Indochine : Un état d'esprit

Pendant longtemps, Indochine a eu tout pour plaire, saut, peut-être, sa musique à la carrure un peu étroite. "3" montrait déjà plus de muscles. "7000 Danses" n'a plus peur de rien.

Le charme du passé n'a pas changé, la force du présent laisse espérer un avenir encore moins contestable. C'est clair, Indochine ne peut plus être enfermé dans le succès d'un moment et d'une formule (musique buble-gum pour textes B.D.) auprès d'adolescents idolâtres.

Au départ, les indices n'auraient même pas dû permettre le malentendu. Le premier mini-album contenait déjà une reprise de L'opportuniste de Jacques Dutronc, un morceau qui les suit toujours sur scène, de même d'ailleurs que Dizzidence Politik, quasiment leur première composition, en tout cas leur premier 45 T, qui aurait pu tout aussi bien sortir de la plume de Dutronc.

Ce n'est certes pas la plus mauvaise des références qu'on puisse trouver : Indochine est comme l'enfant naturel de ce Dutronc ferrailleur et ironique. Quand Nicola chante dans Il y a un risque (Le Mépris) : "La vérité est politique, les mensonges sont fantastiques", on n’est pas très loin de On nous cache tout on nous dit rien de Jacques.

Indochine cultive le respect des anciens combattants toujours sur la brèche, ce n’est certes pas le pire défaut. Les aînés leur rendent bien. Gainsbourg toune le clip de Tes yeux noirs, Dutronc, qui ne veut faire aucune T.V. en direct, accepte de vraiment chanter avec eux sur le plateau de La Nouvelle Affiche ce fameux Opportuniste.

Il ne pouvait guère se dérober après tout le bien qu’il avait dit d’eux, allant même jusqu’à leur trouver un titre pour le troisième album : "Indo Trois". Le message n’est pas passé, hélas!

"On se voit toujours un peu. Je suis allé lui apporter le "Zénith" parce qu’il y avait la version live de L’Opportuniste, explique Nicola. Il y a une affinité qui s’est créée, un déclic. Pour Étienne (Daho), c’est passé par l’admiration qu’il avait pour sa femme (Françoise Hardy)."

Les textes de ses anciennes chansons ont vraiment été importants et n’ont pas pris une ride. L’opportuniste est toujours d’actualité. On partage aussi le même état d’esprit vis-à-vis du showbiz : le mépris, parce qu’il y a du mépris à avoir.

C’est vraiment le royaume des cons, beaucoup de gens sans talent qui s’occupent d’affaires qui rapportent. Dizzidence, c’est tout à fait dans l’esprit Dutronc mais son Qui se soucie de nous? n’est pas loin de nos Tzars. Comme Les Citadelles ou le Grand Carnaval s’inscrivent dans le même esprit également."

"À part Dimitri (saxophoniste), on ne cherche pas à se bâtir une discothèque, on n’en a jamais eu, on écoute tout ce qui est disponible. Pour l’instant, c’est le nouveau Dutronc, Tom Waits, The Jesus and Marychain et le dernier Gainsbourg. Lui, il a toujours la bonne idée au bon moment. Mon Légionnaire, c’est très fort. On a aussi failli reprendre son Bonnie & Clyde, pour choisir finalement l’Opportuniste. Quand on le rencontre, on l’aime vraiment. Il est hyper-attachant."

"Sinon, on n’a pas de références. Quand on écrit, on n’a pas besoin d’écouter le dernier Duran Duran ou Depeche Mode. Au Canada, il y a deux ans, on nous appelait les Duran Duran français. Maintenant, on est les U2 français. The Cure marche très bien chez nous donc on est le Cure français. La prochaine fois, on est bon pour Bon Jovi. Halte à tout".

"C’est la même génération mais c’est tout. On a écouté de la musique en 76, on a appris à jouer en 77-78 et on a commencé en 79. Il y a donc une certaine communauté d’esprit. Depeche Mode est socialiste, on l’est aussi. Mais eux sont restés dans leurs sons synthétiques, nous évoluons à chaque fois.

On aurait voulu le batteur de Simple Minds sur "7000 danses" mais il n’était pas disponible, alors on a pris celui de Big Country qui a un peu le même son. De toute façon, ça se limite à la rythmique sur deux ou trois titres. Rock, folk, pop, trucmuche, on ne s’en occupe pas. Indochine fait de l’Indochine."