Indochine Française

Indochine : "Une génération spontanée"

Le coup du groupe français qui éclate tout d'un coup, on vous l'a déjà fait! C'est vrai que dans l'ardeur de son enthousiasme, le rock critique a souvent crié au "phénomène", alors que, la plupart du temps, les groupes qui flambaient le temps d'une saison n'étaient en fait, hélas, que des coups d'épée dans l'eau.

Cette fois-ci, les preuves sont plus tangibles; on les réclame partout en concert, ils attirent plus de monde que des groupes confirmés, ils passent vraiment sur les radios périphériques et ils vendent des disques. Ils s'appellent Indochine.

- "Le disque, sorti il y a deux mois, s'est déjà vendu à trente-cinq-mille exemplaires. C'est vrai qu'on en est les premiers surpris : on se dit les trucs habituels, qu'on arrive au bon moment, qu'on récupère le public déçu par d'autres groupes, celui qui a acheté Taxi Girl aussi.

On touche surtout tous les publics, aux concerts, on a des skins, des punks et des gamines qui viennent nous demander des autographes avec leurs parents qui les attendent derrière la porte.

Le fait qu'on passe à la radio forge ce public "mixte", qui va de douze à dix-sept ans. Pour cet âge-là, c'est sûr qu'on est plus facile d'accès que les Barracudas ou même que le hard.

On n'est pas intellectuel, on fait du teenage rock mélodique, qui peut toucher aussi bien les rockers que les fans de Plastic Bertrand. Mais si on vend, c'est aussi parce qu'on se bat pour avoir des pubs, etc. Il y a trop de groupes qui se laissent aller un fois qu'ils ont un disque. C'est là, le vrai travail, s'en occuper!"

C'est vrai que la musique d'Indochine est, à elle seule, un argument. Dans un France qui achète par centaine de milliers l'album de Yazoo, le rock mélodico-synthétique d'Indochine correspond au goût du moment. Mais Indochine, heureusement, dépasse le cadre de cette mode fugace, parce qu'il est un vrai groupe de rock, constitué de kids qui sont nés dans le punk.

D'ailleurs, le rêve avoué de Stéphane, le synthé, c'est d'avoir le temps de reformer un combo punk, pour le pied! Indochine met l'énergie et la mélodie à égalité. Et sur scène, souvent, les chansons prennent un tour powerpop de bon aloi.

Ils songent même à incorporer bientôt une véritable section rythmique, pour remplacer la Lynndrum, car cette formation synthétique n'est que le fruit du hasard et de la facilité d'emploi; le groupe est né comme ça, d'une répétition en chambre, il y a un an à peine.

Indochine est véritablement un groupe innocent, une génération spontanée. Du rock, ils en écoutaient pas vraiment, comme tout le monde. Ils n'ont pas de héros, pas d'idoles, jamais de flashes freudiens sur qui que ce soit, pas de rêves de rock stars à réaliser.

C'est venu comme ça, et ça a marché, sinon ils seraient passés à autre chose, des choses qu'ils n'ont pas laissées tomber pour autant : la moto pour Dominique, le stylisme pour Dimitri ou la psycho pour Stéphane.... Cette naïveté touchante est l'exacte négation des clichés ordinaires des kidrockers.

Pourtant, le son de guitare si particulier de Dominique ne doit rien à une science consommée des oeuvres de Duane Eddy ou des Shadows : "Un jour, je suis allé au Gibus, j'ai vu Metal Urbain et je me suis dit que la guitare, ça avait l'air facile, et que je pourrais essayer moi aussi!" Avant que je ne lui explique, Dominique ne savait pas ce que voulait dire "twanging guitar" seulement, comme Obélix, il était tombé dedans quand il était petit!

Et aujourd'hui encore, il avoue écouter Johnny Tunders avec autant de plaisir que Yazoo, Indochine, c'est ça, une désarmante simplicité, une aisance naturelle qui leur donne cet angélisme vainqueur. Comme ils apprennent vite, qu'ils en veulent, qu'ils préparent déjà leurs futurs hits, il y a de fortes chances pour que l'histoire ne s'arrête pas là.

"Quand on se faisait napalmer la gueule à Dien Bien Phu, si on avait su que, vingt ans plus tard, une bande de petits salopards se feraient des tunes avec notre guerre, on leur aurait foutu la pâtée aux citrons!"