Ancien de l'Indo
Seul rescapé d'Indochine,
Nicola Sirkis continue à faire vivre le groupe phare des années
80. Toujours ancré dans l'époque.
Indochine entame l'acte III de son histoire. Mené par Nicola Sirkis, ce groupe majeur du rock français - dix-huit ans de carrière déjà - a fait retenir dans les années 80 L'Aventurier, Des fleurs pour Salinger, Canary Bay ou Troisième sexe, soit les hymnes d'une génération immergée dans la bande dessinée, la littérature et la bisexualité (acte I).
Puis Indochine s'est divisé en deux, après le départ de Dimitri, le saxophoniste, et de Dominik, le guitariste (acte II).
Amputé, mésestimé, sous-médiatisé, mais plébiscité par une nouvelle vague de fans "indochinois", le groupe s'échappe enfin du purgatoire avec un "live" retentissant : 300 000 disques vendus en 1997.
Mais, le 27 février dernier, Stéphane Sirkis, l'autre poumon d'Indochine, le jumeau de Nicola, est emporté par une hépatite foudroyante. Dancetaria, le dernier album du groupe, est alors en cours d'enregistrement. "J'ai pensé un moment ne pas avoir la force de continuer sans lui", confesse Nicola.
Dancetaria le fait revivre. Stéphane laisse son empreinte sur quatre morceaux qu'il avait composés; il est le fil rouge de textes prémonitoires écrits par Nicola, qui triture les mots "sang froid" et "mort".
Stéphane avait aussi demandé à son frère d'écrire Manifesto (les divisions de la joie), une diatribe "contre l'empire américain". Avec cet album millésimé 1999, Indochine boucle la boucle du romantisme sombre, sautillant, électrique et hypnotique qui est sa carte de visite.
"Nous croisons le rock, musique à danser, l'inspiration gothique du XIXe siècle et le "glam" [glamour] pour les textes provocants. Indochine, c'est de l'agit-prop mêlée au complexe de Peter Pan", analyse Nicola Sirkis, 40 ans. Il se définit en "ado éternel, ou attardé, c'est comme vous voulez".
Adolescent et vétéran, navigateur solitaire mais vivant, Nicola d'Indochine chante sur scène en robe. Ses clips choquent. Dans la vie, il se nourrit bio, fait du jogging, écrit (Les Mauvaises Nouvelles, Lattès), lit et relit Marguerite Duras, Bataille, Eluard, Anaïs Nin ou Salinger, influences littéraires dans ses textes.
Il regroupe désormais à lui seul vingt ans de chansons qui décrivent leur époque. Le 27 février 2000, il donnera un concert acoustique en hommage à son frère et à une génération perdue.
Dancetaria (Double T Music). En concert au Zénith, à Paris, le 17 décembre.