Indochine, 2 décembre au Zénith à Lille

Indochine, le groupe de rock français que la plupart des médias avait passé aux oubliettes, est de passage au Zénith de Lille le 2 décembre et annonce une tournée hivernale "sold out" partout!

À cette occassion, Presto! a rencontré Nicola Sirkis, le chanteur du groupe, qui nous a présenté le huitième album d'Indochine qui fêtera ses vingt années d'existence en 2001.

Indochine a sorti le 24 août son huitième album Dancetaria. Par rapport au précédent Wax (1996), où le son était beaucoup plus "clean" et les chansons plus mélodiques, il me semble que celui-ci est radicalement différent.

Nicola Sirkis : oui! C'était une volonté de notre part, Wax était un album plus accentué sur la "brit pop". Dès le départ, on voulait avoir quelque chose de plus radical, de plus féérique.

Gareeth Jones, qui a mixé l'album, avait écouté Wax et disait qu'il ne voulait pas refaire la même chose. Indochine est quelque chose de très fort sur scène, donc on voulait rendre cet aspect de force sur ce disque là. On était tout d'accord.

Concernant la pochette du disque sorti aussi en LP (une jeune fille boit l'eau d'un robinet de manière assez sensuelle), j'y ai vu deux interprétations. La première est simple et mignonne; l'eau comme source de la vie par contre, la seconde est un peu plus chaude; le symbole sexuel du robinet.

Ça peut être ça! (rires) Toutes les interprétations sont bonnes. La première fois que je l'ai vue, j'ai trouvé la photo très forte au niveau esthétique. Cet album s'est fait avec un équipage de gens professionnels et d'amateurs : les musiciens, les producteurs, les ingénieurs de son.

Et pour la pochette, c'est la première pour Peggy qui m'a apporté la photo. Je l'ai trouvé tellement forte que je lui ai confié toute la pochette, et c'est quelqu'un qui débute donc ce mélange de professionnels et d'amateurs.

Est-ce que la chanson "Justine" peut être interprétée comme la suite de la nouvelle du même nom parue dans ton recueil Les Mauvaises Nouvelles (Lattès, 1998)?

Ça peut être une suite logique, effectivement. On a laissé Justine à neuf ans, et on la retrouve quelques années plus tard dans une situation pas forcément bonne.

Oui, puisque apparemment elle se prostitue.

C'est ça. C'est ce qui m'était venu à l'esprit d'autant que la musique est très poignante.

Dans "Manifesto", tu écris "on méprisera l'empire américain". C'est, je pense, la seule phrase à connotation politique de l'album, alors qu'auparavant, c'est un thème que l'on retrouvait régulièrement dans tes textes.

C'est vrai. Cette chanson, c'est plus un hymne de notre génération. Stéphane tenait à ce que je fasse quelque chose sur l'anti-américanisme car on est plutôt dans cette position là. On est dans un mouvement anti-Mc Do depuis cet été. Moi, j'en suis content.

Les États-Unis n'ont de la démocratie que le nom, et je pense que l'Europe a plus de leçons à donner qu'à recevoir!

Au niveau musical, le blues, le gospel viennent des esclaves noirs, d'un impérialisme notoire, et pas de la population américaine. Donc, cette phrase allait bien dans "Manifesto", car cette chanson est pleine de slogans.

Tu as récemment déclaré que depuis 10 ans, tu n'avais jamais donné autant d'interviews qu'en ce moment. Serait-ce un retour des médias vers Indochine?

Oui! (rires) Car tous les médias en général parlent du retour d'Indochine, c'est faux puisqu'on a toujours existé. Déjà, ce n'est pas sympathique pour le public qui nous a soutenu pendant ces années.

C'est plutôt un retour des médias qui d'un coup se réintéressent à nous parce qu'ils voient qu'un phénomène leur a échappé, à savoir un groupe qui a 18 ans d'existence et qui draine plusieurs générations de gens.

Une nouvelle génération a découvert Indochine mais pas grâce aux radios ni aux télés, donc il y a une sincérité de ce public là qui arrive en masse. Tant mieux, car on parle de cet album, et c'est le plus important.

La première partie de la tournée d'Indochine qui s'est déroulée du 27 mai au 24 juin s'est apparemment très bien passée.

C'était complet partout depuis très longtemps. Au départ, j'avais des difficultés à l'envisager car c'était la première sans Stéphane. En fait, elle m'a servie de thérapie, de voir tous ces gens, ce côté positif.

Il y avait des moments tristes, bouleversants, mais aussi des moments très forts. En plus, c'était la première fois qu'on faisait une tournée avant la sortie d'un album, donc on présentait en exclusivité quelques nouveaux morceaux.

Le public d'Indochine est toujours présent, c'est comme une entité dans l'univers du groupe. Et tu as déclaré à son propos cette phrase très jolie : "Notre public a grandi avec nous. Comme dans les grandes histoires d'amour, on vieillit bien ensemble".

On vieillit bien ensemble! Il y a ceux qui arrivent. Maintenant, j'ai l'impression qu'on vieillit et qu'eux rajeunissent car il y a de plus en plus de personnes jeunes. Ce public va de 15 à 40 ans, ce sont eux aussi qui font la réussite des concerts.

Indochine aurait un public "spécial"?

On a la chance d'avoir un public incroyable où il y a une énergie, une dignité, et surtout une passion forte, une communion incroyable. Très peu de groupes ont un public comme ça. Ce n'est pas une messe, mais ça a cette force là.

Ce qui est fou, c'est qu'il y a une sorte de famille qui convainc les autres. Ça va devenir une grande secte! (rires) Mais je suis ravi. Les nouveaux membres du groupe ressentent ça aussi et travaillent pour, et le groupe a besoin de ça. Je leur donne une place importante, ce n'est pas moi plus des musiciens, c'est un groupe!

Justement, j'ai l'impression que c'est très important pour vous de combattre pour cet album.

Combattre, c'est peut être un peu fort, c'est pas la guerre! (rires) Mais c'est vrai, on se bat. On veut démontrer qu'avec cet album qu'Indochine peut passer le cap de l'an 2000. On a toujours cru en nous, et pour l'instant on a la preuve que ça fonctionne. Il y a encore les 20 ans à fêter, plus un nouvel album en 2002, donc on verra...

Vous trouverez la version intégrale de cet entretien dans Presto! trimestriel n°31 (parution mi-janvier)