Indochine : des aventuriers

Ce jeune groupe au look très actuel nous propose son premier album : "L'aventurier".

Indochine, c'est quatre garçons très branchés par une musique synthétique. En mars 1982, sortait leur premier disque qui fut appuyé par une série de concerts avec Depeche Mode et Taxi Girl.

Ils ont essentiellement travaillé les sons de ce 33 tours qui vient de sortir, un disque sur lequel ils ont su allier la technologie des synthétiseurs aux gimmicks rock. À noter que le groupe Indochine a tout spécialement soigné la pochette de son premier album.

L'Aventurier d'Indochine

Quatre pour un dochine...

Et encore, ce ne fut pas simple. Non pas que le groupe Indochine ait voulu comment compliquer les choses. Loin de là. Ils sont plutôt sympas ces quatre garçons et se prêtent tout à fait volontiers aux à côtés proposés par leur métier, comment voilà : le problème avec eux, c'est qu'il en manquait toujours un pour les réunir au complet.

Au moment où le fameux quatrième arrivait enfin, c'en est un autre qui disparaissait. Et comme il n'était pas question d'en oublier, il fallu bien attendre de les avoir tous devant l'objectif. Tout compte fait, comme tu en es la preuve ici, les choses finirent par s'arranger...

Hourrah, c'est peut-être le groupe français qu'on attend depuis qu'on portait des culottes courtes; pétillant, multicolore, et sans complexe. Et en relief, avec ça. Rencontrez par son truchement Bob Morane et l'infernale Ombre Jaune. Vite!

Ça commence par un tournoiement de lasso dans la poussière, le lasso du héros caracolant sur le rable luisant d'un étalon noir qui n'est bientôt plus qu'un point sur la ligne enflammée de l'horizon. Voilà comment sonne le début de "L'aventurier", le disque en technicolor d'Indochine.

Valable, d'acheter "L'aventurier"; pour deux fois le prix d'un tickson de cinéma, on se paye les grands espaces et la prairie rose, avec en guise de guide le cow-boy hale des cigarettes Marlboro. Vrai.

C'est fou, un peu comme Perrier. C'est beau. Là-dedans, il y a une guitare qui doit être un prototype en chewing-gum, tellement elle sonne Shadows. Et sous le soleil, elle fond, colle, s'étire langoureusement, la coquine, une vraie toile d'araignée. Non, sans blague, Indochine a beaucoup pour plaire.

Cette musique n'est pas bouchée à plat au fond du sillon de vinyl, elle saute aux yeux. Elle gicle. Elle pétille. C'est comme quand on s'attaque à un gros pamplemousse rose, le voisin en prend toujours plein les yeux. Là, c'est le même système.

Si c'est du cinéma; si c'est de la bande dessinée, si c'est de la musique. I don't know. C'est au moins du cinémascope, du Kinopanorama, et en sensurround avec ça.

L'aventurier n'est pas un disque assez kitsch pour faire penser au cinéma en relief, non. On pense plutôt, tant qu'à faire, à ces cartes postales en relief mystérieuses, qu'il faut orienter de diverses façons selon qu'on veut regarder le premier plan ou découvrir le lointain.

Les Stones ont utilisé ce truc à leur époque psychédélique, pour la pochette de "Their Satanic Majesties Request", mais Indochine fait mieux. Indochine joue une musique qui est elle-même en trois dimensions. Une musique hologramique. On n'arrête pas le progrès.

Le sens aigü du slogan

Mais le clou de l'affaire, c'est que "L'aventurier" est un disque drôle. Il y a là-dedans un petit humour tranchant auquel il fera bon prêter le flanc sitôt que l'on voudra se faire découper en fines rondelles, comme une rosette de Lyon.

Hourrah Tintin, Hourrah Milou, Bob Morane, Modesty Blaise, Flash Gordon! Un disque drôle, pas con, et, en relief! Un disque français, coquericault!

Tuffé d'histoires époustouflantes et de commentaires Léonzitronisants, de visions du monde par le petit bout de la lorgnette kaléidoscopique, d'aventures menées tambourbattant urgentes et exaltantes.

Peu de répits dans les rythmiques brutales et cinglantes. Les machines électroniques sont impitoyables, nous le savons. Ici, on pourrait croire à une rencontre fulminante entre Jean-Michel Jarre et les Ramones. "À la prochaine révolution, j'retourne mon pantalon", qu'il menace.

Vraiment ces types auraient dû faire de la pub, ils ont un sens aigu du slogan, de la promesse : on dirait la campagne publicitaire de Myriam qui promettait de se déshabiller à une date donnée pour honorer la fiabilité d'un afficheur devenu célèbre!

En plus, l'album d'Indochine bénéficie d'un très bel emballage, plus beau qu'un paquet de Bonux. Sous cette couverture signée de Marion Bataille sur le ton de la BD agile gît un sacré cadeau. "L'aventurier", disque en trente-trois révolutions un tiers par minute.

Un disque qui décoiffe, tout à la fois pop et dramatique, un disque réussi et achetable. Avec en prime une jolie pin-up exotique sur le rond central, un genre de taxi-firl qui semble rouler ses formes en vous susurrant : "Viens, viens, aie confiance..." comme le serpent dans Le livre de la jungle.

Indochine est formé de Dominique Nicolas aux synthés, guitares et basses, de Nicolas Sirkis aux voix et aux synthés, de Stéphane Sirkis aux sythés et aux sequencers, et de Dimitri Bodianski au saxophone.

Indochine est un groupe à surveiller du haut des miradors peinturlurés.