Indochine : Le retour des Guerriers
Les Indochinomen sont
enfin de retour sur les platines et via les ondes radiophoniques
côté son, on est donc comblés par contre au niveau des images,
il nous faudra patienter!
Le clip arrive en effet tandis que les émissions de télé suivront à la rentrée. Hors des sentiers show biz, à l'ombre des médias en pleurs, le groupe number one des ados avait mis la clé sous le porte histoire de se renouveler : migration vers les voies du silence dans l'optique de renforcer la leur avec un X.
Hibernation volontaire pour cause de haute tension créative et saturation sans doute d'une promo overdosée qui a failli déborder! Ouf, la quarantaine s'achève enfin! Indochine chante, les fans exultent et les journaux respirent! Par temps d'été, les sujets top manquent sérieusement au portillon de l'actualité. Gourmands de sensation musicale, nous n'avions rien de conséquent à nous mettre sous la dent.
Et puis comme par enchantement voici que les nouveaux "Tsars" sont arrivés! Version congrue me direz-vous! Un single ce n'est pas la mer à boire! Oui mais n'était-ce pas l'apéritif rêvé "Walk manisable" à souhait qu'on aurait osé espéré! Nicola, Dominik, Stéphane et Dimitri, Miraval, Montserrat, Londres et Paris (palais des sports).
Les Tzars, plus 10 nouveaux titres à venir. La politique, le studio, le nouveau son, le choix des mots. Pour tout savoir du nouveau visage d'Indochine, plongez vos mirettes dans cet article. Nicola au nom de tous les siens raconte.
GRAFFITI : Le leitmotiv se réduisant à
"Chut on enregistre" et donc "Laissez-nous chanter
en paix"?
INDOCHINE : Tout à fait, d'ailleurs de stopper la machine médiatique, ça n'a pas été une mince affaire. Sans cesse, nous avons été sollicités. Après le Live, et le livre de Jean-Éric Perrin, nous avions décidé de tout arrêter mais "les victimes de la musique" sont venues se greffer sur le planning puis l'émission au profit de la fondation Jean-Luc Lahaye. En novembre, enfin, on a réussi à couper le cordon et nous avons fort bien fait car nous arrivions au bout, presqu'à une saturation.
GRAFFITI : L'objectif number one, c'était de pondre le 4ème, une perspective créatrice que vous avez abordée dans quel état de feeling?
INDOCHINE : Dès le mois de décembre, Dominik et moi, nous nous sommes mis en quarantaine à l'intérieur d'un vieux cinéma réaménagé en studio de répétition. Nous avions besoin de ce caractère confidentiel pour écrire.
Prolifiques, nous l'avons été puisque nous avons élaboré à peu près 20 morceaux. Mais à Miraval, nous n'avons conservé que 11 chansons, c'est là-bas du reste que j'ai terminé les paroles dans un climat des plus austères.
GRAFFITI : Justement le choix de Miraval a remis sur le tapis l'opposition "Cure-Indochine". Des comparaisons qui semblent vous coller à la peau médiatique? Polémique, polémique, n'est-ce pas?
INDOCHINE : La presse brode, c'est dans sa nature. Mais bien entendu, nous n'avons pas choisi Miraval pour copier Cure! Ce serait une idiotie de le penser. En définitive, c'est beaucoup plus simple que cela. Il nous fallait un studio avec une ouverture extérieure et comme Miraval possédait une fenêtre, nous avons opté pour ce studio.
Vois-tu la perspective de passer tout l'hiver, enfermés sans possibilité d'apercevoir le jour, ça nous angoissait. Normal, et puis nous avons déterminé nos dates dès octobre et à l'époque que je sache, personne, encore n'avait eu vent du passage des Cure à Miraval. Qu'on cesse un peu de délirer, sur tout et n'importe quoi! Remarque, après tout, on s'en fiche, car ce genre de propos ne nous concerne pas.
GRAFFITI : Miraval, un lieu perdu dans les Vignobles! Alors avez-vous tous bénéficié d'une réelle tranquilité?
INDOCHINE : Tu plaisantes! On n'a pas cessé d'être
sollicités. La presse locale ne nous a pas lâchés, et tous les
jours, nous recevions des appels de Paris. Certains médias
voulaient même descendre pour prendre le "pouls" de
notre production.
Du reste, on s'est promis un truc; plus jamais, nous enregistrerons en France. Des bons studios, il en existe des tas à l'étranger et au moins, ils ont l'avantage d'être loin de l'hexagone.
GRAFFITI : Deux mois à Miraval, deux mois de travail, mais aussi deux mois de complicité harmonique, m'a-t-on dit?
INDOCHINE : Tout à fait, on ne s'est pas tapés dessus, si c'est celà que tu veux suggérer. Au contraire, cette solitude à quatre sans nos petites amies respectives, a eu le mérite de nous rapprocher les uns des autres.
Jamais auparavant, nous ne nous étions sentis aussi soudés. Cet album, quelque part, c'est notre bébé à part entière et nous en partageons la paternité.
GRAFFITI : En plus des Indochinois à Miraval, quelles étaient les personnalités privilégiées invitées?
INDOCHINE : Il y avait deux ingénieurs du son, Joe Glassman et Joëlle Bauer. Pour cet album, nous n'avions pas envie de retomber sous l'emprise d'un producteur. Nous désirions être le plus près possible de nos envies.
Le défaut avec un producteur, c'est qu'il dénature forcément le son d'origine. Là au moins avec Joe, nous avons évité cet écueil, il s'est plus qu'incorporé au groupe, à la limite, il était le 5ème Indochinois.
GRAFFITI : Les rumeurs ont murmuré que Dominik avait fait office de producteur?
INDOCHINE : Dominik compose, trouve les idées, c'est vrai! Mais tous les membres se sont sentis plus que concernés par l'album. Stéphane a même composé un morceau, tandis que Dimitri lui, a assuré côté Sax.
Non seulement on a pris un réel plaisir à répéter et à jouer ensemble, cet état d'esprit transpirera sur l'album. Je me suis d'ailleurs amusé à filmer quelques épisodes de notre vie là-bas et les premiers rushs ne sont pas tristes.
GRAFFITI : Les gazettes ont annoncé qu'Indochine ouvrirait une nouvelle page de son "Petit livre rouge"! Seriez-vous en pleine révolution culturelle et sonore?
INDOCHINE : Je vais aller plus loin,
certains risquent même de ne pas nous reconnaître! Mais de qui
s'agit-il? Vont-ils penser! J'exagère mais certains morceaux c'est
vrai, cassent avec le son passé. Nous avons privilégié le Live,
l'utilisation des batteries et d'une basse et ce, au détriment
des synthés.
Nous avons même donné dans le créneau exotique avec à la clé des sons inconnus au registre musical. En fait, nous avons fait en sorte d'opter pour le renouveau. Au niveau des mélodies, je dois l'avouer, toute modestie mise à part, je crois que nous avons avancé et quelque part, cet album nous paraît être le plus abouti de toute notre production.
Il n'est pas question pour nous, d'effacer le passé ou pis de le renier mais nos disques précédents ressemblaient à des maquettes. Il nous fallait évoluer sans briser pour autant notre son de la spontanéité, c'est pourquoi en studio, nous avons réalisé plusieurs impro "live" pour ne garder à l'arrivée que celle qui nous paraissait être la plus écoutable.
GRAFFITI : Deux mois dans le Sud de la France puis vous avez mis le cap destination Montserrat! Un break "Soleil-travail"!
INDOCHINE : Oui sur une île paradisiaque, mais pas dans le sens touristique du terme! À Montserrat, nous vivions dans des cabanes et nos voisines de plage étaient des vaches! (Rires). Là-bas, l'univers plus rustique, et dépouillé nous a remis en forme.
Montserrat, ce n'est pas du tout le trip palaces et cartes postales. On s'est très vite intégrés à la population qui nous a du reste bien bien reçus. Après les séances en studio, on passait des nuits à écouter des groupes de reggae.
L'île était paumée, il n'y avait par exemple qu'une seule pompe à essence, une banque et une télé locale sans moyen qui passait des diapos en guise d'informations. Nous avons aussi visité les églises de la région, à Montserrat, les gens sont hyper croyants.
GRAFFITI : Tu signes toujours les textes, une exclusivité que tu tiens à conserver?
INDOCHINE : Pourquoi, tu trouves qu'ils sont mal écrits? (Rires). Oui, effectivement, j'ai signé "encore" les paroles des nouveaux titres et je les ai faits écouter en studio aux autres membres. C'est un peu une coutume qui nous amuse, on joue à se surpasser. D'ailleurs, lorsqu'ils découvrent les textes, très souvent, il leur arrive d'avoir des idées.
GRAFFITI : Et si nous parlions de "Tzars" le tout nouveau single de l'équipée indochinoise?
INDOCHINE : Nous allons le remixer à Londres car à
Montserrat, le temps nous a sérieusement manqué.
GRAFFITI : L'inspiration au niveau du texte semble avoir pris les routes du politique! Seriez-vous devenu un groupe engagé. Indochine, les nouveaux "Protest-singers", un rôle de composition?
INDOCHINE : Disons que j'ai été influencé par tout ce qui s'est passé en France ces dernières années. Il y a c'est sûr, un climat de révolution dans l'air. Je parle du pouvoir, de ses abus, et surtout de ses déviations.
Plusieurs titres de l'album tels que "Il y a un risque... le mépris" ou "Les citadelles qui se réveillent" aborderont aussi tous ces sujets pour le moins polémiques. Mais de là, à clamer qu'Indochine est devenu un groupe engagé, je crois qu'il y a un "gouffre" que nous ne sommes pas prêts de franchir.
GRAFFITI : Tes textes ont acquis une maturité qui va dans le sens de la simplicité?
INDOCHINE : Ce n'est pas un calcul de ma part, ma plume a évolué. Mes mots sont certainement plus durs qu'avant. Mais aussi moins compliqués. Désormais, je ne cherche plus le mot rare, insolite à la limite, j'écris les mots du quotidien et les paroles du dernier album s'en réfèrent davantage à un langage parlé qu'à des phrases poético-BD.
GRAFFITI : Vous risquez de dérouter votre public. Va-t-il vous reconnaître?
INDOCHINE : Notre démarche se situe dans la sincérité et ça je pense que ceux qui nous aiment le comprendront. Nous faisons du "Indochine" car nous sommes "Indochine", mais le groupe n'est pas une structure figée comdamnée à produire du Indochine tel qu'on l'imagine à perpétuité!
GRAFFITI : Vous illuminerez les feux de l'actualité, en même temps que vos collègues politiques, une concurrence déloyale, alors comment vous ferez-vous entendre pour mieux vous faire voir?
INDOCHINE : Nous avons l'idée de
faire recouvrir les affiches électorales par les nôtres. (Rires)
Mais ne t'inquiète pas pour les politiciens, nous n'irons pas
dans leur sens.
GRAFFITI : Et Monsieur Le Pen, dans tout ça, sera-t-il la cible de vos longueurs d'ondes et de vos pointes d'ironie?
INDOCHINE : Le pauvre homme, laissons-le parler, car à mesure qu'il s'exprime, j'ai l'impression qu'il s'enfonce. Le Pen n'est pas crédible! Son discours de raciste primaire ne peut pas toucher les gens susceptibles de réfléchir, seuls ceux qui sont à la recherche du père, peuvent adhérer à ses thèses!
GRAFFITI : Et la cause selon Indochine existera-t-elle publiquement?
INDOCHINE : Il y a le combat pour "SOS racisme" et nous nous voulons totalement impliqués dans le mouvement. Cette année, nous avons raté le grand rendez-vous des potes pour cause de cuisine professionnelle. Mais à chaque fois qu'ils feront appel à nos services, nous essaierons d'être avec eux. Indochine, c'est vrai est devenu un groupe à la mode.
Nous bénéficions par la même occasion d'une aura médiatique, donc nous sommes sollicités sans arrêt. Mais il n'est pas question pour nous de devenir les "humanitaires men de service". Il existe des causes qui nous touchent et nous agirons dans leur sans mais à quoi bon crier sur les toits de la communication, ce genre de choses, il n'est pas "heureux" et bienvenue de le faire savoir.
GRAFFITI : Les "Tzars" le single va incessamment sous peu être clippé, et il paraît même que c'est le groupe "lui tout seul" qui va en assurer la mise en scène. Décidément Indochine, roule en "circuit intégré" et fermé sur lui-même!
INDOCHINE : Disons plus exactement que le désir de réaliser nous-mêmes notre clip, est la résultante de l'expérience Gainsbourg. Attention il ne s'agit pas pour nous de cracher dans la soupe. On ne renie pas cet épisode mais quelque part à la suite de "Tes yeux noirs", on s'est sentis un peu dépossédés de notre chanson. On s'est vus à travers les yeux de Gainsbourg et on ne s'est pas reconnus!
Et puis, réaliser un clip représente une aventure excitante, on s'est amusé à écrire tous ensemble le scénario et je pense que nous le tournerons à Londres.
GRAFFITI : Indochine "Import Export" un exercice de style auquel vous êtes plus qu'attachés!
INDOCHINE : Totalement, mener une carrière
internationale est un de nos buts prioritaires.
De plus nous essaierons d'exporter la langue française, nous ne voulons pas opérer à des adaptations de nos titres en anglais car à ce tarif là, on se fait très vite dévorer.
On entend garder notre identité de créateurs hexagonaux. S'il nous arrive un jour de chanter en anglais, eh bien, ce sera sur de nouveaux morceaux, nous préférons véritablement les versions originales.
GRAFFITI : Les groupes "frenchies" prolifèrent, alors de quel oeil, les voyez-vous venir? Serait-ce des concurrents potentiels aux prises de la muraille Indochinoise?
INDOCHINE : Au contraire, on trouve cela très dynamisant et rassurant, ça signifie que la musique chez nous a évolué! Par contre, le mot concurrence nous paraît totalement décalé, aucun nouveau groupe que je sache, n'a essayé ni d'imiter, ni même de se revendiquer à Indochine. Ils existent par eux-mêmes avec leur identité propre.
GRAFFITI : Et si on parle de vous en terme de leader, vous insurgez-vous?
INDOCHINE : Nous n'en voyons surtout pas la raison, notre succès, provient du public, c'est lui qui a décidé d'acheter nos disques ou de venir nous voir en concert. Donc on ne comprend pas pourquoi cette gloire entre guillemets, nous donnerait un quelconque pouvoir ou une soit-disant paternité sur les groupes et la musique d'aujourd'hui.
GRAFFITI : À partir du 15 février, vous
ferez votre grande rentrée sur scène, au Palais des Sports,
exactement, une scène dans laquelle, on ne vous attendait pas
vraiment.
INDOCHINE : Effectivement, après le Zénith, le Palais des Sports, ça ne s'inscrit pas vraiment dans la logique des choses, nous avions songé à Bercy, ce n'est pas original, mais c'était un challenge qu'on avait envie de tenter.
Alors on y est allés et Bercy désert, je t'assure que c'est impressionnant et beaucoup trop gigantesque par rapport aux types de concerts qu'on a envie de faire.
GRAFFITI : Indochine joue les sourds-muets et même les abonnés absents. Rares volontairement, vous avez quelque peu boudé les médias, alors elle était si nécessaire que cela cette cure d'anonymat?
INDOCHINE : Surtout, on ne voyait pas la raison d'occuper l'actualité alors que justement nous n'y étions pas. Autant se présenter "renover" avec à l'appui un nouveau matériel, et un album tout frais qui ne sente pas le réchauffé!