Retour d'Indochine
ROCK - Sortie aujourd'hui
du nouvel album "Dancetaria"
Aujourd'hui, Nicola (à gauche) continue sans Stéphane, emporté brutalement par une hépatite en février, alors que débutait l'enregistrement de "Dancetaria".
Le groupe phare des années 80 revient avec un album empreint de romantisme noir. Un hommage de Nicola Sirkis à son frère jumeau Stéphane, décédé en février.
"L'aventurier", "Canary Bay", "3 nuits par semaine"... les tubes d'Indochine ne se comptent plus. Formé en 1981 par les jumeaux Nicola et Stéphane Sirkis, le groupe est rapidement devenu la référence française en new wave.
Malgré de nombreux écueils, la carrière d'Indochine a survécu à toutes les modes. Aujourd'hui, Nicola continue sans Stéphane, emporté brutalement par une hépatite en février, alors que débutait l'enregistrement de "Dancetaria" (Double T Music).
Sa présence est palpable dans cet album romantique et noir, pour lequel il a écrit quatre morceaux. Après une tournée triomphale, Nicola prend un nouveau départ avec les nouveaux membres du groupe. Rencontre.
FRANCE-SOIR. - Une telle longévité, c'est rare!
NICOLA SIRKIS. - Dans le rock, ça n'est pas donné à tout le monde! On doit être à la troisième génération de fans. Et on ne peut pas nous taxer de revival, parce que l'on a toujours existé. C'est pas Modern Talking, ou Eurythmics qui se réforment.
Le plus intéressant c'est de voir cette nouvelle vague de personnes qui découvre notre musique. On se rend compte qu'Indochine a vraiment une force au niveau de son climat, de l'aura qu'il dégage.
Tournée
F.-S. - Vous avez changé de style musical pour attirer ce public?
N.S. - Pas du tout. Quand on sait que la source d'inspiration de la techno c'est la new wave, que l'on est assaillis de demandes de sample de nos anciennes chansons... on n'a pas à s'adapter! Depuis nos débuts, évidemment, on a évolué. Les gens qui ont écouté "Dancetaria" pensent que c'est un album clé dans notre carrière.
En fait, c'est de la pop, c'est à dire du rock qui fait danser les gens. Mais on y ajoute nos inspirations comme le glam, ce rock un petit peu sensuel et pervers, puis le côté un peu gothique, hypnotique de la new wave que l'on a toujours aimé.
Par rapport à ce qui s'est passé, c'est pour moi l'album le plus important du groupe et à la fois celui que je déteste le plus. Je crois que Stéphane a écrit ses meilleurs morceaux. C'est bouleversant! Heureusement que l'on avait pu enregistrer ses guitares avant son décès.
F.S. - Vous n'avez pas hésité à poursuivre l'enregistrement?
N.S. - Si, j'ai hésité. Pas longtemps, mais j'ai hésité. C'était assez violent. Je me demandais quel intérêt il y avait encore. Je me sentais moins concerné; mais c'est revenu très très vite, ne serait-ce que pour sa mémoire, pour faire reconnaître ses morceaux. La tournée m'a donné un tel sens positif! Que son travail soit reconnu, applaudi par tant de gens, ça m'a remis sur les rails.
F.S. - Le climat de l'album est assez noir...
N.S. - Il n'est ni mélancolique ni nostalgique mais il y a ce romantisme gothique, médiéval, noir. J'aime bien le côté esthétique de la mort, comme les gisants dans les églises gothiques qui ont un visage serein, apaisé. Il faut apprendre à considérer la mort comme une partie de la vie. Quand on est amoureux ou passionné, on n'a pas peur de la mort, pas d'angoisses. C'est ce que montre cet album, qui pour moi est féérique.
F.S. - Vous fêterez vos 20 ans de carrière en 2001?
N.S. - Vingt ans ça se fête, même si les écueils ont été nombreux. Il y aura normalement deux disques. On va réécrire des morceaux, mais pas faire une compilation. Ça sera vraiment de la création, avec un orchestre symphonique. On fera peut-être un concert spécial aussi en mémoire de tous ceux qui sont partis.
F.S. - L'avenir du groupe n'est donc pas remis en question?
N.S. - Le talent et la musique de Stéphane vont vraiment me manquer. Je n'ai pas envie de fouiller dans les bandes laissées. J'ai pas envie de faire parler les morts. Ce sera forcément du nouvel Indochine...
F.S. - Le rêve d'Indochine?
N.S. - Une tournée au Vietnam! Mais l'ambassade de France dit que l'on risque de les froisser avec un nom comme ça. Pourtant, si l'on s'appelle Indochine, ça n'est pas du tout par nostalgie colonialiste... c'est juste parce que je suis un grand fan de Marguerite Duras!
Album Double T Music. Indochine reprend sa tournée à partir du 12 novembre. Le groupe fait 10 dates en province avant de terminer au Zénith de Paris le 17 décembre.