Indochine colonise le rock

Indochine : quatre garçons dans le vent à la conquête du monde et du Top 50.

Depuis février 1982, Indochine rivalise dans les "top" avec les Anglo-Saxons. Enfants de la patrie, ils "abreuvent nos sillons" avec des airs bien de chez nous. Les enfants du rock ont cherché à comprendre. Nous aussi!

Sans jamais accorder une seule concession à la langue de Shakespeare, Nicola et Stéphane Sirkis, Dominik Nicolas et Dimitri Bodianski, quatre petits gars bien de chez nous, font désormais autorité sur les voies royales de la rock-musique.

Dans les méandres de ces trente dernières années, des groupes comme Martin Circus ou Les Chaussettes noires s'agitaient perpétuellement, se séparaient et finissaient par laver "leur linge sale en famille."

Au sein d'Indochine, avec Nicola et Stéphane, frères jumeaux, les choses sont en effet simplifiées. Ainsi, Nicola, Stéphane, Dominik et Dimitri ont choisi un pseudo susceptible de leur permettre d'apercevoir, la tête haute, un jour, le soleil levant briller sur le manche de leur guitare. Désormais, notre péril jaune s'appelle Indochine. Peut-être parce qu'ils sont les seuls à ne pas avoir choisi un patronyme à consonance anglo-saxonne comme Little Bob Story ou Starshouter!

L'invasion de la planète rock commence, en septembre 1981, par un premier concert donné au Rose Bonbon par nos quatre mousquetaires. Fort de l'accueil reçu, le quatuor enregistre L'aventurier, puis c'est la première partie du show Depeche Mode, avant d'être invité, en juin 1982, dans l'émission télévisée L'écho des bananes afin d'y présenter ce premier album aux téléspectateurs.

Le 14 décembre suivant, Indochine organise un concert au Palace avec, en ouverture, une étonnante démonstration de sabres. Déjà, s'y presse un public de fervents. Progressivement, un certain sens de l'exotisme gagne le groupe.

Le "péril jaune" s'exporte bien...

"Il ne faut jamais oublier, précise Nicola, que le rock est une forme d'expression internationale et qu'il s'accommode à tous les folklores. Pourquoi pas le nôtre?" Après un "examen de passage" à l'Olympia en décembre 1983, ils engagent un "5e" membre, le percussionniste Arnaud Devos, dont ils se sont aujourd'hui séparés.

Mais, comme à beaucoup d'autres groupes, le public français ne leur suffit plus. De plus, le quatuor possède de fortes ambitions carriéristes et s'avère rapidement comme le plus représentatif de la musique des années 80.

Le 16 avril 1985 marque une nouvelle étape vers leur évolution internationale. En suède, à Göteborg, Lund et Stockholm, les attend une surprise de taille : assiégés, ils sont contraints de jouer à "guichet fermé", pour cinq concerts absolument délirants.

"On s'est battus pour aller en Suède, on pensait que les gens ne croiraient jmais que nous étions connus là-bas. Beaucoup pensaient que le rock français était inexportable, nous avons voulu démontrer le contraire", affirme Stéphane.

Durant la saison 1987, Indochine a effectué une tournée promotionnelle vers la Chine, puis un long périple par le Canada, le Pérou, le Japon, etc. Même si toutes leurs chansons n'ont pas bénéficié d'aucune traduction et demeurent fidèles à la langue de Molière! "Nous tentons désormais d'assumer une carrière internationale avec notre propre identité française. Nous ne voulons pas être vendus comme une lessive à adapter à un marché..."

Désormais, Le péril jaune (tire de leur 2e album) va déferler sur l'Occident. Bien que très attaché aux "valeurs de la culture française", Indochine enregistre un peu partout autour de la planète, en Hollande (album n°3), en Angleterre et aux Caraïbes pour leur 5e et dernier 30 cm intitulé 7000 danses.

Toutefois, le "rodage" d'Une nouvelle chanson, le tournage d'un clip (on se souvient de clui des Yeux noirs réalisé par Gainsbourg), les répétitions du groupe se tiennent toujours dans les limites de nos frontières, par exemple au studio Vitamine de Gentilly ou encore à Miraval, un complexe d'enregistrement situé dans le sud de la France.

Le 12 octobre dernier sort le dernier album du groupe; parution suivie d'une distribution jamais vue, à destination de plus de vingt pays dont la R.F.A., le Japon, l'Australie et le Canada, pour ne citer que les plus friands de ce nouveau culte.

Indochine serait-il l'ambassadeur de notre patrimoine? "Quoi qu'il arrive, même à l'étranger, nous ne chanterons que dans notre langue...", concluent-ils en choeur.