Indochine : un été triomphant
L'été Indo a balayé de sa mousson musicale les côtes
de France tout au long du mois de juillet. Tournée vacances,
tournée boulot, partout où Indochine s'est rendu, le triomphe l'attendait...
Nos reporters Cécile Tesseyre et Bernard Leloup sont allés
rejoindre le groupe sur l'une des dates de l'été Indo.
"L'été Indo? C'est un peu une grande famille en vacances". Nous sommes au bord de la piscine. Nicola, bronzé, détendu, souriant, passe la main dans ses cheveux et sirote son Perrier-citron.
"Pour la première fois, nous habitons dans les mêmes hôtels que nos techniciens (une quinzaine environ). Un peu des vacances aussi car nous avons pas mal de jours de repos. Et il y a le soleil!
Moins cool
qu'on ne le pensait également. Les concerts sont plein air et il
nous faut donner trois fois plus qu'en temps normal. L'attention
peut être facilement détournée. Mais tout se passe vraiment
bien et le public est très réceptif."
On plante le décor d'un soir : Palais du Pharo à Marseille, vieille bâtisse, face à la mer qui offre une vue superbe. Depuis le début de l'après-midi, des gamines, habillées comme pour le grand soir, violemment fardées, hantent les lieux.
Elles
attendent, plantées devant la scène où les techniciens s'activent
à régler les derniers préparatifs, et guettent l'apparition du
groupe, espérant pouvoir les approcher ou mieux décrocher un
sourire de l'un des Indochinois. En vain.
À l'arrivée d'Indochine pour la balance, elles sont (gentiment) priées de partir. Les seules autorisées étant les petites Norvégiennes, les "copines du groupe", munies du précieux badge "accès-coulisses". Les veinardes!!! Avant le concert, backstage (en fait, l'intérieur des locaux du Palais du Pharo), c'est le calme plat.
Quelques
personnes, des infirmiers de la Croix-Rouge, du personnel de la
tournée, des curieux pistonnés déambulent dans les couloirs.
Les quatre membres d'Indochine se sont retirés dans leur loge.
"Nous essalyons de rester au calme pendant une dizaine de minutes avant chaque concert. Pour nous concentrer, raconte Nicola. Je fais des exercices de respiration et des mouvements de Taï-Chi, une gymnastique chinoise relaxante.
Depuis le Zénith, nous avons un kinésithérapeute qui nous suit en tournée et nous donne des massages tonifiants et soigne les entorses (fréquentes)". Ce soir-là, le groupe aura également besoin des talents du médecin local. Première galère.
Dimitri est malade. Le nez comme une fontaine, il a attrapé le rhume des foins et ne se promène plus sans son petit paquet de médicaments. Avant la balance, il a dû subir la douloureuse expérience de la piqûre (une véritable torture à en juger pas sa tête quand il est revenu).
Tout
nouveau, tout beau... Stéphane fait admirer à notre photographe
Bernard Leloup son "épaule tatoo". De son côté,
Nicola raconte les anecdotes de la tournée à notre reporter Cécile
Tesseyre.
Le contraste est surprenant, les gradins, remplis depuis plus de deux heures, tremblent sensiblement sous les coups de pieds du public.
Et tous ces cris qui réclament "Indochine! Indochine!". Mais ce n'est rien du tout comparé à la frénésie qui s'empare de la salle lorsque le groupe monte enfin sur scène.
J'avais
rarement vu un concert aussi "chaud". Du fond, c'était
un enfer pour arriver à voir la scène tant cela bougeait et
sautait dans tous les sens. Les violentes secousses ont également
donné bien du fil à retordre aux techniciens de l'éclairage.
"On a été obligés de vous faire les lumières au hasard, a raconté l'un d'entre eux plus tard... On n'y voyait rien! Il y avait des flots de têtes qui montaient et descendaient! Oh, il y en a un, on lui a cramé le bout des cheveux avec le faisceau! On avait beau le pousser, il revenait sans cesse dans la lumière. On a fini par le laisser, ça sentait drôlement le roussi!!!".
Finalement, cette heure et demie de concert est aussi épuissante pour le groupe que pour le public. Mais n'est pas Indochine qui veut!
"J'ai frôlé la catastrophe", relate Arnaud, le percussionniste en rentrant à l'hôtel une bonne heure après tout le monde! (on commençait à s'inquiéter sérieusement de sa disparition).

Dimitri, les pieds sans l'eau, Dominik, à la guitare, dans sa chambre d'hôtel, Nicola photographe, trois Indochinois en fausses vacances.
À la sortie du concert, coincé par les fans, il lui a été impossible de monter en voiture. Il rapporte son aventure devant les Indochinois hilares : "Une fille m'a reconnu et a commencé à hurler...
Pour la tromper, j'ai dû me faire passer pour un fan, baisser la tête et crier en frappant de la main sur la voiture : "Nicola! Nicola!" Ça a marché mais c'était dur!".
"Les sorties posent toujours un problème, dit Nicola. On devrait sortir juste à la fin de "Tes yeux noirs" et rentrer à l'hôtel! Mais tout de suite après un concert, on aime bien se retrouver et parler de ce qui allait ou n'allait pas...
Ce soir, c'était particulier, la Mercedes (qui les transporte) est tombée en panne... L'ordinateur qui lâche. Plus de freins, et, derrière nous, le car de police venu nous escorter qui pousse la voiture dans la descente!"
"Depuis le début de la tournée, il se passe sans arrêt des choses, poursuit Nicola. À Nyon, pour un festival suisse, les fans de Nina Hagen (qui partageait l'affiche) nous ont lancé des oeufs". "Je m'en suis pris un sur la tête, dit Dimitri.
C'était dégoûtant, ça dégoulinait partout! Pour protester, je me suis planté à côté de la console du son et n'en ai plus bougé! En retour, Nina Hagen, s'est ramassé plein de crachats. Parce que sur les douze mille fans présents, il devait y en avoir qu'une dizaine pour elle, et tout le reste pour nous!
En Suisse, toujours. Nous étions constamment arrêtés à la frontière... pendant une heure! Notre hôtel était en France et nous devions faire l'aller-retour quatre fois par jour! Quelle perte de temps!" À Monaco aussi, petits problèmes!
"C'est vraiment une ville de vieux! Il n'aiment pas les jeunes, surtout dès qu'ils ont l'air un peu différent! Deux de nos techniciens ont fait des conneries, il y a trois ans. C'est du passé. Les autorités ne les ont pas laissé entrer. Ils étaient jugés "indésirables".

La balance, moment des derniers préparatifs sonores. Stéphane assis sur les sièges encore vidés, regarde le bon déroulement du "sound check".
Côté loisirs, il nous est un peu difficile de sortir des hôtels, les gens viennent sans arrêt nous solliciter pour des autographes, des photos. Ils sont perspicaces.
En Bretagne, j'avais les cheveux tirés en arrière, des lunettes et ils m'ont tout de même reconnu. Le pire, c'était quand même à Juan-les-Ins, les gens n'ont rien d'autre à faire en ce moment, alors c'est un peu normal!
Rançon
de la gloire! Nicola signe à tour de mains les autographes que
ses trois jeunes fans lui réclament.
Mais on ne s'ennuie pas! Dimitri a emporté avec lui un billard portatif, et surtout on plasse nos "day-off" à la piscine à se faire bronzer!". Tous, sauf Dominik, le seul qui ait conservé le tient d'hiver : il occupe ses journées à la musique.
"Tous les matins, je me lève à huit heures et demie, dit-il, je joue un peu de guitare, je me rendors. Après le déjeuner, je joue plus sérieusement." Cet après-midi à Marseille, il ne le passera pas à l'exemple des autres au bord de l'eau à admirer le délicieux spectacle aquatique des sirènes locales, mais partira avec Arnaud faire des séquences pour leur groupe ami Vienna.
"On n'est pas beaucoup sorti, avoue Nicola. Tout de même pris le temps d'aller voir les Simple Minds. On a rencontré Jim Kerr qui a constaté que nous travaillons de la même manière en studio, avec des graphiques.
Je crois qu'après Royan, notre dernière date, nous aurons tous un peu le cafard. Cela sera également la fin de notre tournée en France... Cinquante-deux dates.
Certains des techniciens, on ne les reverra peut-être pas avant deux ans. Mais il y aura le disque "live" en septembre avec tous les noms inscrits sur la pochette... pour le souvenir".