Indochine : "Cela aurait été plus dur de tout arrêter"

Nicola Sirkis, seul rescapé du groupe originel.

Retour au premier plan d'un groupe prodige qui a traversé de multiples épreuves dans les années quatre-vingt-dix.

Indochine, le groupe français le plus populaire des années quatre-vingt, a subi une forte baisse de tension à partir de 1991.

À la désaffection d'une partie du public et des médias se sont ajoutés les départ de deux membres du groupe et, en février dernier, pendant l'enregistrement de l'album "Dancetaria", la mort de Stéphane Sirkis, co-fondateur d'Indochine avec son frère Nicola. Rencontre avec le seul survivant de ce groupe parisien créé en 1981.

Avec cette nouvelle tournée, Indochine confirme une longévité assez exceptionnelle. Comme l'expliquez-vous?

Nicola Sirkis : Si j'étais présomptueux, je dirais : c'est parce que les morceaux sont bons. Cela dit, il est vrai que notre parcours est un peu atypique. Les membres du groupe ne sont plus les mêmes qu'au début, nous avons subi tous les écueils possibles et imaginables, la disparition de mon frère, la fuite des autres membres du groupe, le boycott des médias par l'indifférence...

Tout cela a constitué un préjudice moral, mais cela a été aussi positif. Notre succès actuel montre en effet que les gens ont aussi besoin de choses qui ne passent pas en radio. Indochine a été un groupe surmédiatisé à une époque. Nous constatons que nous vendons aussi beaucoup de disques en étant sous-médiatisés.

Vous avez 40 ans et un public très adolescent. Comment vivez-vous ce décalage?

Je n'écris pas pour les adolescents, mais d'abord pour moi. On peut dire que je suis un adolescent attardé ou éternel, mais j'assume et je suis flatté qu'un public d'adolescents s'intéresse à moi, ou en tout cas soit touché par mes paroles.

Dans le courrier que je reçois, les gens affirment qu'Indochine les touche en disant des choses qui ne sont pas dites par d'autres. Je suis fan de Rimbaud, de Marguerite Duras, d'oeuvres où il y a une sensualité et une imagerie un peu adolescentes, mais qui sont plus proches du romantisme violent du XIXe siècle que de "OK Magazine" ou de "Jeune et Jolie".

Je suis en train de lire les nouvelles inédites d'Anaïs Nin, elle avait 45 ans quand elle a écrit ces textes d'une jeunesse incroyable.

Mais il est évident aussi qu'Indochine représente encore pour beaucoup de personnes le côté bande dessinée un peu niais et le côté "Isabelle a les yeux bleus" des Inconnus. Alors que nos deux chansons sur Bob Morane, c'était du foutage de gueule des héros que nous proposait le cinéma américain.

Comment faites-vous pour continuer sans votre frère?

Ce qui est difficile, c'est de parler à la première personne. Je n'y arrive pas encore. J'essaie d'avancer, de ne pas regarder en arrière, je sais qu'il y a des gens qui me manquent. Mais Stéphane est présent par le fait qu'on continue, c'est plus beau que triste.

Vous auriez pu avoir envie de passer à autre chose...

J'ai eu envie, et il y a encore des moments où j'ai envie de passer à autre chose, mais il y a aussi des jours où j'ai une force en moi qui a envie de continuer et à être fier de présenter ces morceaux sur scène.

Ce n'est pas la pression du show-business qui me pousse. Mais il ne faut pas se leurrer, quand c'est arrivé (N.D.L.R. : la mort de Stéphane) on était en plein enregistrement, je n'avais pas du tout envie de continuer.

Mais quand j'ai réécouté ces morceaux, je me suis dit : ce sont les plus beaux que Stéphane a jamais écrits, il faut qu'ils existent, ne serait-ce que pour la mémoire et pour sa fille. Il faut comprendre aussi que la mort fait partie de la vie.

C'est Stéphane qui est mort, il faut passer au-delà, cela aurait été plus dur encore de tout arrêter. Pour le moment, l'objectif est de défendre l'album pendant cette tournée qui se terminera à la fin de l'année 2000. Après, on verra. En principe, j'ai re-signé pour trois albums sous le nom d'Indochine."

Ce soir à 20h30 au Transbordeur.