À l'affiche : Indochine

Avec 7 000 danses, les quatre d'Indochine jouent un gros coup : une sortie simultanée, dans 27 pays, suivie d'une tournée en Amérique Latine en janvier, avant le Palais des Sports en février.

Ce quatrième album du groupe français numéro un aura demandé six mois de préparation. Dur métier!

Difficile de faire comprendre aux médias, après un présence tous azimuts, que le groupe numéro un du rock français a besoin de s'oxygéner loin des turbulences du show biz!

Au risque de frustrer les nombreux fans en manque de nouvelles fraîches, le seul mot d'ordre du staff Indochine durant les six premiers mois de l'année 87 aura été : "Chut, on enregistre"...

Janvier : Indochine en état de création

"Nous voulions nous arrêter bien plus tôt, au moment de la sortie du live et du livre de Jean-Eric Perrin, mais les médias ne cessaient de nous relancer. Nous étions sans cesse sollicités alors que voulions nous concentrer sur notre nouvel album. Il fallait aussi éviter la saturation médiatique jusqu'à la sortie d'un produit nouveau..."

Sans recherche de concept précis, le groupe se penche sur l'élaboration de nouvelles chansons. Depuis leur tournée triomphale de l'été 86, les premières idées commençaient à voir le jour. En ce début d'année, le groupe se retrouve donc dans un ancien cinéma transformé en studio de répétition.

"Vu le succès de l'album 3, nous avons eu très peu de temps pour travailler chacun chez nous... Ces dix jours nous ont permis, à Nicola et moi, d'exposer les idées au reste du groupe. Stéphane, lui, revenait d'Ardèche avec un projet de chanson, raconte Dominik.

Une chose est certaine : nous n'avions pas d'album de prêt quand nous sommes entrés en studio et nous étions vraiment décidés à ne pas nous presser..."

Février-mars-avril : travail

Après bon nombre d'autres prestigieuses formations - les Cure, qui y ont enregistré leur double LP Kiss me kiss me kiss me, et avant Sade - Indochine choisit ce studio du sud de la France pour son quatrième album.

C'est dans cette atmosphère monocale que Nicola a écrit la quasi-totalité des textes : "Au niveau des taxes, il était plus intéressant d'enregistrer en France. C'était la première fois, et peut-être la dernière... Chaque jour on nous appelait de Paris, des gens voulaient descendre nous voir, nous étions assaillis par la presse locale."

Alors pourquoi Miraval? Certes par par identification aux Cure, comme on a pu le dire, puisque le choix du studio s'est fait bien avant la décision de la bande à Robert Smith! Simplement pour quelques agréments décisifs : "Nous y pensions pendant le mixage de notre live au studio Ramses.

Nous savions que nous allions passer notre hiver en studio et nous ne voulions pas vivre si longtemps sous une lumière artificielle. Miraval était le seul studio avec fenêtre existant en France! En plus l'endroit était vraiment agréable. Nous avions chacun notre maison, nous vivions dans une atmosphère familiale."

Jamais les quatre d'Indochine ne se sont sentis aussi forts, ni aussi unis. Il était évident que leur album devait leur appartenir à cent pour cent. De fait, le groupe n'a pas requis un prestigieux producteur étranger (bien que le nom de Dave Stewart ait été un temps avancé) mais a préféré s'investir davantage musicalement.

Supervisé par l'Anglais Joe Glassman, et avec Joelle Bauer, une Française, comme ingénieur du son, Dominik a trouvé et géré tous les sons de l'album. "Nous avons commencé lentement, sur la rythmique. Nous n'hésitions pas à passer huit jours sur une batterie. Rien ne devait être bâclé, quitte à prendre davantage de temps.

Nous avions plein d'idées harmoniques sur chaque morceau, et nous laissions beaucoup de place à l'improvisation. On lançait le magnéto, on faisait quatre-cinq guitares, des voix, et on gardait les pistes les plus fortes. Les morceaux faisaient ainsi plus de cinq minutes, sans que cela soit voulu de notre part.

"Nous avons réalisé un vrai travail de groupe. Nous passions énormément de temps à répéter et à jouer ensemble. Avant, nous étions davantage une formation de studio : nous arrivions avec nos maquettes que nous reprogrammions au propre pendant trois ou quatre jours.

Cette fois, nous avions les moyens de travailler à l'anglo-saxonne! Nous avions décidé de moins utiliser les séquences, préférant jouer plutôt que faire jouer les machines. Nous essayions batterie, boîtes à rythmes, séquences, basse, et nous choisissions les prises avec Joe Glassman. Il était, sur ce disque, le cinquième Indochine.

Arnaud Devos, notre batteur, était parti pour monter son groupe. Comme nous voulions des batteries très puissantes, nous avons fait appel au batteur de Big Country, Marc Brzeziki, qui est venu dix jours à Miraval... Puis Warren Can, d'Ultravox.

"À la sortie de Miraval, 14 chansons étaient prêtes, plus qu'il n'en faut pour un album, ce qui nous donnera la possibilité de sortir des inédits sur les maxi remix. Il ne manquait que deux textes, que Nicola termina à Montserrat..."

Mai : Indochine à Montserrat

De retour à Paris le 4 avril, le groupe s'envole douze jours plus tard pour l'île de Montserrat, dans les Caraïbes. Non, Montserrat n'a rien à voir avec les Bahamas et Indochine ne s'est pas offert un mois de bronzette et de farniente dans un palace du bout du monde. C'est à l'Air Studio (Elton John, Dire Strait, Sting) que l'on peut les retrouver alors, pour le mixage de leur LP.

"Nous voulions mixer au soleil et le plus loin possible. S'il y avait luxe, c'était un luxe technique, qui n'avait rien à voir avec la carte postale! Nous n'avons pas choisi les Bahamas, le lieu était trop touristique et trop américanisé, Montserrat est une petite île de 12 000 habitants, dont 1000 Blancs seulement.

Nous étions seuls face aux autochtones, qui nous ont réservé un formidable accueil. Nous passions des soirées à regarder les groupes reggae locaux. Il n'y avait qu'une seule pompe à essence, une seule banque, et une télé locale qui ne passait que des diapos en guise d'informations!... C'est une île sauvage et typique, très Out of Africa."

C'est donc sur cette île anglaise que le groupe mixte et peaufine les textes de son nouvel album, avant d'envoyer un premier single à sa maison de disques qui s'intitule "Les Tzars".

Juin : Indochine à Londres

De retour à Paris, le groupe confirme son contrat à BMG (ex-RCA). "Les Tzars" passent pour la première fois en radio le 19 juin, alors que le groupe est au Red Bus à Londres pour terminer - en quinze jours - les dernières percussions avec le musicien de Kate Bush.

"C'était bénéfique, sur une si longue période, de changer de lieu : trois villes pour trois ambiances et trois mises au point. Cela nous permettait aussi de reprendre notre souffle entre les étapes."

14 juillet : bleu blanc rouge avec Indochine

La vidéo du concert du Zénith, sortie chez Polygram, est retransmise à la télévision.

Fin août : première écoute de l'album

Nous serons donc parmi les quelques privilégiés à découvrir, plusieurs semaines à l'avance et dans le plus grand secret, les neuf morceaux du nouvel album d'Indochine, 7 000 danses! À l'occasion de sa sortie, nous avons pu poser quelques questions à Dominik (compositeur) et Nicola (auteur et chanteur).

PM - Dans ce disque vous décrivez avec ironie le monde politique?

- Plusieurs textes de l'album tournent autour de la politique, mais une fois encore le groupe ne prend aucune position. Nous ne sommes pas des militants. Si nous nous engageons, c'est pour des causes qui nous paraissent justes : la suppression d'une chaîne musicale pour les jeunes, le combat de SOS Racisme, la Fondation Balavoine...

Indochine est en vogue. Nous sommes donc la cible privilégiée de beaucoup de gens... Nous ne nous laisserons pas prendre à ce piège!

De toute façon le monde politique n'est vraiment qu'un "grand carnaval", du titre de l'une des chansons. Notre album est romantique, en réaction à une époque où l'on ne cesse de tout détruire.

Nous n'avions pas envie de véhiculer un message pessimiste, même s'il transparaît parfois dans des textes surréalistes! Nous n'avons pas envie de dire aux jeunes "réveillez-vous" ou "battez-vous", mais le message est englobé dans des textes comme les "Citadelles"! Aujourd'hui la musique véhicule la révolution!

- Comment rester proche d'un public comme le vôtre, essentiellement constitué de teenagers?

- Je ne sais pas si cet album est teenage ou non, en tout cas nous ne ciblons aucun public. Nous faisons la musique que nous aimons! Nous ne pensons pas être très éloignés de leurs préoccupations, même si nous sommes aujourd'hui de l'autre côté de la barrière...

Les étudiants qui se sont pris des coups de matraque l'hiver dernier dans les manifs, c'est notre public. Ils se reconnaîtront certainement dans cet album.

- Revendiquez-vous le fait d'être le groupe leader du rock français?

- Non, car les autres groupes ne citent jamais Indochine. Nous sommes à part, et ne nous réclamons pas du rock français. Nous faisons du rock en France!

- Vous n'avez pas vraiment de groupes cultes?

- Chacun des membres du groupe a des goûts différents, qui vont du rock le plus underground à la musique orientale, au classique, et à la chanson française, de Bécaud à Sheller! Nous aimons tout ce qui nous touche mais aucun groupe n'est pour nous une référence.

Nous subissons des influences, mais nous n'avons jamais cherché à les copier. C'est peut-être le secret de l'identité Indochine!

- Cette année devrait être celle d'Indochine international?

- L'album sortira dans trente pays. Nous sommes triple disque d'or au Pérou avec le live, cela passe bien au Canada, en Scandinavie, en Thaïlande, Espagne, Italie, Amérique du Sud... si bien que nous pouvons penser à une tournée mondiale...

- Toujours pas de chansons en anglais?

- Si Indochine chante en anglais, ce sera un texte nouveau écrit en anglais. Il est plus honorifique de nous imposer, si c'est possible, dans notre langue. Nous ne voulons pas être vendus comme une lessive à adapter à un marché. Un disque se vend déjà comme un produit, nous voulons éviter toute exagération à ce niveau.