Indochine... Ils habitent toujours chez leurs parents
Les quatre musiciens
du groupe Indochine. De gauche à droite et de haut en bas : Stéphane,
le clavier; Dominique, le compositeur; Dimitri, le saxophoniste,
et Nicolas, le chanteur. À gauche, le groupe autour de la
voiture fétiche de Stéphane : une "Coccinelle".
Leurs spectacles sont devenus de gigantesques boums : Indochine, le plus populaire des groupes français de rock'n roll vient de terminer une tournée triomphale, pendant laquelle il a, à quatre reprises, fait craquer l'immense salle du Zénith, à Paris, sous les applaudissements de 7000 personnes.
Ils n'ont pas vingt-cinq ans et leur public est tout juste sorti de l'enfance. Il est à peine remis de son enthousiasme pour Dorothée ou Chantal Goya. À la question : "Qu'est-ce que l'Indochine?", Nicolas, le chanteur du groupe, assure qu'ils ne connaissent qu'une seule réponse : "Un groupe de musiciens".
Si leur apparition déchaîne les hurlements des filles, les quatre garçons n'ont rien à voir avec les stars décadentes du rock "d'autrefois" : le spectacle terminé, ils rentrent sagement se coucher, surveillent leur alimentation, leur forme physique et leurs heures de sommeil.
Plus fort encore, ils vivent pour la plupart chez leurs parents : Dimitri, le saxo, ayant même tenté une sortie hors du vaisseau familial pour le réintégrer finalement, trouve qu'il faut mieux participer au loyer pour sauvegarder son indépendance, que de se retrouver seul à table.
"Le
conflit des générations, ce n'est pas notre trip : l'engagement,
la politique, c'est démodé. Nous, on veut faire rêver. On s'appelle
Indochine, uniquement parce que c'est une sonorité qui nous plaît.
La provocation, pour nous, s'arrête devant le miroir de la table
de maquillage" dit Stéphane.
S'ils ont fait main basse sur le fond de teint et le fard à paupières, c'est bien la seule extravagance qu'ils se permettent. Ils ne roulent pas en Candillac rose, ne louent pas de suites dans les grands hôtels, ne dorment pas dans le vison et le satin.
Nicolas, est un fan de "Coccinelles" et collectionne les tickets de métro de toutes les grandes villes du monde. Avec ses premiers sous, il s'est acheté un loft dans le XIIIe arrondissement de Paris, qu'il imagine décorer dans le genre "bateau".
Dominique, le compositeur, rêve d'une chaumière en Normandie. La vie idéale, pour ce fan d'électronique qui engloutit la majeure partie de ses "royalties" dans les synthétiseurs, c'est de parcourir la campagne, un recueil de poésies à la main. D'ailleurs, sous la tignasse abondante et bouclée, cet ancien fanatique de moto a des allures de Rimbaud.
Avec Indochine, le rock français innove : c'est sans doute la première fois que des musiciens s'intéressent aux musées des grandes villes où ils donnent des spectacles. Nicolas et Dimitri, qui a fait des études d'Histoire de l'Art, sont des amoureux de Kandinsky et de Francis Bacon.
Ils ont aussi un faible pour l'École hollandaise. Mais l'idée même d'acheter un tableau leur semble incongrue. Comme si c'était un signe extérieur d'embourgeoisement, de racornissement en quelque sorte.
L'âge, ils ne veulent pas y penser, tant ils sont certains que plus on vieillit, plus on perd sa pureté et son enthousiasme. Ils sont certains de s'apercevoir les premiers du moment où ils ne seront plus en parfaite connection avec leur public, mais font tout pour préserver leur "innocence" : c'est leur côté boy-scout avec séjours à la montagne et randonnées en forêt.
Ils ont chacun une fiancée - et toujours la même - ne deviennent pas blême en entendant parler de mariage et pensent même à faire des enfants. Avec les fans qui les suivent depuis la Scandinavie - où ils sont sans doute les seuls représentants de la culture française - ils n'échangent rien d'autre que des baisers pudiques sur les joues.
Les parents qui déposent le public à 20 heures, et l'attendent à la sortie, peuvent dîner tranquilles. Sous la poudre et le rouge à lèvres se cachent des enfants sages.