quelques samples, quelques séquences programmées. C'est une console Midi qui pilote ces échantillons.
Cela évite d'avoir quarante personnes sur scène. Par exemple, grâce à quelques boucles de batterie, la présence d'un seul batteur est nécessaire.
En ce qui concerne le son et les lumières, les techniciens ont leur propre système informatique. Tout cela n'empêche pas de faire du vrai live ou même de l'acoustique.
PCT : quels sont les projets d'Indochine?
N.S. : nous continuons de défendre Dancetaria en tournée jusqu'en septembre avec quelques concerts acoustiques à la fin de l'année. Un DVD live devrait également sortir à cette époque, puis un nouvel album verra le jour courant 2001 et nous repartirons sur la route pour fêter les vingt ans du groupe.