Indochine : le septennat

INDOCHINE MACHINE...

- Nous avons un côté New Rose chez BMG. Nous ne sommes pas alternatifs, car distribués par une multinationale, mais nous sommes autonomes dans cette maison de disques. Nous ne manquons pas de leur faire savoir : nous avons vingt-trois sous-éditeurs et avons ainsi directement négocié le contrat avec le Pérou.

Les maisons de disques sont avant tout des vendeurs de yaourt, sans réel talent artistique. Elles ne parlent qu'en langage de hits, ce n'est pas notre préoccupation. Elles ne cherchent qu'à savoir combien de temps elles pourront vivre avec un album, nous faisons donc dans la diplomatie avec l'hypocrisie.

OÙ SONT LES FANS?

- À dix ans, je trouvais tout ce côté fan un peu stupide, explique Nicola. Il était un peu passé après l'époque de Claude François mais a ressurgi avec la New Wave et les groupes comme Depeche Mode ou Cure : pour nous, cela a vraiment démarré avec "3".

Mais dès nos premiers concerts avec Taxi Girl, des fans venaient nous voir. Il se passait quelque chose. Ce que nous représentons pour ceux qui nous suivent? Je ne sais pas. Je sais que cela fait partie de la mythologie du rock, des stars... Je constate que c'est passionnel...

C'EST LE PÉROU!

- Nous avons sans doute pris des risques énormes, en nous rendant-là, mais le jeu en valait la chandelle. Le choc a été terrible et tout nous paraît un peu désuet maintenant. Ces deux semaines ont certainement été plus fortes que toute la tournée française.

Cela nous a beaucoup fait réfléchir sur notre avenir. Ce genre de tournée nous apporte bien plus à tous les niveaux que d'aller jouer devant des Français en playback dans un club branché new-yorkais (suivez mon regard! NDR). Nous avons prouvé qu'il était possible de tourner au Pérou, nous y retournerons.

L'ARGENT

- Nous sommes des garçons comme les autres. Pas des rock-stars. Ce terme n'est d'ailleurs complètement dépassé. Nous ne gaspillons pas notre argent, nous le réinvestissons. Nous sommes contre la pause artificielle qui empêche d'avancer...

GAINSBOURG CLIPPE LES YEUX NOIRS

- Nous avions eu l'idée de ce clip, nous l'avons donc défendu à sa sortie. Aujourd'hui, nous comprenons ceux qui l'ont critiqué. Nous voulions prendre un réalisateur pour clore avec un vrai clip, ce que nous n'avions jamais fait, cette période "3".

Nous voulions le Gainsbourg de l'émotion. Or, l'émotion du clip n'était en rien celle de la chanson. Nous nous sommes trompés. Ce n'était pas le bon jour, mais nous continuons à respecter Gainsbourg en tant que compositeur. Simplement, nous n'aurions pas dû montrer ce clip.

7 ans déjà pour Indochine et la question s'impose, le public renouvellera-t-il le septennat? À en croire Marc Thirion, journaliste, auteur du livre paru chez Carrière-Kian, il n'y a aucun souci à se faire en ce qui concerne l'avenir musical du groupe.

Fidèle dès les débuts Indochinois, Marc Thirion n'a pas cessé au fil des années de surveiller les moindres pas de Nicola, Stéphane, Dominik et Dimitri. Pour le plus grand plaisir des fans et des autres, il fait le bilan des sept ans d'Indochine, en prenant soin de l'illustrer de propos inédits.

Tout, tout, tout vous saurez tout sur Indochine et pour vous mettre l'eau à la bouche de ce livre indispensable à tout amateur de rock français, voici quelques extraits de la préface sur... Indochine, bien sûr!

"Cette année, il n'était pas facile d'aimer Indochine. Nous avions une partie de la presse contre nous, des journalistes ont affirmé que nous étions finis simplement parce que nous avons vendu trois cent mille exemplaires de 7000 Danses et non un million! Mais qui vend aujourd'hui trois cent mille albums en France?

En fait, plus unis que jamais, nous allons maintenant préparer un cinquième album qui devrait sortir au printemps 89, ou un peu plus tard selon notre inspiration. On a prétendu qu'Indochine était sur le point de se séparer, nous répondons sans haïne et sans mépris que le groupe n'a traversé et ne traverse aucune crise.

Simplement, nous avons besoin d'un break. Maintenant, le public va vieillir avec nous. Chaque disque colle à sa génération. Nous sommes assez fiers de toutes les époques. Si l'Aventurier sortirait aujourd'hui, il serait mieux joué mais certainement moins frais et moins spontané : il est toujours difficile d'analyser de l'intérieur.

Nous faisons notre musique. Nous ne savons pas si nous aurions été fans du groupe en tant que public. Une chose est sûre, nous aurions acheté le premier album et les singles. Les albums qui marqueront seront certainement le premier, le troisième et le cinquième, que nous ferons plus vite. Avec 7000 Danses, nous voulions un album-produit qui sonne international.

Il était normal à notre stade de vouloir se payer une grosse production. Cet album n'a pas explosé mais a touché un public fidèle qui nous a suivis. Nous étions en mutation de public. Le prochain album devrait attirer une palette plus large. Sera-t-on crédible dans deux ans? C'est la question qui peut se poser. Ce sera un problème d'évolution.

C'est pour cela que nous ne voulons rien programmer après ce cinquième album. Nous vivons au jour le jour. Nous ne ferons jamais de disques comme certains groupes, sans nous voir, sans nous parler. Après dix ans, nous aurons encore des choses à dire. Indochine est constitué de quatre personnalités qui ne disparaîtront pas après la fin du groupe. Nous resterons évidemment dans la musique.

Il y a une renaissance possible dans des domaines très divers. Indochine nous aura de toute façon apporté l'expérience qui nous servira à affronter la vie future et le futur d'Indochine. Ce sera peut-être dur pour le public mais aussi pour nous.

Pour l'instant nous avons encore des choses à dire et nous avons besoin de la scène comme d'une drogue. Même si la célébrité est un grand danger pour le cerveau. Nous n'en avons pas envie "All the life"! Parfois le succès nous affole encore, et nous rêvons d'anonymat. En attendant nous allons tout faire sur le cinquième album pour qu'il soit le meilleur d'Indochine."

ROCK OR NOT ROCK?

- Le concept de rock français sonne faux, il est beaucoup plus important de parler de rock en France. Il faut réunir les gens malgré leurs différences pour un cross-over des ghettos et des barrières musicales.

On se fout pas mal de savoir si nous sommes rock ou pas. Le rock est une appellation rythmique. Nous n'aimons pas les étiquettes. Dans les années soixante, le mot pop était lié à la mélodie mais aujourd'hui on peut faire de la pop rien qu'avec des sons.

LE TRAVAIL C'EST LA SANTÉ!

- Nous ne sommes pas les plus doués sur la place, en revanche notre succès tient assurément, en partie, au fait que nous travaillons beaucoup. Le studio est pour nous le laboratoire de la musique.

INDOCHINE EN LETTRES CAPITALES

- Quand nous avons apporté notre première cassette chez Pathé, ce fut un choc. Ils avaient peur des représailles. Nous, on voulait simplement s'échapper du quotidien et sortir du côté politique du rock en France.

Il est vrai que ce nom a une connotation politique guerrière, mais la mise au point s'est faite d'elle-même, en chanson, avec L'Opportuniste. Nous ne serons plus jamais un groupe politique au message spécifique, fanatique. Nous ne voulions appartenir à personne et voulons être libres de nos choix, c'est ce qui prime pour nous...

Aujourd'hui, pour toute une génération de petits Français, Indochine est avant tout un groupe de rock et, s'il y a dix, quinze ans un tel nom aurait fait scandale, aujourd'hui la connotation politique guerrière est presque effacée, sauf sans doute dans la tête de quelques anciens combattants, et elle a laissé place au fun, au rock, aux histoires sous forme de contes, à l'aventure, à l'imagination, à la création.

INDOCHINE MONTE SUR SCÈNE

- La scène c'est aujourd'hui soixante-dix pour cent d'Indochine, avoue même Nicola. Nous avons toujours tenté des challenges. Que ce soit au Rose Bonbon, où nous étions totalement insouciants, au Palace ou à l'Olympia.

Depuis notre Zénith 86, nous sommes conscients de la nécessité d'un show. Nous avons compris qu'un public nous attendait. Sans lui, Indochine ne serait rien sur scène. À chaque spectacle nous avons voulu évoluer et présenter quelque chose de différent.