Le 13 novembre : Les neufs vies d'Indochine

Sincère et humble, Nicola Sirkis incarne avec Indochine la seule alternative pop à la vague anglo-saxone. La noirceur romantique et l'androgynie en plus.

LE phénoménal succès d'Indo Live (plus de 200.000 doubles CD vendus depuis sa sortie à la rentrée 97), et du Wax Tour dont il était tiré (33 concerts devant plus de 70.000 spectateurs) fait d'Indochine, icône new wave des années 80, un véritable paradoxe.

Snobé par la majorité des médias parisiens, le groupe rencontre, en effet, toujours le même succès et renouvellle sans cesse son public, sans doute grâce à la qualité de la relation avec ses fans, sa sincérité, son modernisme pop et sa grande qualité musicale, longtemps intuitive et désormais mature, parfaitement éclose.

"Dancetaria", 12 titres frais et noirs, enthousiastes et romantiques, montre toujours son squelette cold-wave, habillé de lambeaux fort contemporains, guitares en avant et machines raffinées. Foin du minimalisme, mais autant de sincérité dans le propos. Et dans le fond, l'ombre de Stéphane, emporté ailleurs au tout début des sessions de studio.

Quelques jours avant la Maison des Sports, Nicolas Sirkis parle d'Indochine, à l'aube du XXIe siècle. Une plûme brillante jamais ternie de prétention...

INFO. - Les médias sont unanimes à saluer la haute tenue de "Dancetaria", le succès de la tournée, et annoncent ainsi le grand retour d'Indochine. Fierté ou revanche?

NICOLA SIRKIS. - Certainement pas revanchard! Juste la fierté de voir notre travail apprécié, en toute humilité. Quant au retour tant annoncé, nos fans seraient sans doute surpris de l'apprendre, eux qui nous suivent partout depuis le début. C'est vrai qu'Indochine a rencontré quelques problèmes en France où les modes ont la vie dure.

Ignoré ici, l'album "Wax" a bien marché en Belgique, au Canada, même en Angleterre ou en Scandinavie. Les premières ventes de "Dancetaria" sont une belle récompense, voilà tout. Mais surtout, c'est l'amour du public qui nous touche le plus...

I. - Vous avez rejoint Double T Music, une structure moins importante que les majors habituels. Le retour à l'indé?

N. S. - Même si nous sommes toujours en relation avec de grosses structures, pour la distribution par exemple, on aime bien notre indépendance. Les gens de Double T font un travail impeccable avec tous leurs groupes. Beaucoup de liberté, une grande ouverture. Parfait...

I. - "Dancetaria" est né aux studios ICP de Bruxelles, enregistré par Phil Delire (Noir Désir, Bashung, Tanger) et mixé par Gareth Jones (Garbage, Einsturzende Neubauten, Nick Cave). Voilà qui marque du plus beau sceau la maturation d'Indochine...

N. S. - N'oubliez pas Jean-Pierre Pilot, aux claviers, pillier essentiel du groupe, et Olivier, un de nos fans propulsé à la programmation. Quant à Phil et Gareth, ils ont évidemment apporté une énorme expérience, des conseils remarquables, et surtout leur soutien affectif...

Bien sûr, le son a changé. J'évolue, je grandis. Prévu tout d'abord sur le mix, Gareth Jones est venu nous voir sur scène, et c'est là qu'il a décidé de s'investir autant dans la conception de cet album. J'en suis ravi.

C'est le son d'Indo, même plus produit, même contemporain. Il y a toujours cette sincérité et cette spontanéité qu'on ne voulait surtout pas étoffer sous la prod.

I. - Vous avez exploré les rapports ambigus entre mort et amour, perversion et normalité tout au long de vos textes mais aussi dans un recueil, "Les mauvaises nouvelles". Où l'on reparle de "Justine" d'ailleurs?

N. S. - "Justine" a marqué de nombreuses personnes de mon entourage. L'écriture de nouvelles m'a énormément forcé à travailler la justesse, l'émotion, la beauté de la violence. J'ai toujours cultivé l'ambigü, l'attirance des perversions. "Justine" est aussi bien à sa place dans le recueil que sur l'album. Violent, mais aussi esthétique...

I. - Entre glam et gothic?

N. S. - Exactement. Je suis un enfant de Bowie moi, glam, pop, gothique, le rock doit être tout ça à la fois, doit déranger et provoquer les mouvements d'avant-garde.

I. - D'où la grande admiration qu'éprouve Brian Molko pour Indochine?

N. S. - C'est très réciproque! Placebo cultive tout ça avec une classe inouïe, mais aussi Garbage et bien d'autres. Le rock est bien loin de mourir. À chaque fois, un groupe aux recettes apparemment éprouvées émerge du lot, c'est comme ça.

I. - L'Angleterre aurait-elle reconnu avant tout le monde la seule alternative française, d'abord à Cure et Siouxie, ensuite à la brit-pop?

N. S. - C'est vous qui le dites, mais après tout pourquoi pas... C'était sans doute vrai au début des années 80, maintenant seul l'avenir de "Dancetaria" nous le révèlera. En tout cas, on va le défendre sur scène avec énormément de plaisir et d'envie. Générosité et enthousiasme, voilà l'essentiel.

I. - Que dire aux jeunes Clermontois qui pensent qu'Indochine est un tout nouveau groupe?

N. S. - Dire qu'en 2001, nous fêterons 20 ans de carrière et trois générations de fans. Dire aussi que les 2h30 de spectacle valent le déplacement. Et les filles de Subway en première partie, c'est quand même quelque chose, non?